L”harmonie, mise en scène. Elle est là, au coeur même de chaque photo. Jamais l”artiste n”est dans une mêlée, dans un chaos de présences désordonnées. Tout s”inspire de la beauté et du recul sur l”envers du regard, pour mieux observer les formes, les espaces qui encadrent les personnages, quand ils sont présents. Des cadres où les perspectives sont essentielles, très sensiblement dans les photos de nuit. Il y a du René-Jacques chez Voltaire Fraga. Une ville de Salvador qui n”existe plus, ainsi, sans aucun doute. Des photos où les personnages sont souvent saisis sans tremblement, presque figés, dans une posture gracieuse. En des lieux aujourd”hui livrés à l”automobile et à l”immobilier moderne. Irrémédiablement, le photographe a scellé une autre Bahia. D”avant 1950. Par les témoignages je sais que Voltaire revenait souvent sur les lieux qu”il souhaitait encadrer, de noir et de blanc. Tout invite, délibérément, à la contemplation.
Merci, Voltaire Fraga.
Voir et montrer
Le flâneur, comme tout soteropolitano, a découvert l”existence de Voltaire, via le magazine dominical Muito, du 11 janvier 2009 qui annonçait l”exposition de São Paulo, alors qu”elle se terminait… le même jour ! Mais il faut évidemment détacher l”importance capitale du travail de Diógenes Moura*, responsable du secteur photo de la Pinacoteca de São Paulo. Venu rencontrer la fille de V. Fraga, il a su choisir, émerveillé, parmi plusieurs centaines de photos, et organisé l”exposition, là-bas. Déjà l”année dernière, à l”invitation de la Casa da Photographia et du musée d”art moderne, il était venu montrer, ici, d”étonnants photographes paulistas*, inconnus à Bahia.
Il me semble donc important de rappeler combien l”exposition - à tous les sens du terme - d”un artiste dépend de la présence à ses côtés d”un éditeur, d”un producteur, d”une personne qui sait voir. À Bahia, les conseils culturels successifs de la deuxième moitié du siècle étaient composés de fonctionnaires souvent indiqués par des acteurs politiques. Fonctionnaires provinciaux et artistes ne peuvent parler le même langage. Et Voltaire Fraga, de plus, s”est préoccupé relativement tard de montrer son travail personnel, sans presque jamais quitter Bahia. Ce n”est faire insulte à personne que de rappeler qu”une photographe bahianaise, mais ayant déjá énormément voyagé, regardé, comparé les arts au sens large, de l”extérieur de Bahia, a été la première éditrice du photographe Pierre Verger. Après presque 40 ans d”attente pour ce dernier, à Bahia même. De la même manière, engoncée qu”elle était, et est encore, par la présence des épigones des descendants de “coroneis”, Bahia, avec la vision provinciale et les copinages de la plupart des membres de ses organismes culturels, ne pouvait voir Voltaire Fraga, même en cotoyant son travail effectué pour les administrations et les élites.
Merci, Diógenes Moura.
* Il avait également proposé une exposition itinérante de la “famille” péruvienne Chambi, sublime travail. Au vernissage de cette exposition on ne comptait pas beaucoup plus de six ou sept… présents, dont le flâneur. Au grand désarroi de Diógenes Moura, évoquant le couple Bahia/photographie…