Archive | 2 juin 2009

Libres (1)

Publié le 02 juin 2009 par bahiaflaneur

21 mars 2009. Correntina. À 980 kilomètres à l”ouest de Salvador. Il a fallu du courage à un travailleur rural pour parcourir, chaotiquement, les 266 kilomètres qui le séparaient de cette ville pour alerter la Police fédérale. Treize de ses compagnons d”infortune - une femme et douze hommes - , natifs des états de Goias et de Piaui travaillaient, là-bas, dans des conditions d”esclavage. Depuis deux mois. Dans la “Fazenda Santa Angélica”, à quarante kilomètres de la division Bahia/Goias. La Superintendencia Regional de Trabalho e emprego (STRE-BA) s”est jointe aux policiers pour libérer les travailleurs ruraux, cette semaine, mercredi 18.
Forcés à cultiver soja, maïs et coton, de 6h à 18h, de dimanche à dimanche, ils étaient payés entre vingt-cinq et trente reais par semaine, dans le vilage de São Domingos. Leur pitance était faite de riz et de potage de haricots. Ils dormaient par terre, sous une bâche de plastique, à côté de bruyants silos. Ils se voyaient contraints à acheter leurs bottes, leurs outils et tout leur ordinaire de travail, ainsi que les produits d”hygiène de base à un prix démesuré. Endettés de fait et en permanence, ils étaient pris au piège.
La propriétaire de la fazenda, Marilane Moresco Denardin, a été contrainte de payer dans l”heure 22.344,97 reais de salaires et droits afférents. Et sera jugée par la justice fédérale.
En 2008, dans l”Etat de Bahia, 106 travailleurs avaient été délivrés de conditions similaires.

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Voltaire, de Bahia (2)

Publié le 02 juin 2009 par bahiaflaneur

L”harmonie, mise en scène. Elle est là, au coeur même de chaque photo. Jamais l”artiste n”est dans une mêlée, dans un chaos de présences désordonnées. Tout s”inspire de la beauté et du recul sur l”envers du regard, pour mieux observer les formes, les espaces qui encadrent les personnages, quand ils sont présents. Des cadres où les perspectives sont essentielles, très sensiblement dans les photos de nuit. Il y a du René-Jacques chez Voltaire Fraga. Une ville de Salvador qui n”existe plus, ainsi, sans aucun doute. Des photos où les personnages sont souvent saisis sans tremblement, presque figés, dans une posture gracieuse. En des lieux aujourd”hui livrés à l”automobile et à l”immobilier moderne. Irrémédiablement, le photographe a scellé une autre Bahia. D”avant 1950. Par les témoignages je sais que Voltaire revenait souvent sur les lieux qu”il souhaitait encadrer, de noir et de blanc. Tout invite, délibérément, à la contemplation.
Merci, Voltaire Fraga.

Voir et montrer
Le flâneur, comme tout soteropolitano, a découvert l”existence de Voltaire, via le magazine dominical Muito, du 11 janvier 2009 qui annonçait l”exposition de São Paulo, alors qu”elle se terminait… le même jour ! Mais il faut évidemment détacher l”importance capitale du travail de Diógenes Moura*, responsable du secteur photo de la Pinacoteca de São Paulo. Venu rencontrer la fille de V. Fraga, il a su choisir, émerveillé, parmi plusieurs centaines de photos, et organisé l”exposition, là-bas. Déjà l”année dernière, à l”invitation de la Casa da Photographia et du musée d”art moderne, il était venu montrer, ici, d”étonnants photographes paulistas*, inconnus à Bahia.
Il me semble donc important de rappeler combien l”exposition - à tous les sens du terme - d”un artiste dépend de la présence à ses côtés d”un éditeur, d”un producteur, d”une personne qui sait voir. À Bahia, les conseils culturels successifs de la deuxième moitié du siècle étaient composés de fonctionnaires souvent indiqués par des acteurs politiques. Fonctionnaires provinciaux et artistes ne peuvent parler le même langage. Et Voltaire Fraga, de plus, s”est préoccupé relativement tard de montrer son travail personnel, sans presque jamais quitter Bahia. Ce n”est faire insulte à personne que de rappeler qu”une photographe bahianaise, mais ayant déjá énormément voyagé, regardé, comparé les arts au sens large, de l”extérieur de Bahia, a été la première éditrice du photographe Pierre Verger. Après presque 40 ans d”attente pour ce dernier, à Bahia même. De la même manière, engoncée qu”elle était, et est encore, par la présence des épigones des descendants de “coroneis”, Bahia, avec la vision provinciale et les copinages de la plupart des membres de ses organismes culturels, ne pouvait voir Voltaire Fraga, même en cotoyant son travail effectué pour les administrations et les élites.
Merci, Diógenes Moura.

* Il avait également proposé une exposition itinérante de la “famille” péruvienne Chambi, sublime travail. Au vernissage de cette exposition on ne comptait pas beaucoup plus de six ou sept… présents, dont le flâneur. Au grand désarroi de Diógenes Moura, évoquant le couple Bahia/photographie…

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Voltaire, de Bahia (1)

Publié le 02 juin 2009 par bahiaflaneur

9 mars 2009. Né le 18 juin 1912 à Salvador, Voltaire Fraga travaillait, à 18 ans, comme vendeur d”annonces publicitaires pour le grand quotidien de l”époque, Diário de Noticias. Au cours d”une balade dans le centre-ville, il s´émerveilla pour un photo de la… forêt noire (Allemagne), dans une vitrine. A ses côtés, était un appareil photo Voigtlander VAG, format 9×12 : il entra dans la boutique et acquit l”appareil. Et la passsion d”alors - photos des familiers, de paysages pittoresques, etc. - vira profession. Suite à une rencontre avec un fonctionnaire du Secrétariat de l”Education de Salvador, il devint en effet photographe free-lance. De 1939 à 1977, pour des entreprises privées, des agences de publicité comme pour de nombreuses administrations, il photographia immeubles, chantiers, écoles, bâtiments publics et zones industrielles, sur commande. Mais aussi les mariages des familles fortunées ou bien encore des solennités pour des entreprises… Enfin, de quoi permettre à sa famille de vivre.
Pendant ses heures creuses, en ces quelques quarante années, il photographiait, toujours à l”aide d”un moyen format (9×12, 6×6, 6×9) les scènes qui l”enchantaient à Bahia. Humains, paysages marins, marchés, il enregistra ainsi plus de dix mille vues de Bahia. Qu”il tirait à son propre domicile, dans son propre laboratoire. Mais en 1981, il perdit huit mille négatifs lors d”une inondation dans son domicile du centre-ville. Irréparablement.
Voltaire Fraga connaissait bien la valeur de ses photos, autodidacte et perfectionniste qu”il fut sa vie durant. C”est pour cela qu”il n”admettait pas que d”autres effectuent ses tirages. Très organisé, méthodique, de tout temps, à la fin de sa vie, il tenta plusieurs fois de vendre son fonds - deux mille négatifs et plaques de verre - à l”Etat de Bahia. En vain. L”une des raisons données par les responsables des secteurs culturels, selon l”une de ses proches, Maria Guimãraes Sampaio, fut “le grand nombre de photos sociales”. L”amertume - “Estou só na terra, ninguém se digna a pensar em mim. Todos os que vejo endurecer têm o descaramento e uma dureza de coração que eu não sinto de maneira alguma. Eles odeiam-me por minha bondade fácil. Ah, em breve morrerei, seja de fome, seja de infelicidade de ver os homens assim, tão duros”, déclara-t-il en 2003 - rongea ainsi les derniers jours, qui précèderent le fatal 20 mars 2006, de celui qui n”eut l”honneur que d”une seule exposition individuelle à Salvador, ville qu”il chérissait tant.
Je reviendrais demain, ici, analyser l”oeuvre et la destinée de l”oeuvre de Voltaire Fraga.

En bref
1930 : sont publiées sur la double page centrale du magazine O Cruzeiro deux photos de la “Colina de Bomfim”.
1986 : participe de l”exposition collective, à Salvador, “Fotografos em 20 anos”.
1996 : écrit un court texte autobiographique “Voltaire Fraga por ele mesmo”.
1999 : exposition individuelle (30 photos) à la “Galeria Pierre Verger” - dans le quartier de Barris, à Salvador - organisée par Maria Guimãraes Sampaio. À cette occasion Voltaire effectue lui-même 390 tirages 24×30 et 390 autres 18×24.
2006/2009 : sa fille Alba Mara Moreira Fraga Peixoto est gardienne du fonds photographique et recherche une institution culturelle de poids pour l”acheter.
2009 : Exposition posthume entre le 15 janvier et 15 février 2009 : la Pinacoteca do Estado de São Paulo lui rend hommage, dans ses salles du rez-de-chaussée. L”exposition propose cent photos, s”intitule “Voltaire Fraga: Abundante cidade - Dessemelhante Bahia” et est organisée par Diogenes Moura. Le catalogue édité à cettte occasion comporte 80 photos. Pour Diógenes Moura “Esta é uma mostra afetuosa e, ao mesmo tempo, dolorosa, porque mostra que, em apenas seis décadas, a cidade se modificou para pior”. Avant de rajouter : “Voltaire tinha o poder de ser absolutamente íntimo às suas fotografias autorais. Por isso, a mostra resume o que éramos e pergunta para onde vamos”.

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Gandhi, versus business

Publié le 02 juin 2009 par bahiaflaneur

7 mars 2009. Alors que la vente d”objets (lunettes, paire de sandales, etc.) ayant appartenu au Mahatma Gandhi - pour un montant d”1,8 million de dollars au milliardaire indien Vijay Mallya - provoque, supposément, un tollé en Inde et dans le monde… l”existence d”un afoxé* nommé Filhos de Gandhi, ici à Salvador depuis soixante ans, n”en provoque aucun.
Au siège, localisé dans le Pelourinho, une seule femme - à tout faire - au milieu de quatorze hommes. Le président de l”entité, au poste depuis douze ans, vient d”être élu pour quatre nouvelles années. Plus de dix mille “associados” paient leur cotisation annuelle, en 2009. Jusqu”au années soixante-dix, un peu plus de… cent personnes formaient pourtant le cortège du carnaval. Vint alors Gilberto Gil, chanteur de retour d”exil, qui enregistra deux ou trois chansons liées à l”esprit de l”afoxé, et participait activement au défilé, icône. Depuis, l”ascension numéraire ne cesse, bien que l”accès au défilé ne soit permis au femmes - pourtant vêtues de l”uniforme mais autorisées seulement à regarder le défilé et à en confectionner les tenues.
Chaque année, pour le carnaval, est vendu un uniforme, composé de seize pièces. Il coûte de 260 à 350 reais. Les mécènes du défilé 2009 sont la plus importante banque privée brésilienne, un vendeur d”électroménager, un fabricant de bière et le gouvernement de Bahia, dont la plupart des “enveloppes” ne sont publiques. Divers membres des Filhos participent, durant l”année, à des séminaires et à des publicités. Selon l”association, plus de six mille uniformes sont fabriqués chaque année, par une soixantaine d”intérimaires, dès le mois d”octobre précédant le carnaval.
Le flâneur, le premier, a toujours à l”esprit l”incroyable beauté du groupe composé de six à sept mille “Filhos” défilant, groupé, chaque carnaval. Meu Deus ! Un choc visuel, immaculé, qui se repète depuis soixante ans mais qui a pour pendants… une direction fossilisée et l”opacité totale de son fonctionnement administratif et économique.

* afoxé : groupe de fidèles liés au candomblé.

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