Inaê Sodré: est-ce ainsi que les femmes vivent ?

11 novembre 2008. Je fixe un rendez-vous à Inaê, via e-mail. Souvent croisée, Inaê, dans les travées de multiples lieux artistiques… Même si la première fois, ce fut autour d »une…. ratatouille ! Artiste, chaleureuse, mulher de verdade. Elle est frêle, séduisante, et ses traits dénotent ses origines indigènes. Elle me raconte… À 16 ans, dans sa ville natale de Ipirá (208 km de Salvador), elle chante déjà dans les bals. Cinq ans plus tard, installée définitivement à Salvador, elle est choriste et enregistre aux côtés de Wilson Aragão et Celo Costa, artistes affirmés. Pour enchaîner, pendant neuf ans, d »autres collaborations comme choriste avec des interprètes de bon calibre (Gerônimo, Sérgio Otanazetra) ou son propre père, Raimundo Sodré, chanteur. Sur toutes les routes de Bahia, et quelquefois d »Europe… Autour d »un répertoire nordestin.
Et le démon des planches se manifeste alors par le théâtre. La pratique, avec une professeur réputée, Meran Vargem, en parallèle avec de pures études théâtrales, sont bienfaitrices. C »est alors qu »elle s »empare de l »oeuvre « Morte e Vida Severina » de João Cabral de Melo Neto. Qu »elle interprète – deux rôles en même temps. Mais, à l »approche de ses 25 ans… la danse, du ventre, l »attire aussi !
Poursuivant des études littéraires, étudiant le français, elle s »approche ensuite d »un groupe de poètes (Importuno Poético) et découvre les vers de la poètesse Elisa Lucinda (« Aviso da lua que menstrua »). Enchaîne par une étude attentive de l »oeuvre d »une autre, Florbela Espanca. L »univers féminin, scénographiquement parlant, la passionne définitivement. Elle veut clairement « recréer l »univers féminin encontré dans la poésie, parler des femmes, mais sur scène ». Naît alors l »idée de spectacles centrés autour du rôle de mère, de la maternité, entre autres. Relatée par les femmes. Entre autres, Hilda Hist, une de ses auteures brésiliennes fétiches. Sa première création s »intitule « Inaê Sodré canta poesia », où elle chante et récite.
Un professeur apprécie alors son travail et l »invite sur une scène plus grande (Teatro Teixeira Leal) avec son spectacle « Inaê Sodré recita Fêmeas ». Elle prend des cours de chant coral… Par nécessité, depuis toujours, aussi, à Salvador, elle enseigne le brésilien pour les étrangers… De six poèmes, elle passe alors à quinze pour un spectacle nommé dorénavant « Fêmeas ». Qu »elle interprète également à Paris – profitant d »un séjour de trois mois, où les collections du Musée d »Orsay l »émerveillent.Mais Inaê ne se considère pas comme une « flâneuse », et dit ne pouvoir créer qu »en situation de clausura. Et sait combien son oncle poète, Robson Luis, qui, jeune, lui déclamait ses vers n »est pas étranger à sa passion…
Elle vient de créer son nouveau spectacle (« Mirante dos Astros »), accompagnée d »un guitariste, une semaine durant, à Salvador, dans un théâtre réputé, en février 2008. Un monologue, inspiré du film « Estamira »*, qui tourne, depuis, sur de nombreux petites scènes de Bahia… Entre la poésie, la danse, la féminité, le chant, Inaê ne choisit: elle prend tout. Avec grâce.
* Documentaire, de Marcos Prado, qui conte l »histoire d »une femme qui vécut 20 ans « au sommet » d »une décharge publique…

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