Josias Pires Neto, entre méandres et entrelacs journalistiques

Josias Pires Neto porte une petite cinquantaine, derrière sa barbe rase et sa légère calvitie. Mais sa carrière de journaliste a suivi bien des détours. Je le rencontre un matin pluvieux de ce début mai 2009, dans les faubourgs du Pelourinho, dans le quartier de Saúde. Il boira de l’eau et moi du café. Son nom m’a été glissé par Claúdio Pereira, anthropologue, pour son attachement généreux à la culture populaire de Bahia et son parcours atypique « multi-médias ». D’abord un temps reporter pour de nombreux quotidiens de Salvador, à peine diplômé de l’université fédérale, Josias laissa cet emploi pour travailler comme reporter au service  Communication de la seconde ville de Bahia, Feira de Santana. Puis fut choisi comme assistant parlementaire d’un député de l’Etat, du parti écologiste, pendant cinq ans. Ensuite, cet habitant du quartier de Federação, à Salvador, travailla comme assistant à la Culture de la ville de Camaçari – au nord de Salvador – pour y faire – déjà ! -, un relevé des cultures populaires. Là, il put observer ainsi les traditions populaires comme Bumba meu Boi, etc. Et les apprécier grandement.
Josias ne me semble ni vantard ni vaniteux. Il m’assure que jusqu’à la fin des années 90, aucun canal de télévision, même publique, ne s’était encore chargé de graver ces innombrables manifestations de culture populaire, pourtant présentes dans de nombreux villages de l’ensemble de l’Etat. C’est aussi pourquoi Josias organisera, plus tard, un colloque sur les questions environnementales et la culture populaire, en pleine région centrale de la Chapada Diamantina.
Mais voilà qu’un défi pour la gauche bahianaise, dont il se revendique, en 1986, s’annoncait : renverser le coronel présent depuis des décades. Avec, entre des centaines d’autres appuis, « l’aide » d’une forte équipe de communication, dont l’attaché de presse Josias, le gouverneur Waldir Pires y réussit… Puis vint pour notre journaliste bahianais, plusieurs fois primé nationalement entre temps pour ses reportages, la rencontre fortuite d’un ancien collègue de ces années de campagne électorales, alors au sein de la… Cour des Comptes de l’Etat. Ce dernier,  alors bien en vue des nouvelles autorités, lui propose d’implanter son projet sur la Culture populaire – longtemps mûri et intitulé « Bahia singular e plural * » – à la Télévision publique.
Tâche acceptée avec grand enthousiasme. S’ensuivirent alors cinq années de reportages ininterrompus et plus de seize documentaires réalisés avec des équipes complètes de reportage. Bahia d’ouest en est, du sud au nord. Plus de 25% des municípios furent couverts. Ou plutôt leurs manifestations culturelles. Josias écrivait les scénarios, dirigeait les équipes et aujourd’hui encore se « dit heureux d’avoir eu toutes les conditions pour travailler à ces projets ». Quelquefois trente jours sans rentrer à Salvador. Et aussi se déplacer, à la rencontre, entre autres tribus,  des indiens Pataxós, au sud de l’Etat, qui fit partie de ses grandes joies.
En 2004, suite à un changement de direction, Josias se retrouve sans emploi. Mais grâçe à des études menées en parallèle, une maîtrise en arts scéniques, il s’ouvre d’autres horizons. Et, en attendant, il va enseigner le journalisme dans des universités privées. Et publie son livre « Bahia singular e plural » à partir de son expérience à la télévision. Puis rebondit ensuite en enseignant le cinéma durant un an, dans l’une des rares universités privées qui propose des études cinématographiques.
C’est alors que s’annonce, via d’autres anciens ex collègues, la proposition par le secteur culturel de la mairie de Salvador, de  la création d’appels d’offres. Et Josias implante le programme « maîtres populaires » dans le secteur sauvegarde des traditions populaires, spécialiste reconnu qu’il est devenu.
En juillet 2007, la campagne pour le poste de gouverneur démarre. Et d’autres anciens collègues – quelquefois des toutes premières années de collège ou école technique – l’appellent. Ainsi il « participe » à sa deuxième campagne victorieuse, qui s’achève en octobre 2007 avec la victoire de l’actuel gouverneur Jacques Wagner, comme attaché de presse. Et de deux !
À peine la victoire fêtée, une opportunité pour coordonner le secteur de journalisme de la Télévison publique se présente. Il s’agit d’animer les équipes de « programmes spéciaux ». Voilà Josias replongé dans le bain audiovisuel. Où il se désole pourtant de constater que son travail précédent de documentariste n’a pas été archivé dans de bonnnes conditions, voire oublié…
En ce début de 2009, tout n’est pas perdu pour Josias : avec un ami réalisateur, il vient de remporter le concours de scénario de documentaire, proposé par la compagnie pétrolière Petrobras. 200.000 euros à la clé. Et il a choisi de consacrer ce futur film de long-métrage en 35 mm à faire revivre l’une des grandes figures populaires des années 50 à Salvador. « Cuica de Santo Amaro ». Surnom d’un « aboyeur », cordelista, troubadour et poète populaire qui entonnait sur les places publiques les vers qui relataient les faits – et souvent méfaits – des personnages en vue de la Bahia des annés 50/60.
Pour Josias, ce début du XXIe siècle, pour la culture à Bahia, s’annonce sous de meilleurs auspices. Car elle était toujours centrée uniquement à Salvador.  Josias estime que dorénavant la province commence à recevoir de – petits – dividendes pour des manifestations culturelles. Et se voit attribuer, ci et là, des représentants permanents du Secrétariat d’Etat à la culture. Actions, politiques évidemment, qui n’existaient, selon lui, jamais dans le passé post-dictatorial bahianais. Car, même dans de nombreux villages, alors que des cultures populaires existaient – tels ces chants de planteurs de café à Amargosa, etc. – les propres professeurs des écoles municipales voisines ne les connaissaient pas ! » Et Josias se dit fier, avec ses reportages télévisuels, « d’avoir permis la compréhension des institutions sur la culture poulaire ». Pour lui, alors qu’en 1967, la cooptation et le népotisme régnaient, les comportements « politiques changent radicalement en ces années 2008/2009 ». Mais l’actuel attaché de presse – son nouvel emploi, depuis janvier 2009 – à mi-temps du conseiller municipal Gilmar Santiago sait relativiser. Quand il cite par exemple le montant du budget culturel de la ville de Recife, capitale de l’Etat du Pernambouc voisin : soixante fois plus élevé que celui de Salvador !
* Editora Secretaria da Cultura e Turismo/Fundação Cultural, 2005,  217 p., ISBN 8575051105.

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