Bahia, Rodin, Auguste et les autres (1)

marlonUn musée, à Salvador, porte le nom de Palacete das Artes Rodin Bahia. Depuis trois ans – décembre 2006 – cette bâtisse de style néo-classique de 1912 est rénovée, et comporte une annexe, en béton, dessinée par les architectes Marcelo Ferraz et Francisco Fanucci*. Mais jusqu’à ce mois de juillet 2009, seulement quatre bronzes de Rodin – dont « Jean de Fiennes » – achetés par le gouvernement, figurent dans le jardin attenant. Le Palacete est vide.
C’est le gouvernement de Bahia qui a financé cette rénovation et cette implantation, parties d’une idée, en 2001, de Jacques Villain, alors directeur du musée Rodin à Paris. À l’époque, le gouverneur de Bahia était de la couleur politique « coroneliste » et conservatrice qui a régné sans partages pendant plus de trois décades à Bahia. La direction nommée à l’époque s’est vue indiquer la porte de sortie lors de l’élection de Jacques Wagner au poste de gouverneur en janvier 2007. Non sans que la presse ait évoqué des malversations de la direction bahianaise, mais sans donner suite. Il semble que le nouveau gouvernement ait décidé de passer l’éponge et de tourner la page.
Ce lundi 20 juillet j’ai commencé une série d’entretiens avec les acteurs contemporains de la « saga » Rodin. Marlon Marcos (photo ci-contre) est attaché de presse de ce musée, dont l’équipe est formée d’une vingtaine de personnes, et qui devrait ouvrir fin octobre 2009, à l’occasion de la mise en place des 62 plâtres** de Rodin, dont « Le baiser » et « Le penseur », prêtés par l’entité mère et le gouvernement français pour trois ans, et qui arriveront courant août à Salvador.
« Les termes exacts du contrat (« Convenio de responsabilidade ») ne sont pas publics et seulement en possession des services des Affaires étrangères du Secretariat d’Etat à la Culture de Bahia (SECULT). Tant la présence d’une commissaire d’exposition qualifiée qu’un modèle de climatisation adéquat ont été exigés par la partie française. L’une viendra de France tandis que l’autre sera installé, et obligera la direction du musée*** à faire payer l’entrée », me déclare d’emblée le sus-cité, précisant « qu’un portillon, exigé par la partie française, pour comptabiliser les entrées sera également implanté ». Anthropologue de formation, Marlon ne me cache pas que la direction du musée « ouverte aux financements privés, augmentera sensiblement son personnel en embauchant dix personnes environ pour encadrer cette exposition de Rodin. Mais souhaite surtout que cet événement ne fossilise pas le Palacete dans les esprits des visiteurs, car la direction du Palacete ne souhaite pas êre une filiale de Rodin ad vitam aeternam. Elle veut que cette opportunité ouvre l’espace muséologique, pour la musique, des expositions sur les grands mythes indo-européens, le théâtre, la peinture – Renoir, Dali, Picasso – sans aucun sectarisme artistique. » Car l’attaché de presse sait les carences en cette matière à Salvador, et veut que le musée « reconnecte l’art de Bahia, isolé, au reste du monde » et rappelle que Bahia « souhaite surtout montrer qu’avec cette exposition de Rodin, où le corps, les corps, explosent de par la nature même du travail du sculpteur, ce soit aussi toute la corporalité des Bahianais en chair et en os, ses habitants, qui soit exaltée et accède à une visibilité plus ample. »

* Dont le projet avait gagné le premier prix lors de la Bienal de Arquitetura de São Paulo en 1997. (photo D. R.)
** Choisis par l’historienne de l’art, universitaire à l’UFBA, d’origine carioca, bilingue, Héloisa Helena [Fernandes Gonçalves da] Costa, avec laquelle je m’entrediendrais dans les jours prochains.
*** L’ensemble des musées de Salvador est d’accès gratuit. L’annexe du Palacete est ouvert au public depuis le 14 août 2007, avec des expositions temporaires de très grande qualité – Claudia Andujar, Jenner Augusto, Iberê Camargo, Walter Firmo, etc.

• À titre personnel, Marlon Marcos a un blog. Ce blog doit son nom, le flâneur suppose, à une chanson composée par deux Bahianais – Vevé Calazans et Jorge Portugal – et interprétée par Maria Bethânia.

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