Edgar est revenu

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Il était venu, Edgar M. déjà, le mardi 4 novembre 2008 à Salvador pour une conférence dans le grand théâtre Castro Alves. La photo (ci-contre), prise par le flâneur, en témoigne.  Excellement accompagné ce jour là et invité, mais pourtant très attentif au discours, le flâneur avait été impressionné, ému même, par la permanence, debout, pendant plus d’une heure, de l’orateur âgé de 87 ans alors, devant un parterre d’environ six cents personnes. Et se souvient qu’Edgar Morin* avait commencé en portugais, parlant de Salvador comme de la “cidade maravilhosa” et qu’il avait cité à plusieurs reprises Jorge Amado, et parlé des “belezas de Bahia” dans son introduction dans la langue lusophone. Et tout l’axe de sa réthorique, ensuite, s’était basé autour de “l’improbable” et du “probable”, et relevait combien l’attention d’un citoyen se devait de se porter vers les marges et les expériences, de petite envergure et de toutes natures, qui s’y déroulent à l’heure actuelle, mais qui pourraient se révéler, plus tard, modèles. Le passé enseigne la nécessité de cette observation, selon lui, avec “la globalisation qui a provoqué une unification technique et économique”.
edgardMais cette fois, en ce début juillet 2009, il est revenu seulement pour des vacances, et pour fêter ses 88 printemps à Bahia, précisément dans le sud de l’Etat et à Salvador,
avant de prendre la route de São Paulo et Brasilia pour des conférences. Et a déclaré à la journaliste, parfaitement bilingue, Ceci Alves (reproduction ci-contre de l’édition du 13 juillet) : “Pour moi, Bahia est le coeur vivant de la culture brésilienne, car elle garde, en elle, la symbiose de l’apport africain, de l’apport portugais et, malheureusement peu, de l’apport indigène. La plus grande richesse de la culture brésilienne, de cette synthèse, se rencontre à Bahia. Et c’est cela que, personnellement, j’ai apprécié. (…) Nous avons besoin de récupérer la convivialité. Quand je me suis promené au Centre historique de Salvador, j’ai vu des personnes qui étaient dans les rues, assises sur des chaises, qui mangeaient… j’ai vu la relation humaine. Mais quand se construit comme à Saõ Paulo des grandes barres d’immeubles, gigantesques, il n’ya plus de relations personnelles. (…) Je vois, dans tous les cas, à Bahia, la résistance d’une riche culture et toutes les résistances comportent un aspect positif, car quand nous disons “non” à quelque chose qui ne nous convient, ce “non” signifie un “oui” à quelque chose qui convient. Et ce “oui” est développer sa propre richesse culturelle”.

* L’auteur de Vidal et le siens (entre 60 autres livres dédiés á l’idée d’une “méthode”), faut-il le rappeler, vient du “groupe de la rue Saint-Benoît” formé dans l’après-guerre et regroupé autour de Robert Antelme et Dionys Mascolo, qui comme le rappelait Claude Roy “recherchait la vérité dans et par l’amitié d’esprit”. «Unis jusque dans nos désaccords»,  comme le relevait aussi l’un des membres, Maurice Blanchot, afin de réaliser le projet défini par Hölderlin: «La vie de l’esprit entre amis, la pensée qui se forme dans l’échange de parole, par écrit ou de vive voix, sont nécessaires à ceux qui cherchent.»


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