Le seul souci de soi

18 octobre 2008. 9h30, aujourd »hui, lundi. Il est là. Il nous dit qu »il est venu la première fois, à Bahia, en 1980. Qu »il « se sent, de cœur, très proche de Bahia ». Et depuis, n »a jamais cessé d »y retourner, guidé surtout par son ami bahianais, au cours de longues marches et conversations, l »anthropologue Vivaldo da Costa Lima. Nous le croyons bien volontiers, vu la salve d »applaudissements que ce dernier, aujourd »hui âgé de 84 ans, déclenche lors de son entrée dans l »amphitéâtre, arrivant très légèrement en retard…

Il s »appelle Michel Maffesoli. Français, universitaire, il obtient depuis une quinzaine d »années un certain succès public, par ses nombreux livres, en France et dans le monde, qui relatent, à la fin du xxe siècle, l »émergence et la formation des communautés, familles virtuelles, et autres «tribus». Sur la Toile et ailleurs… Il est venu dans cet amphitéâtre du rectorat – rempli comme un œuf, 500 places – à l »invitation de l »École d »Infirmières de l »Université fédérale, en présence du recteur. Il est parfaitement traduit, phrase après phrase, par l »ancien acteur et aujourd »hui intellectuel bahianais Armindo Bião, l »un de ses disciples, ici.

M. M. nous dit qu »il « aime voir loin en arrière pour voir loin en avant ». Il loue la « vitalité du Brésil », qui «renvoie à la puissance des racines». Il ne cesse d »ailleurs, dès qu »il cite un mot charnière dans son discours, d »en décliner les éthymologies. Cela finit par agacer. Ses maîtres s »appellent Saint-Augustin et Auguste Comte. Prenant en compte que l »un montra que « la raison humaine conduit à l »unité » (à l »époque pour justifier le monothéisme) et que l »autre prévoyait que «l »homme pluriel va devenir un individu». M . M. loue ensuite les techniques (comme le réseau Orkut, important au Brésil) mais sans trop insister. Étrangement. Et se réjouit, surtout, «qu »enfin, le corps humain n »existe plus ni comme producteur, ni comme reproducteur» et clame que dorénavant, «le corps existe, oui, pour lui-même»…
10h30. M. M. a peu de temps pour répondre aux questions : son avion l »attend à 11h45… Alors, pour enfoncer son « clou » et pour fonder son discours sur la grandeur, selon lui, de la post-modernité, il exhorte que la « maison du Modernisme et du Rationalisme, avec les valeurs judéo-chrétiennes, brûle corps et biens, et vite », que l »on « retrouve l »Animalité de l »Humain pour en finir avec la Bestialité ». Sans cesser, jusqu »au bout, de vouer aux gémonies les Lumières et de glorifier – le sourire aux lèvres constant et le nœud-papillon frétillant, presque obscènes – trois éléments clés, selon lui : le ressurgissement du corps, les nouvelles formes de communication interactive, et la Vitalité soudée au Vitalisme.
Dans mon éthymologie, Vitalis vient de moins loin : il est ancré à l »inoubliable personnage créé par Hector Malot. A chacun son Vitalis, monsieur Maffesoli.

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