Écrire, voyager : Antônio Olinto (1919-2009)

olinto3Il a peut-être écrit le* plus beau roman que l’on puisse rêver sur le peuple  de Bahia, en Afrique. Le parcours de Mariana, fille d’une ex-esclave brésilienne, qui retourne au Nigéria, et dont le récit, avec une infinie poésie, va se déployer sur soixante années. Né dans l’Etat du Minas Gerais, Antonio Olinto naviga principalement entre Afrique, Europe et Brésil soixante ans durant, avec Rio de Janeiro comme port d’attache. Cet adepte du candomblé – élu dans le sanctuaire Ilê Axé Opô Afonjá, à Salvador, au titre de Obá de Xangó – n’a cessé  de tracer sa route entre poésie, critique, romans, et essais. Auteur de plus de cinquante ouvrages, ce professeur qui enseigna tant à Londres qu’à New York était depuis 1997 membre de l’ Academia Brasileira de Letras.
olinto4L’infatigable globe-trotter que fut Antonio Olinto était aussi collectionneur. J’ai eu l’occasion de le croiser, à Rio de Janeiro en 2007** le jour du vernissage de sa petite et extraordinaire collection qu’il avait amassé avec sa femme Zora Seljan,  entre autres lorsqu’il fut nommé attaché culturel du Brésil au Nigéria, de 1962 à 1965, par Tancredo Neves. Des deux cents pièces qu’il possède, seules trente nous étaient proposées. Mais quelles merveilles ! Des statuettes (photos ci-contre) des ethnies Yoruba et Fon, du Bénin et du Nigéria. Sans oublier une quinzaine d’objets de bois, de cuir, de tissu, ainsi que des coquillages, tous utilisés dans les cérémonies de vaudou. Mais aussi des peintures, de masques funéraires d’une grande beauté, au côté de neuf  photos de Pierre Verger – qui fut de nombreuses fois son compagnon de voyage – disposées pour recontextualiser ses voyages.
olinto1Antonio Olinto avait également reçu le Prêmio Machado de Assis, en 1994, la plus haute distinction littéraire du Brésil. Une des dernières fois que je le vis à Salvador fut lors du décès de la veuve de Jorge Amado (photo ci-contre). L’incroyable vie  d’Antonio Olinto,  ce “journaliste” qui se définissait lui-même comme “un véritable machiniste des chemins de fer” et dont l’oeuvre ne faisait malheureusement pas l’unanimité dans le milieu des historiens à Bahia, reste à écrire.

* La maison d’eau (A casa da Água/1969) ; traduction Alice Raillard/Editions Stock/1973. Ce titre vint inaugurer une trilogie : A Casa da Água, O Rei do Keto et Trono de Vidro.
** África, A Arte do tempo. Coleção Antonio Olinto e Zora Seldjan. Du 16 octobre au 25 novembre 2007. Arte Sesc, Mansão Figner, Flamengo. Le commissaire fut Raul Lody, bahianais.

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