Villa-Lobos: soixante ans après, le même bonheur

vilalobosC’était en 1946, à New-York. Le Maître (5/3/1887 -17/11/1959), au sortir d’une convalescence, dirigeait son opéra « Madalena » au Zigfield Theatre. Mario Cravo Junior*, plasticien, présent depuis plusieurs mois dans la Big Apple, assistait à l’avant-première. Laissons le se souvenir de son amitié avec le carioca virtuose.
« Plusieurs fois, je l’ai vu jouer du piano et de la guitare, avec le grand cigare au coin de la bouche, pendant que je profitais de cela pour « modeler » sa tête. Une camaraderie est née, et la sympathie mutuelle s’enrichit de visites sporadiques au long de nombreuses années. Il était, quelquefois, un homme aux réactions telluriques »
Durant l’une des rencontres, le Maître évoqua Bahia… « Un jour, Villa m’a parlé de ses vadrouilles et enquêtes des sources populaires à l’intérieur du Brésil et des difficultés de transport d’alors, des longs voyages à cheval… Il s’efforçait pour se souvenir de son passage par une zone de la province bahianaise dont la topographie l’avait impressionné. Il tentait de mentionner le nom de la petite localité, située entre Jequié et Poções, et de nouveau la mémoire lui manquait. Il s’efforçait pour se souvenir (…) Malheureusement, il ne se souvenait du nom du petit bled qui l’avait tant impressionné. (…) Et, dans la tentative de caractériser précisément le lieu afin que je le reconnaisse, il s’est assis au piano, et me regardant, m’a dit : « Sois attentif ! Écoute et tente de te souvenir… » Ila commencé une série d’accords… de manière impressioniste, décrivant, sonorement, la topographie. Ont surgi alors à mes oreilles les caractéristiques  de la topographie et de la localité… Villa-Lobos, déjà concentré et les yeux mi-clos, relançait : « Vois: le bled est petit, ainsi… (accords)… vient de la source d’eau et a plus ou moins cette forme… (accords) » et, en quinze minutes, j’avais deviné le lieu. La petite localité s’appelait Águas Claras. »

mcj* mcjmcnSculpteur majeur de Bahia et du Brésil, père du photographe Mario Cravo Neto, M.C.J. est à droite sur la photo en noir et blanc, prise dans l’appartement du Maître, à New York. Les souvenirs de M.C.J. ont été publiés sous le titre « O desafio da escultura »/Sociedade Auguste Rodin/outobro de 2003/240 pages. Avec une préface de Ildásio Tavares et plus d’une centaine de grandes photos.

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2 réponses

  1. Sergio Guedes dit :

    Mes parents l’ont vu diriger à Rio une de ses compositions par une formation chorale gigantesque avec des élèves de l’école publique si je ne me trompe pas. Ces étudiants ont répété avec leurs enseignantes pendants des mois par petits groupes jusqu’à la présentation finale. Quelle année? je l’ignore. Souvenirs du temps où l’école, au Brésil, pouvait servir à éduquer, à former, à valoriser l’effort par une éducation artistique de base.
    Ce matin (en ce moment même) une émission sur Fr Musiques: « Villa-Lobos : le Brésil, c’est lui ! ‘Bacchanales brésiliennes' » en honneur de Villa Lobos. Il y aurait-il qq chose de semblable sur nos ondes?

  2. bahiaflaneur dit :

    Réponse : Comment pourrait-il y avoir quelque chose de semblable sur nos ondes quand nous découvrons, ces jours, au fil des pages de publications officielles, que le gouvernement de Bahia subventionne les shows d’un « chanteur » nommé Jauperi à hauteur de… de 182.000 reais (60.000 euros environ) ! La médiocrité crasse a de beaux jours devant elle…. Presque tout à l’avenant en matière musicale….
    D’ailleurs, il est plus simple de renvoyer le lecteur de ce blog à l’éditorial de l’anthropologue bahianais Claúdio Luiz Pereira, récemment dans ce blog, sur un comportement de l’industrie musicale, similaire. Bonne lecture :
    http://www.bahiaflaneur.net/blog2/?s=enfiada&x=0&y=0&=Ok

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