Vers une « nouvelle » vague culturelle ?

cielFaites passer la charrue sur les os du mort
William Blake

Longtemps les subventions au secteur de la Culture, à Bahia, furent une manière clientéliste, sur la base de passes-droit, à travers un entrelacs de sous-secrétariats plus ou moins fantômes et de « hors budget », véritables fonds secrets actionnés par le deuxième cercle du pouvoir, pour le clan* et le même parti au pouvoir plus de vingt années durant, de maintenir Salvador, capitale, comme une vitrine illuminée, vivante et clignotante. Polie par les « indiqués » politiques – souvent sans compétences particulières -, la vitrine Salvador luisit ainsi avec la complicité nécessaire de centaines d’artistes, dont de nombreux, d’un talent certain et sans ambages, faisaient bouillir la grosse marmite théâtrale. Avec comme corollaire volontaire une ombre profonde et un gigantesque vide culturel sur la  province, exangue de tout et à la merci de la compassion des nantis. Une province où la télévision privée (O Globo, etc.) faisait office d’unique scène artistique.
Les temps voudraient changer, depuis la mort du chef de clan et l’arrivée au pouvoir du gouverneur Wagner (PT), élu le 1er janvier 2007. « La culture est un droit de base du citoyen et un secrétariat d’État se doit d’exister. La culture devient une question d’Etat. Vient alors la construction d’une institutionalisation. (…) Chaque municipalité (417 à Bahia) a une participation importante vis-à-vis de la culture. » Le secrétaire d’État à la Culture, Márcio Meirelles, 55 ans, artiste et qui pour la première fois occupe un poste politique (photo ci-dessous) a rappelé, cette semaine, quel aura été le « la » de départ du gouvernement de Bahia depuis 2007.
289 millions de reais (100 millions d’euros). Tel est donc le montant du budget 2009 du secrétariat d’Etat à la Culture de l’État de Bahia. Mais revenons en 2006 : M. Meirelles avait pris connaissance de nombreuses irrégularités financières laissées par le « clan » et sa politique de « balcão ». Que cela soit à l’intérieur du département Faz Cultura, du Fundo de Cultura, ou bien encore auprès d’associations créées spécialement, comme celle qui encadrait la gestion du Musée Rodin de Bahia. Les instances administratives de la Procuradoria Geral do Estado lui avaient remis des piles et des piles de dossiers prouvant cela. M. Meirelles, devant cet avalanche de malversations, a alors choisi pour partie la politique de l’autruche. Purement et simplement il ordonna de  ne plus payer les dettes, et de cesser séance tenante toutes les subventions promises dans le budget précédent aux  théâtres, compagnies artistiques, musées privés (Carlos Pinto, Fundação Jorge Amado, Teatro XVIII, etc.), tous situés à Salvador. Sept à huit mois se sont passés, et devant la démesurée bronca de la classe artistique, inactive et improductive, qui se disait flouée, le secrétaire d’Etat  a alors, sous la pression, opté pour une redéfinition et une réorganisation des lois de l’Etat qui encadreraient désormais le secteur culturel. L’année 2007 fut perdue pour la création artistique tandis que le détail des gigantesques malversations et irrégularités du « clan » ne fut jamais rendu public, encore moins publié dans la presse d’opposition (modérée), aux ordres. Enfin 2008 vint. Et avec les dizaines de petites structures municipales créées fin 2008 et en 2009, à partir de ce nouveau modèle administratif – établi au niveau fédéral** – et après les publications des écriteaux (editais), les dépôts de dossiers d’expositions, de créations artistiques, ont explosé : 1.143 en 2009, alors qu’en 2006 seulement 147 demandes de subventions avaient été sollicitées. La scène artistique retrouvait sa vigueur, petit à petit, sur des bases bien plus saines.

Márcio Meirelles

Théâtre. Avec cette multiplication des demandes et les budgets réduits en proportion, les spectacles de théâtre ne restent désormais à l’affiche que deux semaines ou trois, avec deux ou trois représentations hebdomadaires. Et les directives, adressées aux producteurs, depuis Brasilia et  Salvador***, sont claires : « Les producteurs doivent obtenir de leur côté des mécénats privés pour que leur spectacle reste à l’affiche. La viabilité (sustentabilidade) doit être prévue indépendamment de l’appui gouvernemental. »

Le pour et le contre
À la charge du gouvernement, il lui aura clairement manqué la volonté d’évincer, dès le 1er janvier 2007, la totalité des équipes de cadres culturels qui avaient, pour bon nombre bien qu’alors en début de carrière, servi sous l’ère du clan Magalhaes. Et qui, pour une part non négligeable, à peine recrutés voire bénéficiaires de promotions, ont conservé leur réflexes « d’indicateurs d’indiqués» où la personnalisation règne en maître absolu. Sans être jamais sanctionnés.
À sa décharge, il a décidé de décentraliser radicalement, de refonder les appareils législatifs culturels de l’Etat – exigence de Brasilia -, de simplifier les modules d’inscription aux écriteaux, et de sectionner la branche « Tourisme » historiquement liée au secrétariat d’État. Et cela demandera du temps, par les chemins institutionnels, a fortiori dans une métropole comme Salvador, où les résistances et les comportements de certains secteurs générationnels et historiquement contemplés dans le passé par leurs accointances de classe, sont encore « provinciaux et protectionnistes »****. Ces derniers chassés naturellement par le Temps, viendra alors peut-être, la « nouvelle vague » culturelle de Bahia… Apparaîtra-t-elle à l’horizon largement nuageux – par les alliances politiques en cours avec les partis les plus réactionnaires issu du clan démembré – de fin de mandat du gouverneur actuel (31 décembre 2010), tel cet étroit pan de ciel bleu dans le film homonyme de Jean-Luc Godard ? Rien n’est moins sûr.

* Clan réuni autour de Antônio Carlos Magalhães (1927-2007). Leur slogan officieux: « Pour les amis, tout, pour les autres, la loi ».
** Durant le mandat de Gilberto Gil (janvier 2002 – août 2008), de nombreuses nouvelles lois ont été mises en chantier – sans empiéter sur certains secteurs (télévision, cinéma) totalement otages de lobbies représentés par des députés – dont certaines ne viennent d’être votées que depuis peu, tandis que d’autres, pour vouloir concerner tous les secteurs culturels, seront d’abord analysées pour recevoir l’aval de la Casa civil et ne viendront donc à l’Assemblée légilastive qu’en 2010.
*** « Marcio Meirelles exécute une politique d’État », dixit Marcio Meirelles (janvier 2010, in supplément Muito)
**** Pour nos lecteurs coutumiers des politiques culturelles en France, il n’est que de se rappeler les premières réactions à la mise en place de la première « Maison de la Culture » au Havre, grâçe à André Malraux, en 1961. Dont la deuxième réforme architecturale fut menée par… Oscar Niemeyer !

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