Le pont, les élites, le gouverneur, le mépris (1)

ponteAinsi, le gouverneur de Bahia, Jaques Wagner, du Parti des Travailleurs (PT) a choisi de traiter par le mépris la pétition* initiée par le grand romancier brésilien, natif de l’île d’Itaparica, et présent là chaque année, Joao Ubaldo Ribeiro, pour dénoncer un projet pharaonique, démagogique, d’un pont de treize kilomètres de long, à construire entre le continent (Salvador) et l’île d’Itaparica.
Ainsi, ce post d’aujourd’hui vient officiellement lancer une longue série d’interventions pour dénoncer les collusions au coeur de ce projet – appel au crime contre l’écologie – d’infra-structure voulu par le pouvoir, projet démagogue, pouvoir complice des élites conservatrices qui ont mené, sciemment, l’Etat de Bahia à la dérive urbanistique ces quarante dernières années, sous la houlette de Antônio Carlos Magalhaes. En premier lieu, les entreprises OAS et Odebrecht, déjà évoquées dans ce blog. Sans oublier l’architecte, Ivan Smarcevscki, lié aux barons arrogants du Yatche Clube da Bahia.
Nous publions, tout d’abord, le texte, essentiel que nous avons également traduit, paru le 26 janvier 2010 dans le quotidien A Tarde, de l’écrivain João Ubaldo Ribeiro, pour dénoncer ce projet. Puis, jour après jour, nous** essaierons, donc, de dénouer ce qui se trame, orchestré par des élites, au mépris d’une géographie, d’une histoire, d’un peuple îlien, et tout simplement d’une âme.

Adieu, Itaparica
Comme tous les ans, je suis venu à Itaparica, pour passer mon anniversaire dans mon pays, dans la maison où je suis né. Maison de mon grand-père, coronel Ubaldo Osório, qui fit, durant sa vie, un peu plus qu’aimer et défendre l’île et ses habitants. Depuis, beaucoup fut fait pour les détruire, physiquement ou culturellement et une nouvelle tentative a lieu. Il s’agit de la construction annoncée d’un pont depuis Salvador jusqu’ici. Ceci est qualifié, par ses idéalisateurs, de progrès.
Je connais ce progrès. C’est le progrès qui a réduit à néant le commerce local ; qui a détruit les saveiros* qui faisaient du cabotage dans le Recôncavo ; qui après les saveiros a joint la disparition des marins, des maîtres charpentiers, des fabricants de voiles et de toute l’économie afférente ; qui vient transformer les villes brésiliennes, y compris et de manière marquante Salvador, en ensembles modernes de lotissements-gratte-ciel et centres commerciaux acculés par la violence criminelle qui se répand où que nous soyons retranchés, îles desquelles on sort seulement en automobile, au milieu d’avenues arides et désertes.
Je connais également les arguments hypocrites de ceux qui proposent le pont, avides serviteurs de Mamon, oints en entrepreneurs socialement responsables. En vérité, les moins ingénus le savent, ils se basent sur des prémisses inacceptables, tels qu’une vision superficielle, matérialiste et liée sans limites non seulement avec le capital spéculatif, qui en finit déjà avec les mangues dans le Recôncavo, comme celui qui investit ici utilisant les mêmes standards appliqués à Pago-Pago ou en Jamaïque. La culture et la spécificité locales sont violentées et prostituées et le progrès arrive à travers la batardisation de toute la véritable richesse des populations ainsi atteintes.
Les statistiques sont un autre instrument de ces flibustiers du progrès qui en notre milieu abondent, entre les concurrences publiques de dupes, les surfacturations, les embrouilles immobilières et les détournements de fonds. Mais ces statistiques, même quand elles sont fidèles aux données liées, pâtissent de présupposés questionnables. Cela fait revenir à l’esprit ce que quelqu’un a déjà dit sur la statistique, la définissant comme l’art de torturer des chiffres jusqu’à ce qu’ils révèlent n’importe quoi. Et ils révèleront, c’est sûr, car Mamon est fort et était sur la cime de la vague.
Mais ils ne montreront pas que ce progrès est en réalité l’une des faces de notre retard. Retard qui transmutera Itaparica en un point d’autoroute, au milieu de resorts, de terrains de golf et de lotissements pour vacanciers d’été, une pathétique Miami du pauvre. Et qu’au lieu de valoriser notre tourisme, le standardise et le stérélise, tuant en même temps, car économiquement inviable, toute la richesse de notre culture et notre Histoire. Qui n’est pas non-informé sait cela. Pour ne pas commettre ce type d’attentat, c’est ainsi, qu’à Paris, par exemple, il n’est pas autorisé d’ouvrir l’ouverture de supermarchés là où cela peut affecter le commerce traditionnel.
Encore moins, à Venise, les gondoles ne furent substituées par des modernes chaloupes. Dans un pays non soumis à ce viol socio-économique et culturel, les saveiros seraient subventionnés, les anciennes professions, l’artisanat et le petit commerce aussi. Excercant la vocation touristique de toute la région, nous aurions raison de nous montrer avec tant de fierté quand un étranger nous rendrait visite. Mais notre destin semble d’accentuer infiniment la vision qui entrevoit en nous un pays de drinks imitant des jardins, de danses primitives, de tenues légères et de filles faciles.
Adieu, Itaparica de mon cœur, adieu, racines qui resteront seulement dans un mur écroulé, dans le gasouillis affligé d’un sabiá** survivant, sur le parvis d’une petite église vulnérable préservée par miracle, dans le parler, d’ici peu perdu, des mes contemporains de la contracosta. Je sais où me mettront ceux qui veulent le pont et n’osent dire qu’ils sont seulement attirés par l’argent, d’où qu’il vienne et peu importe comment. Je connais les polysyllabes sonnantes et trébuchantes qui donnent du travail, je connais la syntaxe américo-canaille dans laquelle les exposés sont rédigés et probablement pensés, comme il convient aux bons colonisés, j’ai déjà entendu tous les verbes terminés en « izar » avec lesquels ils donnent autorité à leur discours. Il est bien possible que le pont soit vraiment construit, mais, au moins, je ne trahis pas mon vieux grand-père.
João Ubaldo Ribeiro
depuis l’île d’Itaparica

* Bâteaux en bois du Nordeste qui assuraient l’essentiel des transports de marchandises, sur les fleuves, avant l’industrie automobile.
** Petit oiseau, immortalisé dans la merveilleuse chanson de Antônio Carlos Jobim.

Adeus, Itaparica,

Como todos os anos, vim a Itaparica, para passar meu aniversário em minha terra, na casa onde nasci. Casa de meu avô, coronel Ubaldo Osório, que fez pouco mais na vida que amar e defender a ilha e seu povo. De lá para cá, muito se tem perpetrado para destruí-los física ou culturalmente e há nova tentativa em curso. Trata-se da anunciada construção de uma ponte de Salvador para cá. Isso é qualificado, por seus idealizadores, de progresso.
Conheço esse progresso. É o progresso que acabou com o comércio local; que extinguiu os saveiros que faziam cabotagem no Recôncavo; que ao fim dos saveiros juntou o desaparecimento dos marinheiros, dos carpinas, dos fabricantes de velas e toda a economia em torno deles; que vem transformando as cidades brasileiras, inclusive e marcadamente Salvador, em agregados modernosos de condomínios e shoppings acuados pela violência criminosa que se alastra por onde quer que estejamos enfurnados, ilhas das quais só se sai de automóvel, entre avenidas áridas e desertas de gente.
Também conheço os argumentos farisaicos dos proponentes da ponte, ávidos sacerdotes de Mamon, autoungidos como empresários socialmente responsáveis. Na verdade, sabem os menos ingênuos, eles se baseiam em premissas inaceitáveis, tais como uma visão imediatista, materialista e comprometida irrestritamente não só com o capital especulativo, que já está pondo as mangas de fora no Recôncavo, como aquele que investe aqui usando os mesmos padrões aplicados em Pago-Pago ou na Jamaica. A cultura e a especificidade locais são violentadas e prostituídas e o progresso chega através do abastardamento de toda a verdadeira riqueza das populações assim atingidas.
As estatísticas são outro instrumento desses filibusteiros do progresso que em nosso meio abundam, entre concorrências públicas fajutas, superfaturamentos, jogadas imobiliárias e desvios de verbas. Mas essas estatísticas, mesmo quando fiéis aos dados coligidos, também padecem de pressupostos questionáveis. Trazem à mente o que alguém já disse sobre a estatística, definindo-a como a arte de torturar números até que eles confessem qualquer coisa. E confessarão, é claro, pois Mamon é forte e sempre esteve na crista da onda.
Mas não mostrarão que esse progresso é na verdade uma face de nosso atraso. Atraso que transmutará Itaparica num ponto de autopista, entre resorts, campos de golfe e condomínios de veranistas, uma patética Miami de pobre. E que, em lugar de valorizar o nosso turismo, padroniza-o e esteriliza-o, matando ao mesmo tempo, por economicamente inviável, toda a riqueza de nossa cultura e nossa História. Quem não é atrasado sabe disso. Para não cometer esse tipo de atentado é que, em Paris, por exemplo, não se permite a abertura de shoppings onde isso possa ferir o comércio de rua tradicional.
Tampouco, em Veneza, as gôndolas foram substituídos por modernas lanchas. Num país não submetido a esse estupro sócio-econômico e cultural, os saveiros seriam subsidiados, as antigas profissões, o artesanato e o pequeno comércio também. Exercendo a vocação turística de toda a região, teríamos razão em nos mostrar com tanto orgulho quanto um europeu se mostra a nós. Mas nosso destino parece ser acentuar infinitamente a visão que enxerga em nós um país de drinques imitando jardins, danças primitivas, pouca roupa e nativas fáceis.
Adeus, Itaparica do meu coração, adeus, raízes que restarão somente num muro despencado ou outro, no gorgeio aflito de um sabiá sobrevivente, no adro de alguma igrejinha venerável por milagre preservada, na fala, daqui a pouco perdida, de meus conterrâneos da contracosta. Sei em que conta me terão os que querem a ponte e não têm como dizer que só estão mesmo é a fim de grana, venha ela de onde vier e como vier. Conheço os polissílabos altissonantes que empregam, sei da sintaxe americanalhada em que suas exposições são redigidas e provavelmente pensadas, como convém a bons colonizados, já ouvi todos os verbos terminados em “izar” com que julgam dar autoridade a seu discurso. É bem possível que a ponte seja mesmo construída, mas, pelo menos, não traio meu velho avô.

João Ubaldo Ribeiro
da Ilha de Itaparica (BA)

* Et dont les premiers pas ont été guidés par le journaliste Claudio Leal, bahianais, résident à Sao Paulo, et responsable de la partie “Opinions” du portal Terra Magazine. Le chanteur, compositeur et écrivain Chico Buarque a signé la pétition le 1er février suivi ou précédé du metteur en scène Caca Diegues (“Bye Bye, Brasil”), des écrivains Milton Hatoum (“Cinzas do norte”) et Luis Fernando Verissimo et du poète Ruy Espinheira Filho et l’historien de la musique Ricardo Cravo Albin.
** Nous avons vécu (2001-2003) dans l’île, avant de venir à Salvador.
La colonne, à droite, des liens permanents de ce blog propose, dans la catégorie “Contre le pont Salvador/Itaparica” tous les éléments rédactionnels en portugais, actualisés. Pour signer la pétition, c’est ICI.

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1 réponse

  1. Lourenço Mueller dit :

    Bravo Alex,
    Bom que v. tenha tido esta postura.
    Mas seria melhor conhecer completamente o projeto e discutí-lo antes de queimar sem base, maniqueistamente.
    Veja o que penso na Tarde de domingo, dia 7.
    Abs,
    L.

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