Le capital oligopolistique mondialisé s’approprie l’écosystème (1)

cajaibaEn face de la ville de São Francisco do Conde – distante d’une soixantaine de kilomètres de Salvador – en pleine région du Recôncavo, à sept cent mètres en direction de la mer, passé le fleuve Subaé, l’île de Cajaíba (photo ci-contre), d’une surface de 1.100 hectares, quasiment vierge, plantée d’arbres fruitiers, de plantations de cacao et de mangueizal, s’allonge majestueusement. Elle fait partie de l’archipel de São Francisco do Conde, étant interliée avec trois autres îles, Pióica, Casqueira et Sergimirim. Encore en bon état se trouve l’ancien moulin à sucre présent sur l’île, qui date de 1712. Il fut aussi la résidence officielle du troisième gouverneur général du Brésil, Mem de Sá, puis du Barão de Cajaíba, commandant de la Sabinada, révolte libérale en faveur de l’indépendance de Bahia.

Dès la fin de 2013, devrait être construite là, sur 521,74 hectares, la première étape d’un mega-resort, le Ilha de Cajaíba Beach & Golf Resort, pour un coût de trois cent millions d’euros (800 millions de reais). Le directeur exécutif de Property Logic Brazil, Dick Blom, a annoncé qu’au total seront implantés ensuite 785 chalets, bungalows – dont certains seraient vendus 2,5 millions de dollars -, immeubles de trois niveaux. Sans oublier sept hôtels luxueux, exploités par des marques différentes, de cent cinquante chambres chacun. Les quatre premiers hôtels, dont un sous la bannière italienne Missoni, du groupe belge Rezidor. seront prêts en 2014, pour pouvoir accueillir les membres des délégations de la Coupe du monde de football. Seront implantés ensuite des centres commerciaux, des écoles privées, un spa, un héliport, un centre équestre, des piscines, un terrain de football, des terrains de tennis, et des équipements nautiques. Sans oublier un golf dix-huit trous, sur cent hectares. L’accès se fera par barges et bateaux rapides. Car une marina verra le jour également, et abritera des voiliers intercontinentaux et des yatchs. L’architecte* bahianais André Sá sera le maître d’œuvre de cet ensemble de béton.

Reprenons notre souffle. De souffle, la nature en aura bien besoin, devant tant de volontés politiques délibérées et d’agressions annoncées. Le gouverneur de Bahia et le maire de São Francisco do Conde ont en effet facilité l’acquisition et l’installation du complexe, et permis que la BNDES (banque publique) finance à 70% le projet. L’accès se fera par la voie rapide BR324, à péage (bien sûr !!), à partir de l’aéroport international de Salvador. Dès le 12 novembre 2009, Property avait reçu l’autorisation environnementale et de localisation.
Property Logic, qui a acheté l’île en 2006, a déjà implanté de nombreux projets de ce type au Maroc. Un total de onze complexes, pourr un investissement de quatre cents millions d’euros. Fondée en 2005, la société hollandaise Property Logic, qui a son siège en Espagne à Malaga, est gérée par ses fondateurs Sean J. Cusack, Margus Reinsalu et Joop Huisman**. Ce dernier était à Salvador début mars 2010…
Alors ? Une nouvelle fois, donc, invités à bras ouverts par le pouvoir de Bahia, des spéculateurs venus de Hollande, d’Italie, de Belgique, d’Espagne, et bien d’autres «flibustiers du progrès», ont toute lattitude, entre deux trous de parcours de golf, pour l’appropriation et la privatisation totale des beautés immémoriales de Bahia. Dans dix ans, le flâneur et ses accompagnants – qui sait ? – familiers de Sao Francisco do Conde, se verront-ils empêcher l’accès au front de mer par des gardes privés ?

* Ce lien en portugais rappelle qu’il a participé au bétonnage massif, via l’implantation d’autres resorts, des plages (Costa de Sauipe, Imbassai, etc.) du littoral nord de Salvador et conçu le plus récent des gigantesques centres commerciaux de Salvador, le Shopping Salvador.
** Respectivement business man anglais, entrepreneur estonien (KC Grupp) et consul honoraire du Maroc en Estonie, et financier hollandais. Property semble être liée à la société d’investissements « The International Property Investment Network – (IPIN)« , où sont regroupés cinquante mille investisseurs de poids. La publicité évoque des taux d’intérêts de 25% sans risque…

Note : je dois le terme « oligopolistique » à la lecture du Journal des alternatives, organe de presse canadien (www.alternatives.ca). Où j’ai relevé cette phrase : « Economie et politique, «marché» et pouvoir d’Etat, y compris militaire, sont aujourd’hui, comme toujours, inséparables, en dépit du discours idéologique dominant qui s’emploie à le nier. »

 

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2 réponses

  1. LOURENÇO MUELLER dit :

    Cést tres bien dit mais il se trouve d’imprimer au gouvernement de Bahia des notions d’Etique(?) dans l’amenagemant urbain et regional. Les plages, au Bresil, selon la Constitutions, sont publiques.

  1. 5 août 2010

    […] millions de mètres carrés, annoncent des avancements dans leur projet. Nous avons, par le passé, dans ce blog, évoqué en détail ce crime contre l’environnement. L’ancien moulin à sucre présent […]

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