Enseignement privé: capitaux et modèles américains aux commandes (1)

unijorgeIl s’agit bien, aussi, d’une invasion, à Bahia. En effet, pas moins de quinze institutions d’enseignement privé présentes dans l’État (28,3% du total) se retrouvent aujourd’hui dans les mains de groupes financiers orignaires des états riches du Brésil : São Paulo, Rio de Janeiro, Goiás et Mato Grosso.  Mais le constat accablant ne s’arrête pas là. Alors que l’éducation privée au Brésil représente annuellement un mouvement financier global de 15 milliards de reais, soit 50% de plus qu’il ya trois ans, les investisseurs étrangers ont la part encore plus belle à Bahia. Environ 17.000 étudiants sont concernés par les chiffres qui suivent.
Le groupe d’éducation privée DeVry, d’Amérique du Nord (100.000 élèves en trente pays, soixante-quinze ans d’existence) a payé, en 2009, 55,1 millions de reais pour obtenir 69,3% du contrôle de la FANOR, qui contrôlait un total de 10.400 élèves entre une université à Fortaleza* et trois à Salvador : la Faculdade de Tecnologia Empresarial (FTE), la Faculdade Area1 et la Faculdade Ruy Barbosa. En 2008, le groupe DeVry affichait un chiffre d’affaires de deux milliards de dollars. Le contrat prévoit que DeVry prend le contrôle de 69,3% du Grupo Fanor, les comptes et la recapitalisation des dettes du groupe. DeVry pourra éventuellement monter à 82,4% dans un futur aujourd’hui proche pour recapitaliser ces dettes. La Fanor, antérieurement, était contrôlée par des fonds d’investissement : le Fundos de Investimento Nordeste Empreendedor e Pactual Capital Partners, administrés par UBS Pactual, qui dépend de la banque suisse UBS.
Située quant à elle à l’extérieur de Salvador, mais disposant de quelques annexes en ville, la gigantesque faculté Centro Universitario Jorge Amado, la Unijorge, a été rachetée par l’empire texan Whitney University en 2006.
Il faut citer, pour conclure, le général angolais – évidemment proche du pouvoir – Fernando Vasques Araújo et l’entrepreneur portugais Armênio Venceslau Brandão Ramos, qui ont investi récemment dans l’Instituto de Educação e Tecnologias (INET).

* Capitale de l’État du Ceara, où ils sont actionnaires majoritaires de l’université Faculdade para Desenvolvimento Humano (FDH)

unijorgeNote : en 2005, à Rio de Janeiro, une des plus grosses universités privées du Brésil, la Universidade Anhembi Morumbi a vendu 51% de son contrôle à la chaîne américaine Laureate Education – dont les universités sont présentes dans plus de quinze pays – pour 165 millions de reais. Selon les acheteurs, 100% des actions devraient être acquises d’ici 2013.
En octobre 2008, selon le secrétariat général de la banque publique BNDES, 3.875 préposés financiers internationaux ont investi 412,5 millions de dollars pour assumer 80% du SEB (Sistema Educacional Brasileiro S.A.), label qui détient la marque COC, dont dépendent des centaines de milliers d’élèves, répartis dans des structures dans pratiquement tous les États du Brésil.
Également en 2008, 12.000 autres investisseurs ont investi 478.773.750 millions de dollars pour assumer 70% des actions de la chaîne Kroton, dont dépend le label des facultés Pitágoras.
La faculté Estácio de Sá, à Rio de Janeiro, a vendu pour 446.940.000,00 millions de dollars 64% de ses actions.
Récemment, le groupe Anhanguera Educacional*** (51 unités d’enseignement dans les régions Sud, Sud-est et Centre-Ouest, pour un toral de 140.000 élèves) a vu 76% de ses actions acquises par 14.651 investisseurs étrangers, qui ont ainsi payé 512,5 millions de dollars. Avant cette négociation, Anhanguera Educacional a fait deux offres publiques d’actions à la Bourse de Sao Paulo en 2007 et a capté 860 millions de dollars. Pour aussitôt acheter 17 unités d’enseignement, entre lesquelles la faculté Uniderp (Mato Grosso do Sul), la Faculdade Fênix (Bauru, État de Sao Paulo) et à Brasilia le Centro Universitário Ibero-Americano em São Paulo (Unibero), devenu, en 2010, Centro Universitário Anhanguera de São Paulo. En août 2008, ce même groupe Anhanguera, entre de multiples autres acquisitions, a pris 30% du groupe de formation professionnelle Microlins, très présent à Bahia, avec une option d’achat total du capital pour 2010. Etc.

ICI, un article en portugais détaille, entre autres,ces acquisitions dans l’enseignement privé au Brésil. Il n’est pas inutile de rappeler que l’écrasante majorité des diplômes des établissements cités, donc acquis ou revendus par tel ou tel groupe, durant les deux gouvernements du président Lula, sont reconnus par le ministère de l’éducation.

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