“Sempiternel Brésil”

SOUTH-AFRICA/Il est de notoriété baiano-française que l'”assunto” football n’est jamais développé en ces colonnes, tout comme celui des sports en général. Mais à la lecture d’un article, surtitré “Pour un autre football”, nous le reproduisons ici car il tente d’éclairer finement la “présence” éclair du Brésil lors de cette Coupe du Monde 2010. Que les amateurs en profitent, cela ne se reproduira plus ! Rires….

Sempiternel Brésil,
par Simon Lebris

Le Brésil éliminé, c’est tout de même un peu de fantaisie qui s’en va d’une Coupe du monde qui en manque beaucoup. On peut faire confiance aux compatriotes de Dunga pour réserver au sélectionneur l’accueil qu’il mérite moins sur ce match que sur ses partis pris défensifs et “européens”.
Le Brésil éliminé, c’est d’abord un fait de jeu et toute la différence entre deux gestes de gardien : l’un, Stekelenburg, qui sauve son équipe sur une superbe action collective auriverde ponctuée d’un tir enroulé de Kakà qui prenait le chemin de la lucarne (38e) ; l’autre, Julio César, qui se troue sur un centre-tir de Sneijder et voit le ballon effleuré par Felipe Melo rentrer dans sa cage (53e).
Dès lors, le jeu brésilien se délite lentement mais inexorablement. Les partenaires de Lúcio, qui avaient largement dominé les débats en première mi-temps, perdent leur futebol. Eux qui avaient su remarquablement priver de ballon les rugueux Hollandais, voire le récupérer savamment dans leurs pieds ou en coupant leur circulation de balle déficiente, voilà qu’ils prennent un second but sur une faute de concentration (Felipe Melo et Gilberto Silva, 66e) et perdent leurs nerfs (expulsion de Felipe Melo, 73e). La machine était déréglée. Et il s’en est fallu de peu, au cours de cette seconde période à vau-l’eau, que leur inéluctable défaite se transforme en humiliation.
Le Brésil éliminé, c’est une immanquable question qui se pose : comment se fait-il qu’une équipe à qui on avait inculqué une philosophie de la force et appris le soi-disant bien-fondé de la rigueur défensive se soit montrée si faible mentalement (au contraire des “Oranje”) et si peu rigoureuse défensivement ?
Il me semble qu’au-delà des schémas tactiques, des options de ses sélectionneurs, et même des joueurs qui au fil du temps la constituent, l’équipe du Brésil retrouve toujours, à un moment ou à un autre, ses qualités et ses défauts naturels. Elles lui permettent d’inventer ce jeu fluide, imprévisible qui fait notre admiration. Mais ce jeu et ces qualités ont leur revers : la fragilité. Et le fil auquel il est suspendu est d’autant plus cassable qu’on ne met pas l’accent sur lui. Là est la responsabilité de Dunga. En misant, depuis sa prise de fonction, sur le potentiel défensif de ses joueurs, il a limité leur capacité de réaction en cas de revers. En optant pour leurs capacités offensives, il ne fait guère de doute que ces mêmes joueurs auraient “plié” leur quart de finale avant de se perdre et de le perdre. Son successeur en tirera-t-il la leçon ? A l’allure où vont les choses de ce monde, rien n’est moins sûr.

francoisthebaud(© Miroir du Football – Le site des amis de François Thébaud* – Pour un autre football).
* Journaliste de renom (1914-2008), fasciné par le jeu vif du Brésil, F. Thébaud  y effectua de nombreux reportages. Il est l’auteur d’un livre de référence sur Pelé: “Pelé. Une vie. Le football. Le monde”  / Éditions Hatier / 1974.

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