Reproduction et violence: les élites, toujours

baraque5Le bord de mer de Salvador est désormais tout à nous, modestes citoyens. Certains le croient. En effet, la totalité des trois cent quarante-neuf baraques*, bourgeoises ou, selon le quartier, ordinaires, voire souvent fétides et branlantes, qui le longeaient a été détruite par ordre d’un juge fédéral, entre ce lundi 23 août et ce jeudi 26 août. Avec l’appui permanent de la police fédérale, en couverture, aux personnels fortement armés. Après plus de trois ans de batailles juridiques et procédurales, tant au niveau municipal que fédéral, les tracteurs et bulldozers ont rasé toute construction au long de dizaines de kilomètres de plage. La loi fédérale prévoit qu’une bande de trente-trois mètres à partir du point de la marée la plus haute soit vierge de toute bâtisse.

baraque3Tout de même non ingénus, nous savions que lors de la précédente élection municipale, le vainqueur avait dû sa victoire au vote en urgence d’une modification du Plan d’occupation des Sols (Plano Diretor de Desenvolvimento Urbano, PDDU) de la zone de bord de mer de la capitale. En s’associant avec la droite et avec le vote des conseillers municipaux “vendus” au lobby immobilier (Associação de Dirigentes de Empresas do Mercado Imobiliário da Bahia (ADEMI-BA), le maire pouvait ainsi prévoir la construction d’immeubles gratte-ciel (18 étages maximum), et faire réduire la distance minimum entre ces immeubles, tout au long de Salvador. Et ainsi, à terme, boucher littéralement tout le front de mer, élitiser Salvador et le livrer aux spéculateurs et investisseurs. Il est à noter que lors de ce vote municipal et jusqu’à ce jour, l’opposition municipale (PT, principalement) ne s’est opposée de front à l’ADEMI, et récuse encore moins, sur le fond, ses projets. La seule divergence, pour ce parti, concernerait la hauteur des immeubles et l’affectation des impôts recueillis auprès des occupants de ces habitations de luxe…

Le juge qui a dirigé tout le dossier et ordonné la destruction, Carlos D’Ávila Teixeira, de la 13e Chambre Fédérale, est le frère du directeur commercial de l’ADEMI, Cláudio D’Ávila Teixeira,
également propriétaire d’une entreprise de construction civile, D’Ávila Empreendimentos Imobiliários Ltda.

* Sans prévoir le moindre reclassement ou indemnisation ou salaire de chômeur pour les travailleurs indépendants. Le flâneur prend position en observant la laideur de la côte, avec la présence de ces officines de débits de boissons, et la dégradation continuelle du sol et sous-sol, ne serait-ce que par l’absence totale de systèmes d’égoûts, etc. Salvador devait changer de visage, mais certainement pas à n’importe quel prix… Au vu de l’absence totale, depuis toujours, de publication des noms des propriétaires des baraques, et l’opacité totale des identités, il n’est pas inutile de confier qu’un nombre certainement non négligeable (30%?, 40 %, 50%??) des tenanciers des bicoques n’étaient que des gérants fictifs (laranjas) et salariés miséreux des véritables propriétaires, le plus souvent déjà propriétaires d’autres établissements de restauration ou d’entreprises, en tous genres, florissants, à Bahia. La Reproduction, dîtes-vous?

(Photos © A Tarde : Paula Pitta, Fernando Vivas, Arestides Baptista, etc.)

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1 réponse

  1. Dora dit :

    Pois é,
    é uma mostra de brutalidade… e da impotencia do cidadão. Não´é atoa que s pessoas de uma maneira geral não acreditam na democracia. Este é um bom exemplo… se fizermos uma pesquisa na cidade, creio que quase 100% discorda deste ato de violencia. E vem a pergunta: com o apoio de quem são feitas estas arbitrariedades?
    Quem dá o apoio pra se rasgar a constituição desta forma?

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