Devant l’urne

– Le capitalisme brésilien a-t-il changé avec Lula ?
Plinio de Arruda Sampaio, candidat à l’élection présidentielle 2010 pour l’extrême gauche (PSOL, numéro 50): Le capitalisme brésilien a réellement changé pendant la dictature militaire. Comme le disait Florestan Fernandes, le capitalisme brésilien a fait sa révolution bourgeoise à cette époque, une révolution bourgeoise sous domination nord-américaine, et depuis il reste en position subalterne. On peut dire que l’on a ici une bourgeoisie qui « marche à la commission », qui reçoit essentiellement les retombées sous forme de commissions des énormes bénéfices que les multinationales font dans ce pays. C’est une bourgeoisie sans ambition à l’étranger, ou alors vers quelques secteurs dans d’autres pays d’Amérique latine, mais toujours dans cette même logique de commissions. Par contre, ici, elle ne cède rien et se comporte de façon extrêmement caricaturale, violente, ce qui fait de la société brésilienne l’une des plus violentes au monde.
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Le fait d’exporter tant de produits agricoles et de matières premières est source de recettes pour l’État sous forme de revenus fiscaux. Le gouvernement utilise alors cette manne fiscale pour mener des politiques assistencialistes* pour les plus pauvres.
Grâce à cela, Lula gagne à court terme un énorme soutien populaire, mais il est en train de pourrir la société brésilienne, parce que l’éducation, la santé restent terribles, ainsi que la sécurité sociale. Les Brésiliens pauvres peuvent aujourd’hui acheter des frigos, et pensent qu’ils sont en train de changer de classe sociale. La situation est extrêmement sérieuse car on assiste en réalité à la dilution des organisations sociales : comme Lula a un énorme soutien populaire (80 % d’opinion favorable), il oblige les leaders*** de ces organisations – qui sont pour la plupart des organisations socialistes – à accepter, par la pression populaire, une politique qui n’a rien de gauche. Cela engendre d’énormes divisions dans le mouvement social, ce qui est grave.
D’un autre côté, Lula construit une relation populiste d’un autre temps, entre la masse et un leader, sans l’intermédiaire d’un parti. Ce gouvernement est profondément néfaste pour la moindre conquête sociale réelle au Brésil. Certains disent que Lula est le « Père des pauvres et la Mère des riches », car ces derniers n’ont jamais autant fait de bénéfices que pendant les huit dernières années.
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Les femmes doivent pouvoir disposer de leur corps, la question de l’avortement a toujours été une question délicate au Brésil, mais nous ne devons pas hésiter : je suis catholique et je défends non pas la dépénalisation, mais la légalisation de l’avortement, parce qu’une femme pauvre en meurt et une riche peut le faire sans danger. Je vais aux gay pride et je pense que les LGBT peuvent se marier et adopter des enfants. Le conservatisme de ce pays ne sert qu’à opprimer un peu plus notre peuple.
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* Florestan Fernandes est considéré comme le père de la sociologie brésilienne, il était militant de la gauche du PT, le MST a donné son nom à son école de formation de cadres politiques: l’École nationale Florestan Fernandes (ENFF) à Sao Paulo.
** Ce qui n’avait jamais été fait auparavant, modère le flâneur.
***Par exemple, en ayant nommé précédemment  le président du principal syndicat du Brésil.. ministre du Travail. (précision du flâneur)

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