L’enfant de l’hiver pénitientiaire

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Ces enfants qui naissent en prison, au milieu d’innombrables risques. Ces femmes qui entrent enceintes en ce lieu de privation de liberté. Comment sont établies et maintenues les relations familiales dans un contexte d’emprisonnement? Le quotidien de la prison féminine de Salvador – Conjunto Penal Feminino  (dans le quartier éloigné et dangereux de Mata Escura) –  avec toutes ses inégalités, ses abus, ses violences, voilà le défi du premier  reportage dense, en ce lieu, effectué en 2006, et qui vint comme conclusion académique des années de faculté de communication à l’université fédérale de Bahia. Un livre, tiré de ce reportage est édité en octobre 2010. Car Bahia ne proposait jusqu’alors aucune enquete sur ce thème.
“Les nouvelles sur les prisons brésiliennes pèchent toujours par leur superficialité. Des dénonciations sur des abus, des crimes, la surpopulation, et des révoltes sont données quotidiennement. L’angle, malheureusement, est concentré sur des aspects éphémères, qui ignorent une étude plus profonde sur les causes de la criminalité et sur le profil social des personnes emprisonnées: le contexte socio économique, le niveau d’éducation et les relations familiales”. Ainsi s’exprime Aline, l’auteur. “L’intention de ce travail fut d’aller au-delà des murs, au-delá des crimes, dans une tentative d’approche du réel”. L’auteur n’a pas souhaité réaliser une enquête sociologique, mais présenter une perspective du systéme pénitentiaire peu abordée, cherchant à présenter les relations sociales dans cette ambiance, principalement celles qui concernent les enfants.
Selon la Lei de Execuções Penais, les femmes emprisonnées ont le droit de rester avec leur enfant pendant la période de l’allaitement, de la naissance á six mois d’âge. Est ainsi obligatoire l’installation de berceaux et de crèches dans la prison. Mais cela n’est pas la réalité. L’Etat n’accomplit pas son devoir, ne suit pas la Loi. Ainsi les nouveaux-nés vivent dans les cellules avec leurs mères jusqu’à six mois, et ensuite sont acceuillis par une institution non gouvernementale – Centro Nova Semente – qui est liée statutairement à la Pastoral Carcerária da Arquidiocese (archevêché) de Salvador.
Via de nombreuses interviews, la biographie des prisonniers, le récit de la manière qu’ils ont été mis dans le système pénitentiaire, les antécédents familiaux, un large panorama a été effectué.  Ont également répondu aux questions les assisantes sociales, les nourrices des enfants, les parents des prisonniers.  Sans jamais ôter le langage brut, l’argot, les erreurs  des interviewés dans leur expression orale, Aline, avec ce reportage, aura réussi à ne pas débattre seulement de la criminalité, mais à aborder précisément ses causes, “presque toujours liées à l’exclusion sociale”.

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Aline d’Eça, journaliste, est née à Nazaré das Farinhas (Recôncavo) et vit à Salvador depuis une dizaine d’années. Elle est attachée de presse, au secteur de  Comunicação Social du Ministério Público do Estado da Bahia, dans le quartier de Nazaré. – Filhos do Cárcere. Aline D’Eça – Editora Edufba. 2010. 162 pages. 28 reais.

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