Egberto, le prince des mers musicales

egberto-1Il est entré sur scène comme le marin descendrait à toute allure d’une passerelle. Pour nous raconter sa dernière histoire de mer, après tant de mois, tant d’années sans nous avoir revus, nous, de Salvador. De plus, c’était son anniversaire, à Egberto. Après nous avoir raconté son histoire, une histoire de Rio de Janeiro, de longues nuits, de longues soirées, avec Gilberto Gil, entre autres, il a empoigné sa guitare comme un marin se saisirait d’une bouteille avant de commencer à conter ses souvenirs, appuyé sur le bar. Une désinvolture à faire se pamer le moins soucieux des artistes. À peine assis sur le bord du tabouret, il voulait déjà tout nous dire. En deux longs morceaux, deux longues lampées, qui passèrent par des vallées, des chuintements le long de gorges, des aigus grinçants et des graves tortueux, il nous a subjugué, pour employer une métaphore conradienne, par son Typhon mélodique, mêlé à une Folie rythmique qui aurait pu être celle d’un Almayer brésilien, mais qui n’aurait eu que sa Jeunesse d’esprit à l’âme.
Ainsi, nous l’aurons attendu dix ans, Egberto, pour ces vingt minutes d’anthologie. Ce dimanche 5 décembre 2010, entre 21h30 et 21h50, le pont et la cale du Teatro Castro Alves était pleins, et les ombres de Villa-Lobos et de Joao Gilberto, n’ont pipé mot, nous en sommes sûrs. Bouches bées. Puis, les deux histoires contées, les passagers et l’équipage exultèrent, comme jamais.
(photo d’Egberto Gismonti, le 5 décembre, par João Milet Meirelles)

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