Salvador: planification et abêtissement, par Gil Vicente Tavares

« Salvador a un patrimoine historique sensationnel ». C’est à partir de cette affirmation pleine et véridique, et de la dégradation et « destruction » tous azimuts évidente de Salvador, que le dramaturge Gil Vicente Tavares a publié le 29 novembre 2010 l’éditorial qui suit. « Salvador est une ville historique qui tourne le dos à son histoire », voilà l’axe de son texte plus que bienvenu par sa virulence, dans son argumentation comme dans sa forme.
Le flâneur dédie en même temps sa traduction en français au père de l’auteur, Ildasio Tavares, très récemment et brutalement disparu, et à la Bahianaise polyglotte d’origine africaine, bien vivante, qui lui dit, en des temps pas si lointains : «Et si celle que tu dis aimer souhaitait aller vivre Avenida Paralela, la suivrais-tu ? ».
BF.

Salvador: planification et abêtissement

Il y a quelque temps, j’étais en train de marcher, bien au cœur du quartier du Comércio*, quand il a commencé à pleuvoir. Comme nous marchons, ici, rarement munis d’un parapluie, à cause du temps imprévisible, j’ai été m’abriter dans l’une des vieilles énormes anciennes bâtisses. Comme observateur obstiné que je suis, j’ai fini par voir clairement la beauté d’immeubles abandonnés, cachés derrière des façades, coincés entre des gratte-ciel moches et sans personnalité.
La croissance de l’immobilier à Salvador est effarante. De nouveaux immeubles aux options de loisir incluses, très chers et qui suivent un standard architectural du type « nous sommes présents partout », mettent en un instant sur leurs façades un « 100% vendu ».
Salvador grandit mal, désordonnée et désorganisée comme une capitale, prenant en compte l’envergure qui est la sienne, ne pourrait croître. Par la capacité intellectuelle et créative des académiciens, professonniels et tant d’autres, quelque chose aurait déjà dû être fait pour freiner cette destruction de notre ville.
Mais, ajoutée au déplaisir de ceux qui pourraient agir en faveur de Salvador, nous observons une bêtise sans nom qui s’empare de la ville, une ignorance et une stupidité qui se réflète, comme dans la culture, et également dans l’architecture et l’urbanisme.
Salvador est une ville historique qui tourne le dos à son histoire. En Europe, nous voyons les centres urbains, avec leurs vieux immeubles, pris en charge par le secteur privé et par des habitants avides d’habiter au cœur de la ville. Ceci entraîne une naturelle valorisation, revitalisation et attention aux vieux édifices, aux sites importants.
Il n’y a pas d’intérêt pour ce centre-ville là. La classe consommatrice de Salvador veut fuir son identité, s’agglomérant autour des centres commerciaux et des bureaux dans des tours aux vitres fumées du quartier d’Itaigara, d’Iguatemi, et vont envahir l’Avenida Paralela, détruisant notre mata âtlantica, et chaque fois un peu plus fuyant du Salvador réel, palpable, solide. Il y a un apartheid culturel qui isole ces personnes dans un monde pasteurisé et retardé, car nous voyons le mélange de générations avec leurs 30, 40, 50 ans fréquentant ces fêtes adolescentes à Sauipe, Praia do Forte, réalisant des événements absolument incroyables qu’il est difficile d’imaginer pour des adultes à l’intelligence moyenne, je veux dire donc qu’un soteropolitano stupide détient l’économie de la ville entre ses mains. Et gaspille beaucoup d’argent dans ses programmes futiles et sans lendemain (car, finalement, nous avons tous besoin, également, de moments de futilité).
Est loin derrière nous le moment de résoudre les problèmes de trafic automobile et d’urbanisme en général. Nos avenues, dans les vallées de la ville, méritaient il y a longtemps des voies express pour des autobus, moins de feux et plus d’alternatives de traversées pour les piétons, via des passerrelles aériennes ou des souterrains. Nous avons besoin, urgemment, de créer des viaducs et des pistes alternatives qui rendent moins étouffant le trafic. Nous avons besoin, esthétiquement, de résoudre le visage de la ville. Et j’ai la certitude que le visage de Salvador ne peut ressembler aux pilônes bleus qui empestent nos avenues.
Il n’y a pas, également, de visions d’avenir pour créer plus d’espaces pour des parkings, encore moins sont imaginés des lieux où respirer, à Salvador. Je fais toujours cette provocation que si nous faisions de nos places ce que Lisbonne a fait avec ses stations de métro, cela serait génial. Nous inviterions de grands sculpteurs, des plasticiens et des architectes pour donner un visage aux places de la ville. Nous aurions des places plus créatives, qui nous enchanteraient, et qui deviendraient, aussi, des cartes postales de notre ville. Il suffit pour cela de voir les orixas de l’artiste Tati Moreno au milieu du lac artificiel de la Dique do Tororo pour observer que des interventions d’artistes et penseurs qui dialoguent avec la ville sont fondamentaux pour en valoriser l’espace urbain.
Il est entendu que cette classe moyenne, assoiffée de nouvelles constructions immobilières, et les constructeurs civils pourraient investir au centre-ville, rénovant les vieux immeubles, rendant plus beaux nos points et constructions touristiques, dialoguant avec notre histoire et réclamant plus d’attention des pouvoirs publics, ânes et stupides, qui préfèrent cimenter une rue au lieu de disposer dignement les petits pavés portugais qui l’embellissaient.
Mais pendant que d’un côté tous vont laisser l’âme de la ville filer dans la désunion, l’ânerie et le manque de vision de ses gestionnaires, de l’autre il continuera d’y avoir des habitants dingues pour s’en écarter, créer une réalité creuse, rase, et étendre la ville, avec une finalité de destruction de son identité et de sa culture.
Ils disent que Salvador vit à partir d’un plan urbain qui remonte aux années soixante. Comme s’il n’y avait pas eu, derrière les tracés urbains de la ville, des catastrophes historiques au profit d’intérêts particuliers, comme la destruction de l’Igreja da Sé** de Salvador – oui, ce fut cela, une marque historique qui fut détruite pour le passage d’une ligne de tramway qui, clairement, n’existe même plus; alors que nous voyons des châteaux médiévaux étant récupérés et protégés, valorisés et respectés.
Salvador a un potentiel touristique et un patrimoine historique sensationnel. Nous voyons des villes qui s’attachent à une église, à un théâtre, à une place, à un artiste, pour se vendre touristiquement culturellement à travers le monde. Ici, pullulent beautés et monuments suffoqués par l’idiotie et le manque de vision.
Nous sommes à quatre années de la coupe du monde de football. Énormément d’argent sera investi à Salvador. Mais les pouvoirs publics, constructeurs civils et entrepreneurs vont dévier, au minimum, 70% de ces fonds et construire la moitié ou le tiers de ce qui fut décidé. Il suffit de voir l’exemple de notre métro, cette clownerie.
Ce qui me désespère le plus est l’impunité des voleurs, le manque de planification des personnes stupides, et l’ignorance des consommateurs me laisse sans perspective de changement, d’amélioration, de redressement. Quelque chose a besoin d’être fait pour la ville. Il est nécessaire d’avoir des personnes, beaucoup de gens, qui assument cette responsabilité de manière agressive et décisive. Où la ville va trouver cela?
En vous, cher lecteur ?

Gil Vicente Tavares

gilvicente* Dans la Ville Basse, qui longe le port de Salvador.
** Présente sur la gauche de la Praça da Sé, l’Igreja da Sé fut détruite en 1933. Sé est l’abstraction de « Sede Épiscopal » (siège épiscopal), car selon le modèle originel beaucoup de places centrales des villes brésiliennes intégraient d’abord l’édifice catholique. Un livre indispensable revient sur cet élément fondamental de Salvador : Memória da Sé / Fernando da Rocha Peres / Editora Corrupio / 2009.
Gil Vicente Tavares, à gauche sur la photo ci-contre, il y a quelques semaines, à Salvador, dialoguant avec le dramaturge espagnol Fernando Arrabal, assis à droite..
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paralela

Avenida Paralela / Photo copyright A Tarde

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Salvador, planejamento e emburrecimento humano
Há um tempo, estava eu andando pelo bairro do Comércio, nas ruas mais de dentro, quando começou a chover. Como dificilmente andamos de guarda-chuva, pela imprevisibilidade do tempo, fui me abrigar num daqueles casarões antigos. Como observador contumaz que sou, acabei reparando na beleza de prédios abandonados, escondidos sob fachadas, espremidos entre arranha-céus feios e sem personalidade.
O crescimento imobiliário em Selvador é assustador. Novos prédios cheios de opções de lazer internas, caríssimos e seguindo um padrão arquitetônico do tipo; « estás em qualquer lugar », num instante colocam em sua fachada um 100% vendido.
Salvador cresce errada, desordenada e desorganizada como uma capital do porte da nossa não poderia crescer. Pela capacidade intelectual e criativa de acadêmicos, profissionais e tantos outros, algo já devia ter sido feito pra frear essa destruição da nossa cidade.
Mas, somada à displicência dos que poderiam atuar em prol de Salvador, vemos uma burrice tomando conta da cidade, uma ignorância e estupidez que se reflete, como na cultura, em sua arquitetura e urbanismo, também.
Selvador é uma cidade histórica que dá as costas à sua história. Na Europa, vemos os centros urbanos, com seus prédios antigos, sendo tomados pela iniciativa privada e por moradores ávidos por morar no coração da cidade. Isso acarreta uma natural valorização, revitalização e cuidado com prédios históricos, sítios importantes.
Não há interesse por esse centro da cidade. A classe consumidora de Salvador quer fugir de sua identidade, se aglomerando em volta dos centros comerciais e escritórios em prédios de vidro fumê do Itaigara, Iguatemi, e vão invadindo a Avenida Paralela, derrubando nossa mata atlântica, e cada vez mais fugindo da Selvador real, palpável, sólida. Há um apartheid cultural que isola essas pessoas num mundo pasteurizado e retardado, pois vemos a mistura de gerações com seus 30, 40, 50 anos frequentando aquelas festas adolescentes em Sauípe, Praia do Forte, fazendo programas inacreditáveis para adultos de média capacidade intelectual, enfim, um soteropolitano estúpido tem o domínio da economia da cidade em suas mãos. E despeja muito dinheiro em seus programas fúteis e únicos (pois, afinal, todos nós precisamos e temos momentos de futilidade também).
Já passou da hora de resolvermos problemas de trânsito e de urbanismo em geral. Nossas avenidas de vale já mereciam, há mais tempo, vias expressas pra ônibus, menos semáforos e mais alternativas de cruzamento para o pedestre, como passarelas pelo alto ou subterrâneas. Precisamos, urgentemente, criar viadutos e pistas alternativas que desafoguem o trânsito. Precisamos, esteticamente, resolver a cara da cidade. E tenho certeza que a cara de Salvador não são aqueles postes azuis que empesteiam nossas avenidas.
Não há, também, ideia de se criar mais espaços pra estacionamentos, nem tampouco se pensam lugares para se respirar, em Salvador. Faço sempre a provocação que se fizéssemos com nossas praças o que Lisboa fez com suas estações de metrô, seria genial. Convidaríamos grandes escultores, artistas plásticos e arquitetos para assinar as praças da cidade. Teríamos praças mais criativas, empolgantes, e que virariam, também, cartões postais da cidade. Basta ver os orixás de Tati Moreno no Dique do Tororó pra vermos que intervenções de artistas e pensadores que dialoguem com a cidade são fundamentais para valorizar seu espaço urbano.
Bem que essa classe média, sedenta pelos novos empreendimentos imobiliários, e as construtoras poderiam investir no centro da cidade, reformando prédios antigos, embelezando nossos pontos e construções turísticos, dialogando com nossa história e cobrando maior atenção do poder público, sempre estúpido e burro, que prefere acimentar uma calçada a colocar dignamente as pedras portuguesas que a embelezavam.
Mas enquanto todos vão deixando a alma da cidade se esvair no descaso, burrice e falta de visão de seus gestores – por um lado – , por outro continuará havendo moradores da cidade doidos pra se afastar dela, criar uma realidade vazia, rasa, e expandir a cidade rumo à destruição de sua identidade e cultura.
Dizem que Salvador vive sob um plano urbanístico que remonta à década de 60. Como se não estivesse, por trás dos planos urbanísticos da cidade, catástrofes históricas em prol de interesses, como a derrubada da Igreja da Sé de Selvador – sim, um marco histórico que foi derrubado para a passagem de uma linha de bonde que, obviamente, nem existe mais; enquanto vemos castelos mediavais sendo cuidados e tombados, valorizados e respeitados.
Selvador tem um potencial turístico e um patrimônio histórico sensacional. Vemos cidades que se apegam a uma igreja, a um teatro, a uma praça, a um artista, pra se vender turística e culturalmente pro mundo. Aqui, pululam belezas e monumentos sufocados pela idiotice e falta de visão.
Estamos a quatro anos da Copa. Muito dinheiro será investido em Selvador. Mas os poderes públicos, empreiteiras e empresários vão desviar, no mínimo, 70% dessa verba e construir metade ou um terço do que foi acordado. Basta ver o exemplo de nosso metrô; aquela palhaçada.
O que mais me desespera é que a impunidade dos ladrões, a falta de planejamento dos estúpidos, e a ignorância dos consumidores me deixa sem perspectivas de mudança, melhora, reviravolta. Algo precisa ser feito pela cidade. É preciso gente, bastante gente, que assuma essa responsabilidade de forma agressiva e decisiva. Onde a cidade encontrará isso?
Em você, caro leitor?

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