Bárbara Barbará, une flamme de l’aurore

Des figures, souvent fugaces, pour les rêves. Ne serait-ce d’abord cela l’image la plus évidente incarnée par les danseuses ? Bárbara Barbará danse depuis toujours, à Bahia, et « pour les autres, car pour l’instant je n’ai pas encore pensé danser pour moi ». Son frêle et maigre corps, ses cheveux courts associés à son mètre soixante ne dévoilent rien de son incroyable énergie, en cette veille de 31 décembre, dans le bar désert d’un jardin public, où seulement ses mains et ses avant-bras, s’agitent sans cesse devant moi, une bonne heure durant. Presque aussi omnipotente que les dieux, parfois, nous l’avons aperçue, sur des plateaux et des scènes… Comment paraîtra-telle à nos yeux ? Bárbara Barbará semble pourtant sereine et calme. Elle dit qu’elle a brisé « ce mystérieux fil », celui qui relie le centre de gravité des corps à la propre force de la gravité et s’efforce de le démontrer sur les scènes. Bárbará s’est formée à la fin des années 90 – avec une très courte incursion en France, en 1996 à Lyon, pour la 6e rencontre universitaire de danse/Université Lumière « Brésil autres danses » – à la très sélective Escola de Dança da Fundação Cultural do Estado da Bahia* puis dans l’Escola De Dança da Universidade Federal da Bahia (UFBA) (intégrant leur Grupo da dança contemporânea) pendant trois années. Avant d’être incorporée dans le restreint et affûté groupe, trié sur le volet, d’une demi-douzaine de danseurs de la petite troupe Viladança, en 2003, résident dans le Teatro Vila Velha à Salvador et dirigé par Cristina Castro, danseuse titulaire du Balé do Teatro Castro Alves, et toujours salariée là. Cia Viladança est, encore en 2010, le seul groupe de danse de Bahia de niveau international. En son sein, dans sa danse, pour le spectateur, par les mouvements de son corps et ses accents, Bárbara – dorénavant l’une des plus anciennes membres de la troupe – dans ses solos comme dans ses partages, par ses appels depuis le sol du plateau, tout ramène à sa présence suspendue, à sa tension qui semble se matérialiser comme l’écume au sommet des vagues de la mer, lors du reflux.
Mais cette mer de corps, ce flux qu’elle montre, c’est principalement avec les créations du chorégraphe Jorge Silva, « cet explosif créateur » qui la dirige depuis une vingtaine d’années consécutives sur les scènes de Bahia et du Brésil et qui s’attache d’abord à «la condition humaine, à travers sa propre autobiographie ». Ce chorégraphe choisit toujours « la qualité du mouvement » jointe au « défi de mettre en mouvement les danseurs », et c’est cela qui la captive. La jeune native de la ville de Rio de Janeiro, qui vit pourtant à Salvador depuis trente ans, a participé alors en 2003 à Berlin du Move Berlin avec la Cia Viladança em 2003, puis à Lörrach la même année pour une création de Cristina Castro et Helena Waldman. 2005 vint vite, et la première de « Palafitas » avec, comme fin d’une trilogie*** de Jorge Silva, où la musique improvisée en direct se mêle à des enregistrements de Mahler et surtout d’Arvo Pärt, auteur de chevet de J. Silva: « la musique m’inspire, mais cela est tout de même plus libérateur quand elle est enregistrée ». 2006 fut ensuite le moment d’une grande tournée – «Palco Giratório» – à travers le pays. Toutes ces années fécondes avaient été, longtemps avant, précédées d’un premier séjour en Allemagne, pour une résidence de six mois à Cologne, en 1997/1998…
Les années qui suivirent donnèrent naissance à plusieurs chorégraphies telles « A sagração da vida toda » ou surtout « José Ulisses da Silva » – qu’elle reprendra en avril 2011 à Salvador – à partir du personnage d’Ulysse, qui amena, récemment, devant la beauté du travail de Bárbara, le parolier Gil Vicente Tavares à composer « Dança » (voir ci-dessous), enregistrée en studio par Cláudia Cunha. Celle qui voyage régulièrement à São Paulo pour voir les chorégraphies de l’actualité mondiale, avoue une véritable passion pour la compagnie Pina Bausch, et adore les danseurs brésiliens du Grupo Corpo et les français de Maguy Marin et Angelin Preljocaj, mais « n’a pour tasse de thé le type de danse conceptuelle  où les danseurs ne ne se déplacent même pas  »  a encore dansé, en 2009, une bonne quinzaine de fois, dirigée par Jorge Silva. L’année 2010 l’a vue se produire avec la Cia Viladança dans l’Etat du Paraíba, pour le  festival Fenart, puis à Rio de Janeiro avec la chorégraphie « Aroeira – com quantos nós se faz uma árvore »  dont la musique, inédite, est de Milton Nascimento, « cadeau » que ce dernier fit à la compagnie il y a plusieurs années déjà. Auparavant, elle avait dansé pour le chorégraphe João Perene,  sur les scènes de trois autres états brésiliens… Bárbara Barbará, une ondulante flamme dont les solos irradient nos rêveries.
* En 2010, plus de 1.500 apprentis danseurs l’ont fréquenté.
** À partir du
Sacre du Printemps, de Stravinski.
*** « Acúmulo de desejos II »  en 2003, « Em breve, espaço curto de tempo » en 2004 et « Palafitas » en 2005.

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Livre sur le Grupo Corpo : Oito ou nove ensaiso sobre o Grupo Corpo / Inês Bogéa (org.) / Editora Cosac & Naify – Instituto Tomie Ohtake. Bilingue anglais/portugais.
Photo de la vignette, du spectacle « Habitat », en 2008 : João Milet Meirelles / Photo ci-dessous, du spectacle « José Ulisses da Silva »: Gil Vicente Tavares.

 

barbarabarbara

 

 

 

DANÇA
(Gil Vicente Tavares)

Si tu danses mon cœur s’effraye
Dansant ton corps chante une mélodie
Et nul ne pourra tisser telle beauté
Et me reste la certitude que si tu danses
J’oublie la tristesse

Si tu danses mon cœur oublie
Que la vie est répétition où la générale n’advient
Ton geste, un rayon et ton corps, le soleil
Me rappelle qu’à chacun de tes pas sur scène
Ton corps paraît mien

Si tu danses mon cœur se serre
La seule certitude, tout prend fin
Et mon cœur s’effondre, car en ce faux pas
La vie m’indique que si tu ne danses
Je ne te verrais plus
Je ne t’aurais plus
Je n’irais plus, d’ailleurs, pour quoi ?

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Se você dança o meu coração se espanta
Dançando o seu corpo canta uma melodia
E ninguém mais poderia compor tal beleza
E me fica a certeza que se você dança
Esqueço a tristeza

Se você dança o meu coração se esquece
Que a vida é ensaio e a estréia não acontece
Seu gesto parece um raio e o sol em seu corpo
Me lembra que a cada passo seu em cena parece
Que o seu corpo é meu

Se você dança o meu coração se aperta
A única coisa certa é que tudo acaba
E o meu coração desaba, pois naquele passo em falso
A vida me faz saber que se você não dança
Eu não vou mais te ver
Eu não vou mais te ter
Eu não vou mais, pra quê?



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