34 fois Rémy

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Rémy Kolpa Kolpoul était à Salvador pour quelques jours*. Ce mardi, il part déjà pour Recife assiter à d’autres concerts, d’autres rencontres musicales. Dans son éternel polo au couleurs du Brésil, de sa voix si reconnaissable, RKK était hier, lundi, venu donner quelques pistes sur le possible devenir des artistes bahianais en France, en une discussion ouverte, à des producteurs musicaux, des journalistes, des musiciens. Les jours précédents, il avait attentivement réécouté le disque du groupe Baianasystem**, la veille au soir il avait assisté à un concert, ce matin là à un autre, et irait le soir même écouter le groupe Rumpillez. Rémy n’arrête jamais et son Mac portable ne le quitte pas. Une bonne trentaine de personnes, pour l’écouter, vers 15h30, au septième étage d’un immeuble  dans le quartier des Afflitos. Cinquante minutes durant, dans une fluide langue brésilienne, souvent drôle, Rémy nous contait ses vadrouilles, ses tournées organisées, au début des années quatre-vingt dix, en France avec les espoirs d’alors de la musique bahianaise. Qui avaient pour noms Gerônimo, Margaret Menezes, et Armandinho, principalement. « Succès d’estime et mitigé » pour ceux, qui, ici, depuis, ont explosé commercialement. Rémy déroule le tapis du temps, devant nous. Il nous redit combien le mot « axé music ne signifie plus rien aujourd’hui en France, en 2011 », souligne combien les modèles économiques de production pour les tournées d’artistes brésiliens ont changé, et démontre aussi que les musiciens issus du Pernambouc, et leurs styles si particuliers « ont pris la place de Bahia en France dorénavant, bien plus nettement ». Et ces influences du frevo, du maracatu associés aux musiques électroniques sont « dorénavant firmes sur les ondes de Radio Nova, sur les réseaux musicaux d’internet et lors des dizaines de nuits musicales de DJ » en France. « Bahia a dormi un peu » dit Rémy, souriant. Alors, que détacher de toutes ces dernières années, qui s’est vraiment imposé, à son oreille si attentive à tous les genres brésiliens ? « Je veux citer ici la meilleure contribution de toutes ces dernières musicales au Brésil : le disque « Civilização & Barbárie », de Ramiro Musotto, sans aucun doute le disque le plus innovateur, le plus singulier, de tous », dit Rémy émerveillé. Bien sûr « Ramiro n’est plus parmi nous, lui qui avait adopté Bahia »… Et le gourou musical de beaucoup de rappeler combien « le passeport, pour être audible sur les ondes et visible dans les cercles musicaux en France, doit être d’abord la singularité du travail du musicien. » Rémy ne vivra pas le Carnaval 2011 au Brésil. Il sera à Paris. Mais la manière si particulière de Rémy, de nous remémorer sa venue, la première fois, au Brésil, n’est tapissée que de passion. Bien sûr « il y eut d’abord tous ces disques, décisifs pour mon oreille et pour forger des amitiés qui durent encore avec tous les chanteurs qui comptent, apportés par les exilés brésiliens, d’abord, à Paris, en cet alors de dictature brésilienne » Mais en 1977, il posait le pied sur le tarmac de Manaus. Quelques jours après il était à Salvador. Et revenait en 1979. l’année de la création de l’incroyable bloco afro Ilê Ayé, de l’explosion musicale d’Armandinho, et de la dissolution des Novos Baianos», aime-t-il nous rappeler, d’un grand sourire. RKK, 34 fois le Brésil.

* Dans la nuit de vendredi à samedi, au rez-de-chaussée d’un hall de cinéma privé transformé en piste, il a enflammé, c’est peu de le dire, la nuit de Salvador. Une « folie incroyable». En compagnie du jeune DJ Dolores, superstar des platines, qui vient rarement à Bahia. À la faveur d’une invitation de dernière minute, arrivéen retard, le flâneur put ainsi livrer ses tympans et goûter la joie d’un anonymat soteropolitano qui n’existe dorénavant plus pour lui, le jour venu.
** Que Bahiaflâneur avait élu meilleur disque de l’année dans son récent Palmarès 2010 disponible dans ce blog.

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