Un grand abraço pour Juvená et Mathieu Amalric !

Publié le 01 mai 2011 par bahiaflaneur

barraque de JuvenáSamedi 30 avril 2011. 9h. De fortes pancadas de pluie s’abattent sur Salvador. Blotti sous mon parapluie made in China, je rejoins l’avenida Bonoco pour prendre le bus qui me mènera vers l’un des gigantesques shoppings centers de la ville. Devant moi, la station Brotas du métro, non conclue. Onze ans d’attente pour offrir à la rouille cette béance laide et vide. En trombe, le véhicule ne ménage pas les zig zag, pour éviter les cavités béantes de l’asphalte et me lève à bon port. Premier étage. Climatisation générale. Librairie Saraiva. Entre les ordinateurs macintosh, les best-seller et les ouvrages de droit, le petit café aux chaises anglaises, et son double expresso délicieux. Une pièce au parois de verre se juxtapose : une thérapie de groupe, ouverte à tous, semble s’y dérouler. Les participants, adolescents pour la plupart, enrôlés dans un psicodrama. À la table, nous devisons sur le monde. 10h15. Même étage, autre temple dédié à la consommation culturelle. Librairie Cultura. La pile de livres posée auprès du fauteuil profond. Fausses confidences de la sœur exilée de Fidel, la Juanita. Éclairages subtils sur l’image de cinéma, par Jacques Aumont. Photos prises par Allen Gisberg : tous ses amis, au long de deux cents pages, dont la dernière photo connue de Jack Kerouac, assis, replet, comme recroquevillé sur lui-même, dans une chaise…  Une traduction partielle de récentes Mémoires venues de France, d’un essayiste aujourd’hui octogénaire, assez vertigineuses, est proposée par la revue mensuelle, de Sao Paulo, Piaui. Amours passionnels et suicide, où les protagonistes se nomment Michelle Vian, Gilles Deleuze, Judith Magre, Evelyne Rey, Sartre, etc. Malheureusement illustrées au long des dizaines de pages par des dessins, jaunes canari, traduits, de… Wolinski ! Où l’indécent secrétaire de rédaction a-t-il appris son métier, je voudrais bien le savoir
La pluie a cessé. Le bord de mer, absolument splendide, s’étire au long des dix kilomètres qui nous séparent d’Itapua, derrière le pare-brise de la Chevrolet. Cesaria Evora chante Caymmi dans le lecteur de disque compact. Vinicius de Moraes n’est plus là, bien sûr. Reste Juvená. La table est toujours mise. Je veux dire, tirée. Un immense terrain et au milieu, sous un large auvent, le jeux de chaises peut commencer, selon les arrivants. Depuis que la barraque de Juvená, côté plage, a été détruite par les autorités, comme toutes les autres, c’est le dernier réduit pour une certaine bohème, née autour de la fin de années quarante. Absolument bahianaise, de gauche, bon vivant. Pas moins qu’un acteur noir de premier plan, un architecte en vue - révolté à juste titre par la dévastation en cours de Salvador -, un écrivain, un chanteur, un cycliste militant acharné de la petite reine, puis un député, et encore un photographe de presse se joignent à nous en à peine une heure… Sans oublier la sœur d’un cinéaste, une ex-danseuse… Bière, whisky, aipim, carne do sol : nos palais ne s’assèchent pas, et la conversation ne cesse ! Stupeur de découvrir, pour ma part, des connaissances communes avec chacun des convives. Bahia ! Logo, de nombreux nouveaux e-mails et téléphones garnissent mon agenda… Bahia, celle de Juvena. Celle qui ne meurt pas !
16h30. Plaisir de déjeuner tard. L’italien de Cosa Nostra, à Pituba, est toujours ouvert. Il collectionne les ferronneries en tout genre et les offre à notre regard depuis… 1987.
18h00. Une fine moustache. De lourdes tentures. L’homme observe, dans l’ombre des coulisses, une scène où jouent ses « enfants ». Il ne tient pas en place. Elles sont aguichantes, plantureuses. C’est leur métier. Elles virevoltent sur scène. Mais Mathieu Amalric ne filme pas cela, ou peu. Dans ce cinéma du quartier d’Itaigara, l’écran large nous emporte, loin du clinquant. Premier film français vu depuis quinze mois, pour nous. Rien que des solitudes, malgré le groupe formé par les « enfants » de Joaquim. Deux enfants biologiques, aussi, aux mots justes, qui claquent. Un nom de personnage masculin, qui rappelle au spectateur natif parisien, avec mélancolie, la signature d’articles littéraires. Le couloir d’un train, une caméra distante qui montre l’essentiel. Un poste d’essence, la nuit, où tout pourrait basculer. Une critique féroce, juste, bienvenue et salutaire, toujours drôle pour le spectateur, de certains comportements français. Un montage, où viendront toujours s’insérer de longues plages silencieuses. Alors, la caméra contemple en gros plan, ces femmes. De dos. Dans la pénombre. Sans aucun doute la véritable grâce de ce film, cet objectif qui vient au plus près des lèvres, des épaules tatouées, des bras, d’une paupière. Ou en pleine lumière, comme dans cet hôtel désert, en plan large, qui suit de dos la véritable révélation de ce film, Miranda Colclasure, certainement par la grâce du steady-cam. Oh, le baiser devant la barque ! Un cadre parfait, hawksien ! Mathieu Amalric, pour qui l’ellipse n’est pas une figure de style. Pas de cinéma sans montage, il est bon de le répéter. Le cinéma de l’acteur vif et du metteur en scène endurant, le même Mathieu Amalric, se niche dans ces interstices épidermiques. Un film où nous ne cessons d’errer. Mais une errance fertile. Car dans ses accents cassavettiens, francs, qui nous redisent combien le cinéma, comme la vie, dans son style et par des mots justes au moment juste, doit être pris à bras le corps. Um abraço fraternel pour vous, Mathieu Amalric.
Générique de fin. Hall. Je me retourne, machinalement. Edgard Navarro. L’un des tout premiers cinéastes de Bahia était aussi dans la salle. Hasard « bahianais » ! Notre joie devant le film est égale, cela se lit sur son visage. Quatre jours auparavant, il m’avait demandé, par e-mail, de l’aider à traduire du français un poème reçu d’une admiratrice française de son dernier long-métrage, « Eu me lembro », projeté actuellement en France*. Bahia, si petit !

* À Paris et en province. Par ailleurs, son nouveau long métrage « O homem que nao dormia » sortira en juin 2011, à Salvador et au Brésil.

- Une fois n’est pas coutume : nous aurons parlé ici de nous, pour casser une certaine routine. Cette journée n’aurait été possible sans la générosité de l’une de nos mécènes, Th. C. Un grand merci à elle.

2 Commentaires de cet article

  1. Seu Francis dit:

    Tournée. Joie égale ici à Vitória.

  2. bahiaflaneur dit:

    En deuxième semaine à salvador, le film Tournée ne passe déjà plus qu’une seule fois par jour, à 13h40….
    !!!!

Advertise Here
Advertise Here

Flâner, c'est vivre !

Au fil des jours

mai 2011
L Ma Me J V S D
« avr   juin »
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
3031  

(dés)information...

Bahia NOIRE

Bibliothèques

Il est mélomane

Ils ont chanté

ILS ONT JOUÉ

ong ?

VIVRE AUX CHAMPS