Horizons figés pour la décade photographique espagnole ?

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Sergio Belinchón

Comme un couperet sur l’horizon lointain. Qu’il soit de bois, d’eau, de sable ou de roche, il vient à hauteur d’homme baliser notre regard de spectateur dans la gigantesque salle (casarão) du rez-de-chaussée du Musée d’Art Moderne de Bahia. Trente-quatre photos dont les superbes tirages avoisinent ou dépassent pour la plupart les cent centimètres de côté et nous fixent obsessivement. Ce qu’on y observe ? Cela dépasse l’humain et le ramène en des proportions justes, c’est-à-dire passives. Quant ce n’est pas pour l’exclure totalement du cadre.
Car cette carrière de sable, où les chenilles du carterpillar vient couper l’image en deux, juxtaposée à cette photographie d’une autre butte d’argile aux pins en surplomb, dans un espace rasé, nous renseigne sur l’action dévastatrice des hommes mais surtout des machines. Et en Espagne, entre 2000 et 2010, la nature trouve peine à résister. Et les cadres (voir ci-contre) acérés d’un photographe comme Sergio Belinchón en cernent l’enregistrement parfait. Un peu plus loin, par le formidable travail de Carmela Garcia, viendront se plaquer à notre iris (photo en vignette) la présence de deux jeunes femmes dans l’attente – l’espoir ? – alors qu’au loin les sempiternelles barres d’habitation indiquent leur présent architectural excluant. Toutes ces photographies ne peuvent pourtant prétendre à une représentation unilatérale de l’Espagne d’aujourd’hui. En cela, des images telles que celles des nuits de Cristina Fontaré nous offrent un moment d’attente sans oubli, salutaire et porteur d’avenir, malgré la nuit. Pendant ce temps là, l’objectif d’un Tere Recarens, avec sa Miss Work, immortalise magnifiquement la vanité vaine d’autres cercles sociaux espagnols, nantis. Le plus souvent, au final cette balade espagnole d’un soir de printemps bahianais, les personnages humains de cet ensemble photographique restent figés dans le cadre, comme empreints d’une immobilité dont ils paraissent encore incertains à vouloir s’en dépêtrer.

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Cristina Fontsaré

Diez años de Fotografía Española Contemporánea/Dez anos de Fotografia Espanhola Contemporânea. Organisé par les Instituto Cervantes du Brésil, dont celui de Salvador pour l’étape à Bahia. MAM-BA. Exposition entre le lundi 19 septembre au soir (vernissage) jusqu’au 20 novembre 2011. Commissaire de l’Exposition : Lorena Martinez de Corral. Toutes ces photos appartiennent à la Fundación Coca-Cola et sont partie intégrante du fonds du Centro de Arte Contemporáneo Domus Artium (DA2) à Salamanca.

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