“Nous voulons marcher ensemble, côte à côte, noirs, personnes âgées, homosexuels, handicapés, tous nous sommes citoyens”. C’est par la répétition de ces mots, scandés après une lecture de quelques de ses propres poésies, que l’organisatrice du premier séminaire sur le Combat aux Préjugés par le Droit - O direito como instrumento de combate aos preconceitos - , Joaquina Lacerda, avait choisi de commencer pour mettre l’accent souhaité à la soirée du 24 octobre 2011. Celle qui fut, avant mille aventures, mise à la rue par son père à l’âge de huit ans et élevée par sa mère est en effet aujourd’hui l’une des intellectuelles et professeurs de l’université fédérale les plus réputées de Bahia et tenait à organiser ce premier séminaire du genre. Devant un auditoire d’abord regroupé dans l’auditorium de la Faculté de médecine, en cette nuit de printemps bahianais, elle pointa avec raison “l’absence totale d’une discussion systématique sur ce thème”, rappellant qu’”elle avait été programmée pour ne pas discriminer et ne pas opprimer” et “qu’au-delà de lutte contre les racismes et l’homophobie” il était central d’affirmer que “tout ce que nous faisons a un sens politique”.
Pour bien centrer le débat, elle avait invité pour la conférence d’ouverture, l’ex-gouverneur de Bahia, l’octogénaire et vaillant Waldir Pires. Une heure durant, d’un discours ferme, spécialement préparé et écrit pour l’occasion, il insista “sur l’obligation qu’a l’Etat de combattre les préjugés”, rappelant que pendant une éternité ” les noirs et les femmes, par purs préjugés, ont été traités comme des choses”. À cette occasion, il rappela sa première sortie internationale en 1960, hors du Brésil, alors comme député fédéral, dans les Etats du Sud de l’Amérique (Alabama, Arkansas, caroline du Sud), “absolument effaré devant le degré d’apartheid présent alors dans la vie quotidienne. Partout, aussi bien dans les toilettes de l’aéroport que dans les transports en tous genres”. Et celui qui fut aussi ministre de la Défense de Luiz Inácio Lula da Silva, bien plus tard, de se “remémorer avec horreur la vue des premières haies de policiers, qui faisaient respecter telle ou telle loi locale dans les collèges, pour empêcher mères et enfants noirs d’être lynchés par les familles blanches”. Devant “un tel cadre de sauvagerie qu’il n’oubliera jamais”, Waldir Pires a rappelé combien le “préjugé prend son origine dans le cadre familial, de l’éducation familiale”. Et pour combattre cela, il ne voit que la “mobilisation des valeurs des actions de l’Etat démocratique de droit”, le droit “avec un grand D”. Il sait en effet de quoi il parle, lui qui participa de la préparation de la rédaction de la Constitution du Brésil de 1988… Mais celui qui fut aussi professeur de droit constitutionnel à Dijon, en France, cita en référence “les avancées historiques comme le Code Civil français qui révolutionna les relations de classes économiques”. Pour Joaquina Lacerda, il semblait ensuite évident que ”les préjugés, les idées reçues sont présentes autour de chacun de nous, sur nos lieux de travail, dans les écoles et les universités, causant tristesse, dépression, perte d’auto-estime, douleur, conflits internes, homicides et même des guerres. Et à cause de cela, les personnes sont timides, se taisent et ne luttent pas pour leurs droits”.
Le séminaire s’est déroulé les deux jours suivants dans l’auditorium du Rectorat de l’Université Fédérale de Bahia, les 25 et 26 octobre. Plusieurs conférenciers ont évoqué le droit et les avancées notoires contre les racismes et préjugés en tous genres, à travers des exemples comme le parcours et les combats de la première avocate travesti du Brésil, Janaina Dutra, retracés par un film du pernambucano Vagner de Almeida.
Seul bémol de ce séminaire, la fréquentation. Une cinquantaine de personnes, seulement, ont assisté aux conférences, et ce malgré l’impression et la diffusion à travers la ville de trente mille imprimés de six pages, les semaines précédentes. Ont patronné cet évènement Expogeo, l’Instituto Federal de Educação, Ciência e Tecnologia da Bahia (Ifba), l’Universidade Estadual da Bahia (Uneb), l’Universidade Estadual de Feira de Santana (Uefs), l’Universidade Estadual do Sudoeste Baiano (Uesb), l’Escola de Medicina, la Faculdade de Farmácia, l’Escola de Administração, l’Escola de Belas Artes, l’Escola Politécnica, l’Escola de Teatro, l’Escola de Nutrição, l’Instituto de Biologia, l’Instituto de Geociências, l’Instituto de Ciências da Saúde, le Centro de Processamento de Dados e Centro de Estudos e Terapia do Abuso de Drogas (Ufba). Sans oublier l’aide de deux secrétariats d’Etat : le Secretaria da Promoção de Igualdade Racial (Sepromi) et le Secretaria da Justiça, Cidadania e Direitos Humanos da Bahia (SJCDH). Le séminaire a été organisé Espaço Cultural Expogeo, ONG et association culturelle spécialisée dans la défense des droits de l’homme et de l’environnement, créée en 1989 por des professeurs, des étudiants, des fonctionnaires et des anciens élèves de l’UFBA.
Joaquina Lacerda Leite a lancé, à cette occasion, son nouveau livre A Conjugalidade Homossexual no Brasil: visões múltiplas, résultat d’une recherche développée avec l’appui de l’association Espaço Cultural Expogeo, liée à l’organisation non gouvernementale EXPOGEO, qu’elle dirige.








