Archive | décembre 2011

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2011: PALMARÈS ARTISTIQUE ; une année pas folichonne

Publié le 31 décembre 2011 par bahiaflaneur

Ainsi, l’année qui s’achève, et qui aura vu l’arrivée au secrétariat d’Etat à la culture d’un nouveau fonctionnaire, universitaire retraité et encarté au Partido dos Trabalhadores, a prouvé, encore une fois, l’indifférence de ce parti pour la Culture. L’arbre de trois millions et demie de reais destinés à 216 artistes pour 2012, n’existe que pour soulager les “desafetos” de la gestion précédente, et favoriser grassement les “amis et protégés” du nouvel entrant*, qui occupent désormais la forêt des “chaises musicales” dans le bâtiment du Palacio Rio Branco. Pas la moindre pérennisation de fonds pour la culture à l’horizon, à moyen terme.
Le théâtre, presque à la dérive, a surnagé grâçe à quelques sponsors privés ou des fonds fédéraux, avec deux pièces formidables, Fim de partida et Sargento Getulio. À cela, se sont ajoutés deux festivals internationaux de théâtre, sur fonds publics et assez créatifs, dont l’un organisé par un cubain, nouveau résident à Bahia. Derrière, une forêt silencieuse* .
Littérature ? Héroïquement, une petite maison privée, P55, aura produit quelques dizaines de beaux petits ouvrages de photographies, de poésie et de contes, à prix modique. À ses côtés, seuls les quelques 100  (!!) livres édités par l’Université fédérale de Bahia - avec des fonds venus de Brasilia -  auront permis à Bahia d’exister dans la vitrine livresque nationale. De plus, la denière librairie du centre-ville a fermé, et l’exode vers les lointains shoppings centers est désormais obligatoire pour celui qui veut prendre en main un livre. Seuls restent dorénavant deux petites librairies d’art, enchassées dans une galerie privée (Paulo Darzé) et dans un complexe de cinémas, pour satisfaire notre réflexion.
Trois longs métrages bahianais ont été distribués nationalement et ont connu un relatif succès critique. Mais l’Etat de Bahia n’a toujours pas de politique spécifique pour le septième art. Et la distribution nationale est sous les fourches caudines de Hollywood et de l’Amérique, dans ce qu’elle a de plus “blockbuster”. La foi de quelques dizaines de “curta-metragistas” permet au bloc bahianais de se maintenir, pourtant, bien présent nationalement.
Arts plastiques ? Une nouvelle direction des musées nommée. Et invisible. À côté de cela, un Musée d’Art moderne, emblême de Bahia, “plâtré” et sans budget. Les arts plastiques - hormis la splendide exposition de Sante Scaldaferri, l’un des derniers géants bahianais - nous semblent donc au plus bas, seulement représentés fièrement par la galerie privée Paulo Darzé. Elle aura présenté en 2011 une petite dizaine d’expositions, avec, à chaque fois un catalogue luxueux imprimé. Et aura définitivement scellé, avec des artistes renommés comme Nelson Leirner, voire Leda Catunda, son entrée dans la cour des grandes galeries brésiliennes.
Parabéns, Paulo Darzé !

* Nouvel arrivant, que tout soteropolitano de bonne foi n’a JAMAIS vu, entre 2003 et 2011, spectateur de la moindre pièce de théâtre, pas plus que du moindre spectacle musical, sans même parler de quelque exposition d’un plasticien… Une vergogne !

santescaldaferripalacete2011

une oeuvre de Sante Scaldaferri exposée actuellement à Salvador

BAHIA : LE MEILLEUR DE 2011
établi par le jury de Bahia Flâneur

L’actrice
aucune
L’acteur
Gideon Rosa, dans la pièce de théâtre Fim de partida, de Samuel Beckett, mise en scène par Ewald Hackler

Le concert
Orkestra Rumpillez, au Teatro Castro Alves
Le disque
Amarelo, de Juliana Ribeiro

Le film
Os Filhos de João, O Admirável Mundo Novo Baiano, long métrage de Henrique Dantas
La pièce de théâtre
Sargento Getúlio, à partir du texte de João Ubaldo Ribeiro, mis en scène par Gil Vicente Tavares

L’exposition
POP/Bienais, de Sante Scaldaferri, dans le Palacete das Artes Rodin Bahia

Le blog d’un photographe
http://apenasbahia.blogger.com.br par Adenor Gondim
Le blog d’un essayiste
http://lelixirdudrfunkathus.blogspot.com par Olivier Cathus.
(un blog écrit en français, depuis la France, mais qui traite des musiques afro-brésiliennes, en particulier.)

La chanteuse
Juliana Ribeiro
Le chanteur
aucun

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Salvador, un présent qui ne passe pas (1/2)

Publié le 28 décembre 2011 par bahiaflaneur

Osvaldo Campos Magalhaes est un entrepreneur et un ingénieur, mais surtout un soteropolitano engagé pour la préservation et l’embellissement, si possible, de la ville de Salvador et de l’Etat de Bahia. Il éditorialise régulièrement ici et là, et rédige un BLOG où il invite à collaborer ceux qui, comme lui, s’indignent devant les blessures, peut-être mortelles, dont Bahia est victime. Son espace rédactionnel, ouvert, propose également de nombreuses solutions, jamais dans l’à-peu-près, pour Bahia. Osvaldo Campos milite depuis longtemps dans un petit parti de centre droit (PSB), modéré, mais qui fut le seul, sur les quarante dernières années, à avoir réussi à conquérir la mairie de Salvador en s’opposant frontalement à l’oligarchie tyrannique de Antônio Carlos Magalhaes. Il fut une fois candidat à conseiller municipal, en 2008.
Après avoir, ce mercredi 28 décembre, traduit son texte enflammé du 25 décembre, Bahiaflâneur apportera, dans un deuxième article (2/2), des éclaircissements et des informations factuelles précises, originelles et complémentaires des graves atteintes au patrimoine immémorial de Salvador, décrites ci-dessous.

Privataria Urbana,
par Osvaldo Campos Magalhaes

ondina125122011Le 15 septembre 2011, a été inaugurée par la mairie de Salvador, la Praça Luiz Sande de Oliveira, dans le quartier d’Ondina, pour un juste hommage au brillant  économiste et fonctionnaire bahianais. Résultat d’un partenariat avec le secteur privé, l’aire plaisante et populaire  en bord de mer fut totalement réurbanisée et requalifiée, possédant accès pour les handicapés, terrain multisports, terrain de football, amphithéâtre, équipement pour la gymnastique et toilettes publiques. Selon le récit de la presse locale, à peine deux mois après la cérémonie d’inauguration, l’espace était déjà dans un état lamentable provoqué par des actions de vandales et par l’abandon des services de la mairie. Avec des protecteurs des grillages des terrains de sports en très mauvais état, les trottoirs défoncés, des poubelles et les travées des terrains multisports rouillés et crevassées dans les espaces pour la pratique du sport, le lieu semblait ne pas avoir été retapé depuis une éternité.
Étrangement, à la fin de novembre 2011,  la place fut nouvellement encerclée par des palissades de bois et devint inaccessible pour la population. Selon ce qui est relaté, le partenariat avec le secteur privé devrait consister dans la permission de l’usage du lieu pour une installation d’un camarote pour le carnaval en échange de la réurbanisation et de la requalification. Ce qui cause stupeur et indignation est que le Carnaval se produira seulement dans la deuxième quinzaine de février. Considérant que le lieu se trouvait déjà interdit en onction du dernier Carnaval et des travaux de requalification depuis janvier 2011, nous constatons que la population eut l’usufruit du lieu seulement pendant deux mois dans l’année. Le processus peut avoir suivi tous ses cours légaux, mais l’appel d’offres fut-il amplement divulgué, donnant des opportunités égales aux potentiels intéressés ? Une Audience Publique eut-elle lieu, qui expliqua à la population comment serait fait la cession de l’usage du lieu ? Étant dans la zone de la Marine, à qui reviendrait d’autoriser l’utilisation de la zone publique fédérale ? Le processus de privatisation passa-t-il par le Secrétariat du Patrimoine de l’Union fédérale ?
Ce que l’on constate encore une fois est que la population subit un préjudice et que la mairie de Salvador n’accomplit pas ses responsabilités. Depuis que le Carnaval s’est allongé vers les quartiers de Barra et d’Ondina, il s’élitise et abandonne le rôle d’être un carnaval de participation populaire pour devenir un objet de bénéfice et de spéculation par une partie du secteur privé. Dans un mélange de priatisation et de piraterie, nous pouvons dénominer le processus en cours de “privataria urbana”. Jusqu’à quand la société civile sera négligée au sujet de faits de cet ordre ? Quelle est la position de l’association des riverains de Ondina ? Et le Ministère Public Fédéral ? Une action judiciare ne trouverait-elle pa sa place, rendant objectif l’annulation le processus de cession de une zone noble et la reprise du bien public ? Rien contre la participation du secteur privé dans les investissements de l’infrastructure urbaine, comme y compris cela s’est déjà passé dans des gestions municipales passées, avec la privatisation du mobilier urbain de Salvador.
Ce que l’on attend est que la population puiss ête consultée et que leprocessus soit totalement transparent et juste pour les deux parties. C’est inadmissible que justement pendant l’été soit empêché le droit des habitants et des touristes d’avoir l’usufruit d’une des plus belles aires du littoral de la ville et que cette zone soit cédée pour plus de trois mois à une minorité, qui l’utilisera seulement une semaine. Comme s’il ne suffisait pas déjà l’omission de la mairie devant le processus en cours de la spéculation immobilière dans la ville, avec le manque de planification et d’ordonnancement de l’occupation des sols qui vient provoquer de sérieux contretemps pour la mobilité urbaine, nous constatons que le Carnaval de Salvador, jadis une référence comme fête de grande participation popuaire,vient se décaractériser graduellement avec la totale complaisance du pouvoir public municipal et l’omission de notre conseil municipal.
ondina225122011De cette manière, c’est très préoccupant de voir la manière dont le “Plan d’Occupation des Sols de la Coupe du Monde (PDDU da Copa)”  vient circuler dans les rangées du conseil municipal. Quel sont les réels intérêts derrière cette nouvelle proposition d’ordonnancement de l’usage des sols ?
Comme l’a déjà dit notre poète majeur: “la place est du peuple, comme le ciel est du condor”(*). Jusqu’à quand la société civile soteropolitana sera-t-elle négligée ? Jusqu’à quand assisterons-nous impassibles à une totale décaractérisation de notre belle ville de Salvador ?
Quelle sera la ville que nous laisserons pour les futures générations ?

(*) Castro Alves

Le titre de l’article est un jeu de mots qui renvoie au livre d’investigation Privataria Tucana qui fait l’actualité de ce mois au Brésil. Privataria est l’association de Privatização et de Pirataria quant Tucana fait référence à l’oiseau, le toucan, symbole du parti PSDB. Ici, remplacé par Urbana qui se traduit donc par urbaine.

ondina325122011

3 photos de la "plage" d'Ondina, prises par Bahiaflâneur, le 25/12/2011, vers 15h00

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Alimentant la ville de Bahia, par Jeferson Bacelar

Publié le 26 décembre 2011 par bahiaflaneur

À richardgrahaml’occasion de la sortie relativement récente des numéros 41 et 42 de la revue Afro-Ásia, du Centro de Estudos Afro-orientais de l’Université fédérale de Bahia, nous avons choisi d’en traduire un texte, sis dans le numéro 42, écrit par l’anthropologue bahianais Jeferson Bacelar. Il consiste en une longue note de lecture d’un ouvrage de l’historien Richard Graham, publié aux États-Unis en 2010, non traduit en portugais. Ce texte figure entre les pages 253 et 258 de la revue. Les inter-itres sont de notre rédaction.

GRAHAM, Richard. Feeding the City: From Street Market to Liberal Reform in Salvador, Brazil, 1780-1860. Austin: University of Texas. Press, 2010, 334 p.

Spécialiste de l’histoire brésilienne du XIXe siècle, Richard Graham offre, dans son nouveau livre, un ample cadre sur l’alimentation de Salvador, couvrant les aspects variés de l’approvisonnement et de la distribution des produits alimentaires. Et, comme font les bons historiens de l’alimentation, il comprend les multiples connexions de la nourriture et du manger, ce qui conduit à des dédoublements complexes et incitants. L’auteur a réalisé un consistant travail de recherche d’archives, sans oublier d’utiliser amplement l’actuelle bibliographie bahianaise sur l’époque. Plusieurs historiens avaient déjà abordé, avec une qualité variable, des aspects qui concernent l’approvisionnement et la distribution des aliments à Salvador au XIXe siècle, spécialement Thales de Azevedo et Barickman, mais aussi João Reis, Luis Mott, Ellen Ribeiro et Cecilia Soares, mais aucun avec les objectifs et l’amplitude atteinte par l’investigation de Richard Graham.

Initialement, abordant “la cidade dans une baie”, il trace une radiographie de l’espace urbain de Salvador, sa démographie, sa stratification sociale et raciale. Une ville qui ne fonctionnerait pas sans les esclaves africains, les crioulos et les mestiços, ces derniers en nombre bien moindre, mais importants dans les occupations plus spécialisées appelées garages pour mécaniques. Mais ce serait limité de penser non seulement de maîtres et d’esclaves, d’exploiteurs et d’exploités, face à la complexité de ses hiérarchies et de ses relations sociales, comme, d’ailleurs, l’avait déjà noté il y a quelque temps les recherches de Katia Mattoso. Et ceci avait permis que les personnes, même esclaves, “traversent les frontières” sans menacer la légitimité de la structure sociale tant profondément inégale et prédominament esclavagiste. Comme l’auteur le confirme, la flexibilité fut le secret de sa santé et de sa longévité. Et il se produisait que, spécialement travaillant dans le commerce des aliments, esclaves africains ou crioulos, libérés et blancs pauvres, quant entrepreneurs, ils pouvaient devenir relativament prospères et, par la mobilité et l’autonomie obtenue, ouvrir des avenues d’ascension et d’autoconfirmation. Dans le commerce des aliments, en quelques niveaux les divisions sociales étaient vagues ou inexistantes, l’interdépendance étant un élément constant. D’un autre côté, Graham démontre l’existence d’une parfaite interaction du monde séculaire avec le religieux, impliquant les négociants, que ce soit à travers des confréries blanches et noires ou que ce soit à travers les religions d’origine africaine.

4/5e des femmes africaines, vendeuses de provisions
Le second chapitre est une riche scénographie des “vendeurs de rue et des commerçants”. L’auteur cosntate, avec des nouvelles données, la prédominance féminine dans la vente de rue, avec un éventail de 977 vendeurs, 89% où 866 étaient des femmes. Pourtant, ses données sont confuses à propos des conditions ethnicoraciales des vendeurs (p.35), malgré que toute sa lecture soit effectuée pour distinguer l’omniprésence des Africains et de leurs descendants dans le marché de rue. Ce qui m’a surpris fut de voir l’auteur conclure que près de la moitié des vendeurs (488) était noirs et mulatos, dont 382 esclaves. Ceci indique donc la présence de nombreux blancs et, plus encore, de blanches, dans la vente de rue. Il faut distinguer que Graham décrit les vendeurs qui existent officiellement, soit ceux qui avaient obtenu une patente à la Câmara Municipal pour être négociants, en plus de se référer aux mois de janvier de 1789, 1807 et 1819. Déjà traitant d’un autre moment historique, 1840, il réitère son argumentation, utilisant des données de Maria Inês Oliveira, en démontrant que, dans la paroisse de Santana, quasiment 4/5e des femmes africaines étaient vendeuses de provisions. Il présente une typologie des vendeurs - ambulants et fixes - leur localisation dans les logradouros de urbe, les aliments qu’ils vendaient, leur forme de vie, et évoque la liberté qu’ils avaient à déterminer leur diète et la préparation de l’aliment. Et ainsi “sont nées” nos bien connus acarajés, abaras, moquecas, la cuisine d’huile de palme de Bahia. De nombreuses vendeuses de rue, noires et mulatas, vivaient avec les esclaves et les pauvres libres, mais, avec plusieurs exemples, l’auteur montre qu’il existait les fortunées, possédeuses de plusieurs maisons et esclaves.
En plus des vendeurs de rue, l’autre suppléant d’aliments de la ville travaillait dans les magasins, qu’ils fussent tentes, baraques, tavernes ou dépôts. Mais les termes étient interchangeables, car les dépôts
pouvaient vendre des boissons au verre, et les tavernes, des plats. Les magasins étaient, selon Graham, un microcosme de la ville comme entrepôt commercial, présentant des produits des lieux les plus variés du Recôncavo et d’autres régions de Bahia et du Brésil, ainsi que d’Europe, de l’Asie ou de l’Amérique du Nord. Ses propriétaires occupaient une position intermédiaire dans la société, étant, dans leur majorité, des hommes portugais. Les employés, appelés caixeiros (porteurs de caisses), parents ou bien relationnés avec les propriétaires, vivaient dans leurs propres magasins. Rares furent les esclaves identifiés comme caixeiros.
À la suite, Richard Graham rend évidente l’importance des liens de parenté, des familles, des amis et des voisins pour les vendeurs de rue et les commerçants. Des contacts sont établis dans les magasins et dans les rues avec les plus diverses personnes de la ville, des propriétaires jusqu’aux esclaves. Des liens étaient établis, comme entre les vendeurs de rue et les propriétaires de chaloupes, mais toutes les connexions n’étaient amicales - malgré le fait d’être de la même race et de la même classe -  comme entre les soldats ou contrôleurs du conseil municipal et les vendeurs. L’auteur démontre la différence entre l’élite mercantile et les petits commerçants, leurs relations étant ordonnées par le clientélisme social, la maxime suivante valant: “vaut plus un ami sur la place, que l’argent dans la poche”.
À aborder “le peuple de la mer”, l’auteur démontre que Salvador, par sa situation stratégique dans la Baie de tous les Saints, dépendait du transport par l’eau pur quasiment toutes les fournitures, à l’exception de la viande, qui venait par la terre. Tous à Salvador mangeaient la farine de manioc, utilisée sous variantes formes, du pirão au beiju, étant le principal produit de la diète des soteropolitanos. En 1780, la ville consommait déjà 253.000 alqueires* de farinha, arrivant à 406.000 en 1856, étant donné que 43% du total venait des villes de Nazaré das Farinhas et de Jaguaripe. En 1855, avec une typologie variée, Salvador avait 3.441 chaloupes, avec des équipages composés de 8.553 personnes. Il existait beaucoup de noirs et de mulatos, et même des esclaves, comme capitaines. Encore mieux : encore en 1855, deux mille personnels d’équipages - marins et chefs de chaloupes - étaient esclaves, dont beaucoup d’entre eux africains. Quatre mille membres d’équipage étaient libres, mais non blancs, c’est-à-dire que seulement un quart des hommes de mer étaient blancs. Il s’agissait d’un travail dangereux, qui exigeait coopération et solidarité, d’où les formes de relation dépassaient souvent la condition raciale et le status légal des participants. Je vois dans ce chapitre 4 un problème, dans la question de la temporalité, qui se répète dans quelques parties du livre: à certains moments, l’abordage se focalise sur le final du XVIIIe siècle, et tout de suite après passe directement à la seconde moitié du XIXe siècle, commme si rien d’important ne s’était produit au milieu de cette longue période.

1830, première grève du Brésil: les écorcheurs bahianais
Traitant  du “marché des grains”, dans lequel il inscrit, souveraine, la farine, l’auteur trace un schéma de son fonctionnement, montrqnt la préoccupation gouvernementale à rationaliser les ventes paour empêcher les actions des monopolistes et des intermédiaires, qui positionneraient le marché à l’augmentations artificielle des prix. Ainsi, se construit en 1785, un cellier public dans la ville basse de Salvador. Avec un administrateur du gouvernement, nommé parmi l’élite mercantile, étaient constantes ses divergences avec les commerçants et les capitaines des chaloupes. Graham reitère que les femmes africaines étaient des commerçantes actives, quelques unes, y compris, acquéraient des barques pour acheter directement les produits dans le Recôncavo. Le circuit du commerce de grains, selon Graham, impliquait un grand nombre de personnes; producteurs, commerçants, pilotes d’embarcations, porteurs, patrons de petits magasins, vendeurs de rues, et même des consommateurs. Je trouve curieux, dans la mesure qu’il s’agit d’alimentation, que l’auteur ne se réfère pas au sucre, soustrayant au lecteur, ainsi, une discussion autour de la confiserie bahianaise et de la bénie cachaça.
Puis Richard Graham avance vers la compréhension du “marché de la viande”. Salvador consommait de 350 à 600 têtes de bétail par semaine, à la croisée du XIXe siècle. Elles venaient de l’intérieur de la province, mais était également envoyée de locaux plus distants, comme les provinces du Piaui et de Goias. La “foire du bétail”, initialment installée à Capuame (actuelle commune de Dias d’Avila, au nord de Salvador), avec son superintendant, un employé public, par où tout le bétail devrait être conduit, par sa localisation, était déjà substituée par le bled de Feira de Santana, dans les premières décades du XIXe siècle. Par les difficultés d’arrivée du bétail par la voie terrestre, fatigué, maigre et souvent malade, progressivement la voie maritime devint acceptable. En 1830, 40% du bétail arrivait déjà par le moyen de barques, en lots de trente à cinquante têtes. Et, en 1833, un quai unique fut désigné, Água de Meninos, pour son débarquement obligatoire et le pâturage. Douce illusion, car, comme tant d’autres réglementations, la désobéiance domina, avec beaucoup d’autres viandes venant en d’autres lieux, et, étant vendue clandestinement, sans le paiement des taxes dûes.
Était constante, ainsi, le probléme de la fourniture de la ville, de là les différentes mesures gouvernementales pour contrôler les segments qui travaillaient avec le bétail, les négociants, l’abattoir et les boucheries. Un riche matériel informatif nous est offert par l’auteur sur les groupes et les individus qui participaient du “marché de la viande”: les formes spécifiques de friction et d’hostilité, de patronnage et de clientélisme. Graham montre les “curiosités” de notre histoire sociale, avec les écorcheurs de l’abattoir public, réalisant, en 1830, la première grève au Brésil pour de meilleurs salaires. Je trouve également significatif qu’il détache l’importance des négociants de cuir, une fois que le produit atteignait 22% du total des exportations à travers le port de Salvador, en 1802; pourtant, il ne relie ce secteur avec l’autre de nos “aliments”, le tabac, mis en sac de cuir pour être exporté.

Salvador vivait de la production faite ailleurs
Dans les chapitres 8 et 9, Richard Graham focalise la guerre d’Indépendance de Bahia, sous le prisme de l’alimentation. En accord avec Evans-Pritchard, les Nuer disaient que la faim et la guerre sont de mauvaises compagnes, ce que l’auteur démonstre avec perspicacité et de nouvelles données. Il innove, en présentant la trame et les stratégies des plaideurs en relation à l’espace et à la nourriture, aussi bien dans le Recôncavo que dans l’encerclement de la ville de Salvador. Comme il le dit lui-même, les deux côtés ont compris une vérité cruciale: les armées marchent avec leurs estomacs. La victoire des Brésiliens n’effaça pas le tragique résultat de la guerre, comme la déstructuration de la production dans la province, également dans le secteur alimentaire.
Salvador était une ville basiquement commerciale, soit un lieu qui vivait de la production faite ailleurs, ce qui est très explicite dans le cas de l’alimentation. Une ville, comme l’affirma Katia Mattoso, de l’opulence et du manque, qui se vérifia également dans le secteur du manger, opulence pour peu et manque pour beaucoup, ces derniers en général noirs et pauvres. Ce fut une cosntante, au long du XIXe siècle, la crise de l’approvisionnement, souvent accompagnée par des mutineries populaires qui menacèrent l’ordre public. Ainsi c’était toujours un problème crucial pour les gouvernants, qui vivaient en constante tension et lutte contre les monopolistes, tentant racionaliser la distribution des fournitures pour protéger le peuple, empêchant qu’il se rebelle. Ainsi, devant les profondes inégalités sociales, l’accroissement des perspectives libérales, à la Adam Smith, fut toujours d’une difficile implémentation. Graham montre que jusqu’à la fin du système colonial, même pas ceux qui plaidaient le paternalisme ou le libéralisme n’étaient libres de la contamination: les décisions dépendaient beaucoup plus des contingences que de l’adhérence au dogme. Je dirais que le débat entre la liberté individuelle et le libéralisme économique, d’un côté, et la perspective paternaliste-hiérarchique, de l’autre, se maintiennent, avec leurs contradictions et ambiguités, jusqu’à aujourd’hui. Et, comme dans le passé, consonant avec les intérêts et les contingences, un même gouvernement peut enlacer les deux côtés.
Dans le dernier chapitre, “Le Peuple ne vit pas de théories”, il poursuit la discussion, déjà focalisant la Bahia post-Indépendance et le Second Empire, culminant avec la mutinerie de la “viande sans os et la farine sans noyau”, épisode déjà magistralement étudié par João Reis et Marcia Aguiar. Je vois les deux derniers chapitres comme un complément à l’instigante perspective de l’auteur, sans la richesse et l’innovation de la documentation du reste du livre, mais maintenant la qualité et la cohérence narratives.
Un travail dans la perspective matérialiste culturelle de l’alimentation, une école avec de fortes racines nord-américaines, de là l’intérêt pour des aspects tant utilitaires comme l’approvisionnement et la distribution. Plus encore: avec une proéminence de la nourriture sur le manger. Nourriture qui se joint aux gens de chair et d’os, dans le montage de la compréhension d’une société esclavagiste spécifique, où, à part de ses hiérarchies, planaient la flexibilité, les multiples relations, les imprévues ascensions, les possibles érosions de la classe et de la race. Nourriture qui montre les riches s’enrichir, mais également nourriture qui présente la logique du paternalisme et du clientélisme, dans ses variés dédoublements où, comme Roberto Schwarcz dit, “même le plus misérable des favoris voyait reconnue en lui, avec la faveur, sa libre personne”1.
Ce livre est une oeuvre de maître, qui enrichit l’historiographie bahianaise sur l’alimentation, ouvrant de nouveaux chemins et démontrant combien on peut encore faire, et d’un mode criatif, dans le champ de l’histoire sociale. J’espère, par son importance, que bientôt cet ouvrage viendra à être traduit en portugais.

Jeferson Bacelar

* Un alqueire était une mesure qui pouvait varier, selon les États du Brésil. À São Paulo, il correspondait à 24.200 m2. Était également commun l’alqueire de 48.400 m2, le double du “paulista”.  À Bahia, 44 tarefas correspondent à 1 alqueire, qui est égal à 19,36 hectares.

1. Roberto Schwarcz, Ao vencedor as batatas, São Paulo: Duas Cidades/Editora 34, 2000, p. 21.


jefersonbacelarJeferson Bacelar
(anthropologue et chercheur de renom, J. Bacelar a écrit de nombreux livres: sur les notions de races à Bahia, sur l’immigration et la  communauté d’origine gallicienne qui vit à Bahia, et également la biographie de référence du plus grand acteur noir de Bahia, Mario Gusm
ão. Sans oublier de diriger ou de co-diriger les programmes du  CEAO depuis deux bonnes dizaines d’années…)

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25/12/2011, 19h53 : saudade do Rio de Janeiro !

Publié le 25 décembre 2011 par bahiaflaneur

” (…) Rua das Laranjeiras, ruas de Santa Tereza, Rua de Haddock Lobo, Senhor dos Passos, Rua do Senado, Largo do Machadinho (…)”
João do Rio
L’âme enchanteresse des rues
( João do Rio - A alma encantadora das ruas - editora Companhia das letras)

ICI MÊME ou bien ici

joadorio

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