Luiz Ruffato: “Nous sommes un pays paradoxal”

Le Brésil est l’invité d’honneur, ces jours, de la grande 65e Foire du Livre de Francfort (Franfkfurter Buchmesse), en Allemagne. Le mardi 8 octobre 2013 au soir, l’écrivain Luiz Ruffato (natif du Minas Gerais) y a prononcé le discours d’ouverture, au nom du Brésil et de la délégation d’écrivains présents, soixante-cinq exactement. Un discours fort, qui dénonce et nomme les maux chroniques – allocution  malheureusement critiquée en Allemagne, au Brésil et sur la Toile, même par des écrivains brésiliens ! – du pays de Graciliano Ramos. Il fut salué debout par la grande majorité des 2.000 personnes présentes dans l’amphithéâtre…

Nous nous sommes fait fort, justement, de traduire ce texte retentissant, bellissimo, et au final, émouvant comme peu. Têtes hautes, l’écrivain et le Brésil réel, tristement réel, d’aujourd’hui, sont dans et entre ces lignes,  grâce à Luiz Ruffato ! BF, Salvador, 12h22, 11/10/2013

« luizruffatofrancfortoctobre2013Que signifie être écrivain dans un pays situé à la périphérie du monde, un lieu où le terme capitalisme sauvage n’est défiitivement pas une métaphore ? Pour moi, écrire est un engagement. On ne peut renoncer au fait d’habiter, au seuil du XXIe siècle, d’écrire en portugais, de vivre en un territoire appelé Brésil. On évoque la globalisation, mais les frontières sont tombées pour les marchandises, par pour le transit des humains. Proclamer notre singularité est une forme de résister à la tentative autoritaire d’aplanir les différences.

Le plus grand dilemme de l’être humain, dans toutes les époques, a été exactement celui-ci, de savoir gérer la dichotomie moi-l’autre. Car, bien que l’affirmation de notre subjectivité se vérifie à travers la reconnaissance de l’autre – c’est l’altérité qui nous confère le sens d’exister – l’autre est également celui qui peut nous aninhiler… Et si l’Humanité se construit dans ce mouvement pendulaire entre agrégation et dispersion, l’histoire du Brésil n’est efficace seulement dans la négation explicite de l’autre, par le moyen de la violence et de l’indifférence.

Nous sommes nés sous l’égide du génocide. Des quatre millions d’indiens qui existaient en 1500, seuls restent aujourd’hui environ 900.000, dont une part d’entre eux vivent dans des conditions misérables dans des campements en bord de route ou même dans des favelas dans les grandes villes. Se défend toujours, comme signe de la tolérance nationale, la nommée démocratie raciale brésilienne, mythe actuel qu’il n’y aurait eu décimation, mais assimilation des autochtones. Cet euphémisme, pourtant, sert seulement pour couvrir un fait indiscutable : si notre population est métis, elle le doit au croisement d’hommes européens avec des femmes indigènes ou africaines – ce qui veut dire que l’assimilation s’est faite à travers le viol des natives et noires par les colons blancs.

Jusqu’au milieu du XIXe siècle, cinq millions d’Africains noirs furent emprisonnés et emmenés de force au Brésil. Quand, en 1888, fut aboli l’esclavage, il n’y eut le moindre effort dans les sens de rendre possible des conditions de vie dignes aux ex-captifs. Ainsi, jusqu’à aujourd’hui, 125 années plus tard, la grande majorité des afro-descendants continue confinée à la base de la pyramide sociale : rarement ils sont vus parmi les médecins, dentistes, avocats, ingénieurs, cadres supérieurs, journalistes, artistes plastiques, cinéastes, écrivains.

Invisible, acculée par les bas salaires et destituée des prérogatives primaires de la citoyenneté – habitation, transport, loisir, éducation et santé de qualité – la majeure partie des Brésiliens représenta un élément jetable dans l’engrenage qui mouvemente l’économie : 75% de toute la richesse se trouve dans les mains de 10% de la population blanche et seulement 46.000 personnes possèdent la moitié des terres du pays. Historiquement habitués à n’avoir seulement que des devoirs, jamais des droits, nous avons succombé à une étrange sensation de non-appartenance : au Brésil, ce qui est de tous n’est pas de personne…

Convivant avec une terrible sensation d’impunité, à partir du fait que la prison n’est destinée qu’à ceux qui n’ont l’argent nécessaire pour engager de bons avocats, l’intolérence émerge. Celui, qui, dans la détresse d’une vie à la marge, n’a pas le statut d’un être humain reconnu par la société, réagit envers l’autre, lui refusant aussi ce statut. Comme nous ne percevons pas l’autre, l’autre ne nous voit. Et ainsi nous accumulons nos haines – le similaire devenant l’ennemi.

Le taux d’homicides au Brésil atteint 20 assassinats par groupe de 100.000 mille habitants, ce qui équivaut à 37.000 personnes mortes chaque année, numéro trois fois supérieur à la moyenne mondiale. Et ceux qui sont le plus exposés à la violence ne sont pas les riches qui se claquemurent derrière des hautes palissades de condomínios fermés, protégés par des fils-alarmes électriques, par des services de sécurité privés et de filmage piloté par ordinateurs, mais les pauvres confinés dans des favelas et quartiers de la périphérie, à la merci des narcotraficants et des policiers corrompus.

Machistes, nous occupons la honteuse septième place entre les pays avec le plus important nombre de victimes de la violence domestique, avec un solde, lors de la dernière décennie, de 45.000 femmes assassinées. Lâches, en 2012, nous accumulons plus de 120.000 dénonciations de mauvais traitements contre les enfants et les adolescents. Tout le monde sait qu’aussi bien qu’en ce qui concerne les femmes que les enfants et adolescents, ces chiffres sont toujours sous-estimés.

Hypocrites, les cas d’intolérance à propos de l’orientation sexuelle révèlent, exemplairement, notre nature. Le lieu où se réalise la plus importante parada gay du monde, qui parvient à réunir plus de trois millions de personnes, l’Avenida Paulista, à São Paulo, est le même qui concentre le plus important nombre d’attaques homophobes de la ville.

Et ici nous touchons un point névralgique : ce n’est pas une coîncidence que la population carcérale brésilienne, près de 550.000 personnes, soit formée principalement de jeunes entre 18 et 34 ans, pauvres, noirs et avec une instruction faible.

Le système scolaire est devenu au long de l’histoire un des mécanismes les plus efficaces de maintenance de l’abîme entre riches et pauvres. Nous occupons les derniers rangs dans le classement qui évalue le développement scolaire dans le monde : près de 9% de la population restent analphabètes et 20% sont classifiés comme analphabètes fonctionnels – autrement dit, un tiers des Brésiliens adultes n’a pas la capacité de lire et interpréter les textes les plus simples.

La perpétuation de l’ignorance comme instrument de domination, marque déposée de l’élite qui resta au pouvoir jusqu’il y a très récemment, peut être mesurée. Le marché éditorial brésilien facture annuellement autour de 2,2 milliards de dollars, étant donné que 35% de cette somme représente les achats du gouvernement fédéral, destinés à fournir les bibliothèques publiques et scolaires. Pourtant, nous continuons de lire peu, en moyenne moins de quatre titres par an, et dans le Brésil, il y a seulement une librairie pour 63.000 habitants, et malheureusement concentrées dans les capitales et grandes villes des provinces.

Mais, nous avons avancé.

La plus grande victoire de ma génération fut le rétablissement de la démocratie – 28 années ininterrompues, peu, c’est vrai, mais il s’agit de la période la plus étendue d’existence de l’Etat de droit dans toute l’histoire du Brésil. Avec la stabilité politique et économique, nous avons vu s’accumuler des conquêtes sociales depuis la fin de la dictature militaire, l’expressive diminution de la misère étant la plus marquante, sans aucun doute : un total impressionnant de 42 millions de personnes ont connu une ascension sociale dans la dernière décennie. Inégale est, encore, l’importance de l’implantation de mécanimes de transfert de minimums sociaux, comme les bolsas-família, ou d’inclusion, comme les quotas raciaux pour entrer dans les universités publiques.

Malheureusement, pourtant, malgré tous les efforts, le poids de notre héritage de 500 années de dérives est immense. Nous continuons à être un pays où le logement, l’éducation, la santé, la culture et le loisir ne sont pas des droits pour tous, mais des privilèges de quelques-uns. Dans lequel la faculté d’aller et venir, à n’importe quel moment et n’importe quelle heure, ne peut être exercé, car manquent les conditions de sécurité publique. Dans lequel même la nécessité de travailler, en échange d’un salaire minimum équivalent à 300 dollars mensuels, achoppe sur des difficultés élémentaires comme le manque de transport adéquat. Dans lequel le respect de l’environnement n’existe pas. Dans lequel nous avons l’habitude, tous, de contourner les lois.

Nous sommes un pays paradoxal.

Or, le Brésil surgit comme une région exotique, de plages paradisiaques, forêts d’Eden, carnaval, capoeira et football ; ou bien comme un lieu exécrable, de violence urbaine, d’exploitation de la prostitution enfantine, du non-respect des droits de l’homme et du dédain envers la nature ; ou bien fêté comme un des pays les mieux préparés pour occuper la place de protagoniste dans le monde – amples ressources naturelles, agriculture, bétails, troupeaux, industries diversifiées, énorme potentiel de croissance de production et de consommation ; ou bien destiné à l’éternel rôle accessoire, de fournisseur de matière-première et de produits fabriqués avec une main d’œuvre peu chère, par manque de compétence pour gérer la propre richesse.

Et pourtant, nous sommes la septième plus importante puissance économique de la planète. Et nous restons au troisième rang des pays les plus inégaux.

Je reviens, donc, à la question initiale : que signifie habiter cette région située dans la périphérie du monde, écrire en portugais pour des lecteurs quasiment inexistants, lutter, enfin, tous les jours, pour donner, au milieu des adversités, un sens à la vie ?

Je crois, peut-être ingénument, dans le rôle transformateur de la littérature. Fils d’une blanchisseuse et d’un vendeur de pop-corn à moitié analphabète, moi-même vendeur de pop-corn, commis de bistrot, réceptionniste de magasin, ouvrier dans le textile, mécanicien-tourneur, gérant de lanchonete, j’ai eu mon destin modifié par le contact, bien que fortuit, avec les livres. Et si la lecture d’un livre peut altérer la direction de la vie d’une personne, et la société étant faite de personnes, donc la littérature peut modifier la société. En notre temps, d’un attachement exacerbé aux choses et d’un culte extrèmiste à l’individualisme, celui qui nous est étranger, et qui pour cela devrait déclencher notre fascination par la reconnaissance mutuelle, a été vu, plus que jamais, comme ce qui nous menace. Nous tournons le dos à l’autre – qu’il soit l’immigrant, le pauvre, le noir, l’indigène, la femme, l’homosexuel – comme tentative de nous préserver, oubliant qu’ainsi nous implosons notre propre condition d’exister. Nous avons succombé à la solitude et à l’égoïsme et nous nous nions nous-mêmes. Pour me mettre au contrepoint de cela, j’écris : je veux affecter le lecteur, le modifier, pour transformer le monde. Il s’agit d’une utopie, je sais, mais je m’alimente d’utopies. Car je pense que l’ultime destin de tout être humain devrait être  uniquement celui-ci, celui d’atteindre la félicité sur la Terre. Ici et maintenant. »

Luiz Ruffato

——–
“O que significa ser escritor num país situado na periferia do mundo, um lugar onde o termo capitalismo selvagem definitivamente não é uma metáfora? Para mim, escrever é compromisso. Não há como renunciar ao fato de habitar os limiares do século 21, de escrever em português, de viver em um território chamado Brasil. Fala-se em globalização, mas as fronteiras caíram para as mercadorias, não para o trânsito das pessoas. Proclamar nossa singularidade é uma forma de resistir à tentativa autoritária de aplainar as diferenças.
O maior dilema do ser humano em todos os tempos tem sido exatamente esse, o de lidar com a dicotomia eu-outro. Porque, embora a afirmação de nossa subjetividade se verifique através do reconhecimento do outro –é a alteridade que nos confere o sentido de existir–, o outro é também aquele que pode nos aniquilar… E se a Humanidade se edifica neste movimento pendular entre agregação e dispersão, a história do Brasil vem sendo alicerçada quase que exclusivamente na negação explícita do outro, por meio da violência e da indiferença.
Nascemos sob a égide do genocídio. Dos quatro milhões de índios que existiam em 1500, restam hoje cerca de 900 mil, parte deles vivendo em condições miseráveis em assentamentos de beira de estrada ou até mesmo em favelas nas grandes cidades. Avoca-se sempre, como signo da tolerância nacional, a chamada democracia racial brasileira, mito corrente de que não teria havido dizimação, mas assimilação dos autóctones. Esse eufemismo, no entanto, serve apenas para acobertar um fato indiscutível: se nossa população é mestiça, deve-se ao cruzamento de homens europeus com mulheres indígenas ou africanas – ou seja, a assimilação se deu através do estupro das nativas e negras pelos colonizadores brancos.
Até meados do século 19, cinco milhões de africanos negros foram aprisionados e levados à força para o Brasil. Quando, em 1888, foi abolida a escravatura, não houve qualquer esforço no sentido de possibilitar condições dignas aos ex-cativos. Assim, até hoje, 125 anos depois, a grande maioria dos afrodescendentes continua confinada à base da pirâmide social: raramente são vistos entre médicos, dentistas, advogados, engenheiros, executivos, jornalistas, artistas plásticos, cineastas, escritores.
Invisível, acuada por baixos salários e destituída das prerrogativas primárias da cidadania –moradia, transporte, lazer, educação e saúde de qualidade–, a maior parte dos brasileiros sempre foi peça descartável na engrenagem que movimenta a economia: 75% de toda a riqueza encontra-se nas mãos de 10% da população branca e apenas 46 mil pessoas possuem metade das terras do país. Historicamente habituados a termos apenas deveres, nunca direitos, sucumbimos numa estranha sensação de não pertencimento: no Brasil, o que é de todos não é de ninguém…
Convivendo com uma terrível sensação de impunidade, já que a cadeia só funciona para quem não tem dinheiro para pagar bons advogados, a intolerância emerge. Aquele que, no desamparo de uma vida à margem, não tem o estatuto de ser humano reconhecido pela sociedade, reage com relação ao outro recusando-lhe também esse estatuto. Como não enxergamos o outro, o outro não nos vê. E assim acumulamos nossos ódios –o semelhante torna-se o inimigo.
A taxa de homicídios no Brasil chega a 20 assassinatos por grupo de 100 mil habitantes, o que equivale a 37 mil pessoas mortas por ano, número três vezes maior que a média mundial. E quem mais está exposto à violência não são os ricos que se enclausuram atrás dos muros altos de condomínios fechados, protegidos por cercas elétricas, segurança privada e vigilância eletrônica, mas os pobres confinados em favelas e bairros de periferia, à mercê de narcotraficantes e policiais corruptos.
Machistas, ocupamos o vergonhoso sétimo lugar entre os países com maior número de vítimas de violência doméstica, com um saldo, na última década, de 45 mil mulheres assassinadas. Covardes, em 2012 acumulamos mais de 120 mil denúncias de maus-tratos contra crianças e adolescentes. E é sabido que, tanto em relação às mulheres quanto às crianças e adolescentes, esses números são sempre subestimados.
Hipócritas, os casos de intolerância em relação à orientação sexual revelam, exemplarmente, a nossa natureza. O local onde se realiza a mais importante parada gay do mundo, que chega a reunir mais de três milhões de participantes, a Avenida Paulista, em São Paulo, é o mesmo que concentra o maior número de ataques homofóbicos da cidade.
E aqui tocamos num ponto nevrálgico: não é coincidência que a população carcerária brasileira, cerca de 550 mil pessoas, seja formada primordialmente por jovens entre 18 e 34 anos, pobres, negros e com baixa instrução.
O sistema de ensino vem sendo ao longo da história um dos mecanismos mais eficazes de manutenção do abismo entre ricos e pobres. Ocupamos os últimos lugares no ranking que avalia o desempenho escolar no mundo: cerca de 9% da população permanece analfabeta e 20% são classificados como analfabetos funcionais –ou seja, um em cada três brasileiros adultos não tem capacidade de ler e interpretar os textos mais simples.
A perpetuação da ignorância como instrumento de dominação, marca registrada da elite que permaneceu no poder até muito recentemente, pode ser mensurada. O mercado editorial brasileiro movimenta anualmente em torno de 2,2 bilhões de dólares, sendo que 35% deste total representam compras pelo governo federal, destinadas a alimentar bibliotecas públicas e escolares. No entanto, continuamos lendo pouco, em média menos de quatro títulos por ano, e no país inteiro há somente uma livraria para cada 63 mil habitantes, ainda assim concentradas nas capitais e grandes cidades do interior.
Mas, temos avançado.
A maior vitória da minha geração foi o restabelecimento da democracia – são 28 anos ininterruptos, pouco, é verdade, mas trata-se do período mais extenso de vigência do estado de direito em toda a história do Brasil. Com a estabilidade política e econômica, vimos acumulando conquistas sociais desde o fim da ditadura militar, sendo a mais significativa, sem dúvida alguma, a expressiva diminuição da miséria: um número impressionante de 42 milhões de pessoas ascenderam socialmente na última década. Inegável, ainda, a importância da implementação de mecanismos de transferência de renda, como as bolsas-família, ou de inclusão, como as cotas raciais para ingresso nas universidades públicas.
Infelizmente, no entanto, apesar de todos os esforços, é imenso o peso do nosso legado de 500 anos de desmandos. Continuamos a ser um país onde moradia, educação, saúde, cultura e lazer não são direitos de todos, mas privilégios de alguns. Em que a faculdade de ir e vir, a qualquer tempo e a qualquer hora, não pode ser exercida, porque faltam condições de segurança pública. Em que mesmo a necessidade de trabalhar, em troca de um salário mínimo equivalente a cerca de 300 dólares mensais, esbarra em dificuldades elementares como a falta de transporte adequado. Em que o respeito ao meio-ambiente inexiste. Em que nos acostumamos todos a burlar as leis.
Nós somos um país paradoxal.
Ora o Brasil surge como uma região exótica, de praias paradisíacas, florestas edênicas, carnaval, capoeira e futebol; ora como um lugar execrável, de violência urbana, exploração da prostituição infantil, desrespeito aos direitos humanos e desdém pela natureza. Ora festejado como um dos países mais bem preparados para ocupar o lugar de protagonista no mundo –amplos recursos naturais, agricultura, pecuária e indústria diversificadas, enorme potencial de crescimento de produção e consumo; ora destinado a um eterno papel acessório, de fornecedor de matéria-prima e produtos fabricados com mão de obra barata, por falta de competência para gerir a própria riqueza.
Agora, somos a sétima economia do planeta. E permanecemos em terceiro lugar entre os mais desiguais entre todos…
Volto, então, à pergunta inicial: o que significa habitar essa região situada na periferia do mundo, escrever em português para leitores quase inexistentes, lutar, enfim, todos os dias, para construir, em meio a adversidades, um sentido para a vida?
Eu acredito, talvez até ingenuamente, no papel transformador da literatura. Filho de uma lavadeira analfabeta e um pipoqueiro semianalfabeto, eu mesmo pipoqueiro, caixeiro de botequim, balconista de armarinho, operário têxtil, torneiro-mecânico, gerente de lanchonete, tive meu destino modificado pelo contato, embora fortuito, com os livros. E se a leitura de um livro pode alterar o rumo da vida de uma pessoa, e sendo a sociedade feita de pessoas, então a literatura pode mudar a sociedade. Em nossos tempos, de exacerbado apego ao narcisismo e extremado culto ao individualismo, aquele que nos é estranho, e que por isso deveria nos despertar o fascínio pelo reconhecimento mútuo, mais que nunca tem sido visto como o que nos ameaça. Voltamos as costas ao outro –seja ele o imigrante, o pobre, o negro, o indígena, a mulher, o homossexual– como tentativa de nos preservar, esquecendo que assim implodimos a nossa própria condição de existir. Sucumbimos à solidão e ao egoísmo e nos negamos a nós mesmos. Para me contrapor a isso escrevo: quero afetar o leitor, modificá-lo, para transformar o mundo. Trata-se de uma utopia, eu sei, mas me alimento de utopias. Porque penso que o destino último de todo ser humano deveria ser unicamente esse, o de alcançar a felicidade na Terra. Aqui e agora.”

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3 réponses

  1. Miriam Alves dit :

    Parabéns pela tradução do discurso do Escritor Luiz Ruffato, que vem somar a indignação dos escritores negros brasileiros com relação a entrevista da Ministra da Cultura do Brasil, que atestava há não existência de negros escritores no país. No entanto esta literatura, é atualmente estudada nos EUA, Portugal e outros países da Europa, especificamente na Alemanha. Em 1988, ano do centenário da abolição da escravatura no Brasil, foi publicada a antologia SCHWARZE POESIE – POESIA NEGRA, organizada pela Profª Drª Moema Parente Augel (Universidade Bielefeld/Alemanha), em edição bilíngue português-alemão, sob a chancela da Edition Diá, St. Gallen/Köll, tendo sido esgotada a primeira tiragem em apenas três meses de circulação em solo germânico desde 1988. A repercussão favoravel desta edição, desde aquela época é responsável pela atual edição no formato e-book da SCHWARZE POESIE – POESIA NEGRA pela editora alemã Diá e motivo de lançamento na própria Feira de Frankfurt 2013.

  2. Paulo Lins, écrivain brésilien, présent à Francfort... dit :

    “Mon cher Luiz Ruffato, je fais miens les mots de ton discours. Sans aucun doute, ce fut une déclaration d’amour au Brésil. Une allocution d’espoir. La vérité doit être dite et considérée afin que nous atteignions des changements substantiels dans la société brésilienne si souffrante, tant marquée par la violence et par les injustices sociales. Pour cela, je laisse sans commentaire le discours de notre vice-président(*) et j’avise que la poésie est une chose sérieuse. Elle ne s’offre pas à n’importe qui”.
    (“Meu querido Luiz Ruffato, faço minhas as palavras de seu discurso. Com certeza, foi uma declaração de amor ao Brasil. Uma fala de esperança. A verdade tem que ser dita e encarada para alcançarmos mudanças substanciais na sociedade brasileira tão sofrida, tão marcada pela violência e pelas injustiças sociais. Por isso, deixo sem comentários a palavra do nosso vice-presidente e avisar que a poesia é uma coisa séria. Ela não se dá com qualquer um.”)
    (*) Il s’agit du vice-président de la République du Brésil, Michel Temer, qui fit le troisième discours de la soirée d’ouverture de la 65e Foire du Livre.

    Déclaration faite, le dimanche 13 octobre 2013, par l’écrivain carioca Paulo Lins, seul noir de la délégation de 65 auteurs. Précédemment, lors de la même table ronde, P. Lins, avait réaffirmé que “Nous savons bien que le Brésil est un pays raciste, comme la majorité des pays d’Europe” (“Sabemos que o Brasil é um país racista, como a maioria dos países da Europa”). Nous ne pouvons qu’être d’accord avec lui.
    – Paulo Lins est édité chez Gallimard, en France, traduit par Henri Raillard, traducteur de Raduan Nassar, Jorge Amado, Chico Buarque, Oscar Niemeyer, Antonio Torres..

    Suit ci-dessous l’article que le critique littéraire Jean Soublin avait rédigé, autour du livre de P. Lins “A cidade de Deus” (1997), le 19 mars 1998.
    ——
    L’enfer dans la cité de Dieu
    Parfois des orages mauvais lessivent les montagnes qui dominent Rio. Minées par les pluies, les favelas agrippées au flanc des mornes dégringolent avec leurs habitants. En 1966, le gouverneur décida de reloger les victimes dans un grand ensemble prestement édifié en dur, bien loin du centre-ville. Les sinistrés s’y installèrent avec leurs espoirs, leurs amertumes et leur quotient de petit banditisme. La Société, rassurée par leur éloignement, les oublia ; et la loi du plus fort s’installa, bientôt supplantée par celle du plus cruel, chassé à son tour par le plus sauvage. Une nuit sanglante tomba sur la Cidade de Deus.
    Paulo Lins connaît bien cette histoire ; maître d’école, il l’a vécue pendant plus de dix ans. D’origine modeste, mais décidé à raconter un jour ce qu’il vivait, il s’y prépara, dit-on, par des années de lectures austères: Dickens et Zola, sans doute, Dostoïevski, à coup sûr. Il a su tirer la leçon des maîtres sans les suivre aveuglément ni dévoyer son talent. Son livre, atroce par son sujet, domine la nouvelle littérature brésilienne par sa qualité littéraire et la valeur universelle de son constat. “Tuer est un verbe transitif qui réclame un complément ensanglanté” : le quotidien de la Cidade oubliée par son dieu éponyme. On y tue pour quelques reais, pour un mot de travers. Ou par hasard. Les balles perdues sifflent dans les ruelles, entrent chez les gens, choisissent leurs proies: ce nouveau-né, cette femme à sa toilette ou cet ouvrier harassé qui réchauffe sa gamelle. Tel est l’univers de Lins, qu’il veut décrire, expliquer et condamner. Il s’y prend d’une manière si originale qu’on augure qu’elle fera école. Pas d’architecture apparente dans cette oeuvre massive. Il l’a construite par application d’histoires successives entassées les unes sur les autres et qui s’enchevêtrent souvent. De courts récits dont les personnages reparaîtront parfois, pas toujours, dans d’autres épisodes. Mais tout se passe dans la favela, et il s’agit toujours de violence.
    D’abord décontenancé par cette succession de brèves, le lecteur comprend bientôt qu’elles s’agglomèrent comme des truellées de torchis pour former un tout compact, cohérent, infiniment dur: trente ans d’histoire. Cet émiettement du thème pour mieux l’unifier à la longue permet d’affiner l’étude de la violence, de ses mécanismes, de ses causes. La misère joue son rôle, naturellement; chaque enfant doit choisir, avant ses dix ans, s’il accepte de trimer sa vie durant comme la troupe hâve des travailleurs entassés avant l’aube dans les autobus ou s’il deviendra bandit: la vie facile, la mort plus facile encore.
    Mais la misère n’explique pas tout ; lorsque la société s’efface, la violence trouve en nous d’autres mobiles. Le racisme, par exemple, ici celui des Noirs contre les métis d’Indiens nordestins ; le sexe aussi: on tue par jalousie, ou simplement pour s’approprier la femme du voisin. D’autres moteurs interviennent avec la modernité. Les médias, par exemple : le truand analphabète se fait lire avec délice le récit de ses exploits dans le journal. Enfin, arrive la drogue, et les enjeux changent. On gagne plus en la revendant qu’en braquant les bourgeois, mais il faut des points de vente, des gardes, des guetteurs, des passeurs. Un nouvel ordre s’établit, et le meurtre s’institutionnalise. Cette narration par touches juxtaposées, qui rappelle un peu la main courante d’un commissariat, limite, exclut même les espaces de dénonciation et d’indignation. Elle convient en cela à l’auteur, qui, loin d’être neutre, refuse la vanité des vagissements explicites devant l’horreur absolue.
    C’est par la litote qu’il foudroie, et l’extrême rigueur de ce clinicien laisse affleurer çà et là un désarroi, une fureur d’autant plus efficaces qu’il les exprime avec parcimonie. Son diagnostic, chuchoté entre les lignes, n’est d’ailleurs pas dénué d’optimisme. Il peint la nature humaine quand elle se dérègle, mais ne dissimule pas l’amour, l’amitié, la vertu, l’esprit associatif. Il va plus loin et suggère que la plupart des violents détestent la violence. C’est de campagne, d’élevage, de paix qu’ils rêvent et l’un d’eux, en attendant le coup de grâce, se sent envahi d’une miraculeuse sérénité, enfin déchargé de l’insupportable poids du crime.
    Pour mieux décrire la barbarie, Lins a choisi la langue des barbares. Il ne s’agit pas ici de folklore ni d’invention linguistique comme chez son compatriote Guimaraes Rosa, mais plutôt d’un outil analytique, un moyen de mieux cerner les comportements en les formulant avec les mots mêmes du sujet. On découvre avec lui une langue riche en métonymies fer pour arme, en euphémismes passer pour tuer. Les mots sont huilés, poncés, limés pour mieux jaillir en cas de menace. On les dégaine, on les brandit, on les pointe. Et, quand les choses se compliquent, on invoque le pouvoir d’exorcisme des vocables savants : on “mentalise” sa divinité tutélaire avant l’action, on tire en l’air pour “suggestionner” des témoins indésirables. C’est ainsi qu’on parle à la Cidade de Deus, ainsi qu’on y vit et qu’on y meurt, car elle est peuplée d’hommes que leurs frères ont oubliés, prenons-y garde.
    JEAN SOUBLIN

  1. 14 octobre 2013

    […] «Que signifie être écrivain dans un pays situé à la périphérie du monde, un lieu où le terme capitalisme sauvage n’est défiitivement pas une métaphore ?Pour moi, écrire est un engagement. On ne peut renoncer au fait d’habiter, au seuil du XXIe siècle, d’écrire en portugais, de vivre en un territoire appelé Brésil. On évoque la globalisation, mais les frontières sont tombées pour les marchandises, par pour le transit des humains. Proclamer notre singularité est une forme de résister à la tentative autoritaire d’aplanir les différences.  […]

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