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“La fête de l’Amour”, par Lourenço Mueller

Publié le 25 juin 2011 par bahiaflaneur

“O que os olhos nao vejam/O coraçao sente”. Les vers du sambista Adoniran Barbosa résonnent, pour toujours, dans l’oreille de tout Brésilien. Plus modestement, l’oeil du flâneur s’est arrêté sur la prose pertinente de Lourenço Mueller, architecte, urbaniste et essayiste bahianais. Le texte de ce francophile - qui nous enjoignait récemment, nous sachant à Rio de Janeiro, “de ne pas abandonner Bahia” - s’inquiète à juste titre, tant du “cœur malade de Salvador” que de la société marchande qui amalgame et prend pour cible toutes “les choses du cœur”. Nous l’avons traduit. Bonne lecture. BF.

La fête de l’Amour
par Lourenço Mueller

Je suppose que des pseudo-intellectuels ne supportent pas la fragmentation de la connaissance, en pensant que les spécificités doivent être épuisées en elles-mêmes. Et bien souvent ils n’ont lu Deleuze et Guattari, philosophes de la post-modernité qui ont préconisé la nature rizomathique de la propre connaissance en ces temps de chaînes globales.
Mais laissons de côté ce manteau quelquefois médisant des idées reçues et du ressentiment et affrontons une thématique qui - au contraire de ce que disent ces personnes mal aimées et surtout amant mal, qui dénigrent l’Amour et le tâchent d’exagérations - peut être dans l’essence et le cerne de notre existence.
Et pour ne pas dire que j’abandonne le sujet central de mes discours, la ville; j’écris sur l’amour pour elle. Non par coincidence - on me publie un dimanche sur trois - cet article tombe le jour de la Saint-Valentin*.
Nous devons, pour le moins, trouver étrange la transformation de l’amour en motivation de consommation Cela pourrait être réellement le jour de l’Amour au lieu de contenir toutes les catégories, amants, fiancés, mariés, ficantes et assimilés les appelant namorados, de telle forme que tous se sentent inclus et obligés par les médias à acheter des cadeaux pour l’autre. Comme s’il ne suffisait pas déjà que la transformation éthologique de l’espace de la consacration divine, la cathédrale, dans l’espace de l’adoration de la consommation, ses nouveaux temples, les shopping centers, inventèrent également les fêtes de ceci et de cela, substituant les jours saints.
La mode, entre les couples qui se disent modernes, est un petit sigle effrayant pour la majeure partie des hommes qui la considèrent extrêmement abhorrée, les DR, discussion de relation. Dans le cas des villes, la Planification Participative correspond à cela et a été également une activité pour le moins soporifique pour ceux qui la pratiquent, par manque absolu de créativité explicative. Ici, y compris les conférenciers dorment pendant les audiences sur le sujet, malgré que nous ayons tant besoin de discuter sur la ville démocratiquement.
Si à la place des amoureux ce fut la fête de l’Amour nous pourrions aussi parler de l’amour de la ville et discuter la relation des habitants avec elle, ses insécurités, ses mouvements (mobilité urbaine), ses peurs du futur (chômage, santé, éducation, professionalisation des enfants…). Et, bien sûr, les DRs à propos du cœur. Dans la ville, il correspond au Centre et il y a un mouvement dans les métropoles appelé gentrification (retour au centre).
Dans notre cas, qui avons le plus vaste patrimoine d’architecture coloniale du Brésil dans des zones métropolitaines, le retour au centre, au cœur antique et portugais, cela devrait être un programme de gouvernement dans les trois sphères, car ce mouvement pourrait résoudre des problèmes contemporains plus graves, comme le blocage du trafic automobile, la requalification de la richesse du paysage, l’offre déjà existante de l’infrastructure et des équipements, tous les avantages connus de l’agglomération réunis historiquement par les centralités urbaines, cœur des villes.
Salvador a le cœur malade. Dans de nombreux sens. Le Centro Histórico (aujourd’hui avec la nouvelle nomenclature de Centro Antigo, par ailleurs une expansion spatiale balisée) est abandonné, méprisé physiquement, trahi conceptuellement, oublié institutionnellement, et humilié dans sa grandeur esthétique malgré de bonnes études qui sont en train d’être faites. Vous noterez que j’utilise des verbes utilisés dans les DRs. Et, pour compléter, il est en train d’être échangé par d’autres espaces plus jeunes, sans qu’importe les effets néfastes causés à la ville, comme les nouvelles agglomérations (d)émergentes dans l’Avenida Paralela où la circulation (du sang) est congestionnée par des artères bouchées par la graisse (excès de voitures).
Pour continuer les DRs de Salvador avec ses habitants, des articles dans les journaux ne suffisent pas. Plus que cela, il est nécessaire une compréhension urbanistique de l’évacuation de son centre et une décision politique pour le revitaliser. Prendre au sérieux la Planification non seulement du siège métropolitain, mais aussi de sa couronne. Cependant cela nous a aidé d’évoquer ces thèmes. Principalement si nous réussissons, par quelque alchimie de langage, mettre la thématique de la ville entre les choses du cœur et la fête de l’Amour.

*” Dia dos Namorados”, au Brésil. Cet article fut ainsi publié le dimanche 12 juin 2011, dans le quotidien A Tarde, en page 2.
 

O dia do amor

Suponho que pseudo-intelectuais não suportam a fragmentação do conhecimento, ao pensar que as especificidades devem ser esgotadas em si mesmas. Nem sempre leram Deleuze e Guattari, filósofos da pos-modernidade que preconizam a natureza rizomatica do próprio conhecimento nesses tempos de redes globais.
Mas deixemos de lado o manto às vezes maledicente do preconceito e do ressentimento e encaremos uma temática que - ao contrário do que dizem essas pessoas mal amadas e sobretudo mal amantes, que denigrem o Amor e o tacham de piegas- pode estar na essência e no cerne da nossa existência.
E para não dizer que abandono o assunto central dos meus discursos, a cidade, escrevo sobre o amor por ela. Não por coincidência - publicam-me a cada três domingos- esse artigo encaixa-se no dia do Amor.
Temos que, no mínimo, estranhar a transformação do amor em motivação consumista. Poderia ser realmente o dia do Amor em vez de abarcar todas as categorias, amantes, noivos, casados, ficantes e assemelhados chamando-os de namorados, de forma que todos se sintam incluídos e obrigados pela mídia a comprar presentes para o outro. Se já não bastasse a transformação etológica do espaço da consagração divina, a catedral, no espaço de adoração do consumo, seus novos templos, os shopping centers, também inventaram os dias disso e daquilo, substituindo os dias santos.
Está na moda entre os casais modernosos uma pequena sigla assustadora para a maioria dos homens que a consideram extremamente aborrecida, as DR, discussão da relação. No caso das cidades o Planejamento Participativo corresponde a esta e tem sido igualmente uma atividade no mínimo soporífera para os que a praticam, por absoluta falta de criatividade expositiva. Aqui até os palestrantes permanecem dormindo nas audiências sobre o assunto malgrado precisemos tanto de discutir a cidade democraticamente.
Se em vez dos namorados fosse o dia do Amor poderíamos também falar do amor a cidade e discutir a relação dos habitantes com a mesma, suas inseguranças, seus movimentos (mobilidade urbana) seus medos do futuro (desemprego, saúde, educação, profissionalização dos filhos…). E, claro, as DRs sobre o coração. Na cidade ele corresponde ao Centro e há um movimento nas metrópoles chamado gentrification (gentrificação = retorno ao centro).
No nosso caso, que temos o maior patrimônio de arquitetura colonial do Brasil em áreas metropolitanas, o retorno ao centro, ao coração antigo e português, deveria ser um programa de governo nas três esferas, pois esse movimento poderia resolver problemas contemporâneos mais graves, como o travamento do tráfego, a requalificação da riqueza da paisagem, a oferta já existente de infraestrutura e equipamentos, todas as conhecidas vantagens de aglomeração reunidas historicamente pelas centralidades urbanas, coração das cidades.
Salvador está com o coração doente. Em muitos sentidos. O Centro Histórico ( hoje com a nova nomenclatura de Centro Antigo, alias uma expansão espacial acertada) está abandonado, desprezado fisicamente, traído conceitualmente, esquecido institucionalmente, e humilhado em sua grandeza estética apesar dos bons estudos que vem sendo feitos. Notem que estou usando os verbos utilizados nas DRs. E para completar, vem sendo trocado por outros espaços mais jovens, não importa que efeitos nefastos venham causar a cidade, como as novas aglomerações (de)emergentes na Paralela onde a circulação (do sangue) está congestionada por artérias entupidas de gordura (excesso de carros).
Para continuar as DRs de Salvador com seus habitantes não bastam artigos de jornal. Mais do que isso, é necessária uma compreensão urbanística do esvaziamento do seu centro e uma decisão política para revitalizá-lo. Levar a sério o Planejamento não apenas da sede metropolitana, mas do seu entorno. Entretanto tem ajudado falar nesses temas. Principalmente se conseguirmos, por alguma alquimia de linguagem, colocar a temática da cidade entre as coisas do coração e no dia do Amor”.

Lourenço Mueller Costa

lourencomuellerLourenço Mueller Costa est architecte et urbaniste. Il a effectué bonne part de sa carrière, à Salvador, dans l’organisme public CONDER.
Au cœur(!) des années 90, dans le cadre d’études d’architecture, L. Mueller a sillonné la France profonde, de longs mois durant. L. Mueller a récemment publié un petite fiction, hilarante, “O inventor do Carnaval” qui a pour décor le Carnaval de Bahia. Il milite également pour l’implantation de pistes cyclables à Bahia et souhaite créer un musée international de la Bicyclette à Salvador.
Ci-contre, L. Mueller, récemment, devant une sculpture de Mario Cravo Junior, dans la Galerie Paulo Darzé.
muellercosta@gmail.com

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Bicyclette, Bahia: mobilité pour tous (3)

Publié le 26 octobre 2009 par bahiaflaneur

L’organisme public (Conder) qui est appelé à centraliser les initiatives publiques et privées autour des futures pistes cyclables et du Musée de la Bicyclette était, lors de sa création en 1978, appelé de “planejamento urbano” (planification urbaine). Il comptait environ cent cinquante cadres et fonctionnaires, la plupart contrôleurs et inspecteurs. Depuis 1990, cet organisme a perdu cette spécificité de “planification” pour se focaliser dans la construction de chantiers, pour raisons politiques. La Conder est devenue une société d’économie mixte. Mais les détails de cette répartition capitalistique, même pour certains ingénieurs présents là depuis quarante ans, sont inconnus. Opacité capitaliste et propre au Nordeste mêlées. En cette même année 1990, trois grosses sociétés privées (Urbis, Inocoop et A Mesa) ont été absorbées.  Depuis ces opérations la Conder a un effectif de huit cent personnes, la plupart ingénieurs, avocats, économistes, techniciens, et de nombreux salaires sont sous-traités. Pour l’urbaniste Lourenço Mueller, idéaliste du projet de pistes cyclables, “le contraste avec la vocation et la structure initiale de  la Conder est grand”. Le président de cette Conder, subordonnée au Secrétariat d’Etat au Développement urbain (SEDUR) est nommé directement par le gouverneur de l’Etat de Bahia. En cette année de 2009, dans l’actuel troisième année du mandat de Jacques Wagner, la Conder a ainsi déja connu deux présidents. L’actuel se nomme Milton Villas-Boas et a effectué l’essentiel de  sa carrière chez le constructeur civil OAS*, tandis que l’une des principales dirigeantes est la soeur du tout-puissant directeur, bahianais, de la compagnie pétrolière nationale Petrobras, emblême numéro un du Brésil.
viaexpressaUn prochain grand chantier, gigantesque, pour l’Etat de Bahia s’annonce en 2010, la “Via Express”. La Conder s’apprête à lancer un appel d’offres, vers le privé, pour ce gros oeuvre. Mais le sort est déjà jeté. Le consortium chargé d’organiser ces futures sous-traitances est formé de Odebrecht et… d’OAS.

* Clef de voûte immobilière, créée par la famille Magalhaes, qui régna sans partage sur l’Etat de Bahia pendant trente ans.

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Bicyclette, Bahia: mobilité pour tous (2)

Publié le 26 septembre 2009 par bahiaflaneur

Les premiers échanges de correspondance (en brésilien) entre les institutions bahianaises et les représentation française à Salvador ont commencé dès cette fin de mois de septembre. Nous livrons au lecteur, donc, ici le projet de Musée international de la Bicyclette et là une correspondance. Et annonçons, par là même, la publication in extenso des courriers futurs.

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Bicyclette, Bahia: mobilité pour tous (1)

Publié le 18 septembre 2009 par bahiaflaneur

lourencoEn syntonie avec les aspirations des habitants de Salvador asphyxiés par les conséquences de la présence de 656.611 voitures immatriculées à Bahia*, voilà l’esprit du défi lancé aux sociétés civile et politique de Salvador par un groupe d’ingénieurs et architectes. Inclusion territoriale, économie, intégration, segmentation, sécurité, voilà quels seront les cinq maîtres-mots de ce projet. Pour le lancer, cet équipement urbain en pistes cyclables et en accès multiples pour les bicyclettes à Salvador et dans sa proche banlieue, l’urbaniste Lourenço Mueller** (au micro, ci-contre) avait choisi les locaux de la Compagnie de Développement Urbain (CONDER), hier vendredi 18 septembre, dans le quartier excentré de Narandiba. Une journée de débat, entre exposés des concepteurs, de consultants - venus de Rio de Janeiro pour certains -  et débats avec les différents secteurs de la Conder. Plusieurs diaporamas et films ont accompagné les interventions. Tandis que l’assistance, très majoritairement féminine, d’une petite trentaine de personnes, n’a relaché son attention, cette journée durant.

Nous choisissons ici et dès aujourd’hui de créer cette rubrique “Ciclovia” (”piste cyclable”), afin d’accompagner journalistiquement ce projet. Appuyé par le gouvernement de Bahia, ce projet intitulé “Cidade Bicicleta” n’en est qu’aux prémisses, bien que d’importantes études soient déjà en forme pour être présentées à la société civile, dès ce dernier trimestre 2009.  Une implantation de voies, pour les cyclistes de Bahia, spécifiques selon qu’elles seront utilisées par des travailleurs, des enfants ou des… flâneurs. Nous rassurons ces derniers immédiatement : le ton critique de ce blog ne sera affecté. Par épisodes, rapprochés dans la mesure du possible, nous présenterons ici les documents officiels, les avancéees concrètes du projet et des entretiens avec les différents acteurs de la “Petite Reine Bahianaise”. Le projet s’appuie sur un modèle français et européen, voudrait voir le jour lors de la Coupe du Monde de Football au Brésil (et à Salvador) en 2014 et inclura la construction d’un Musée International de la Bicyclette, implanté dans le majestueux parc de Pituaçu, à Salvador. Dès maintenant, l’ensemble des partenaires brésiliens souhaite provoquer une première phase de rencontres avec des industriels français. La route, cyclable bien sûr, sera longue !

* Chiffre du mois d’août 2009. Source : DETRAN.
** Architecte, il a étudié et travaillé en France. Et reste en contact permanent avec de nombreux collègues français.

(photo Oscar Paris © Conder)

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