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L’acteur

Publié le 19 juin 2013 par admin

godiCe qu’il est, Godi ? Tout. Acteur, essayiste, anthropologue, directeur de troupe de théâtre, professeur universitaire, “fou” de reggae, militant de la cause noire, fils de syndicaliste… Très bel homme, aussi, disent les Bahianaises…
À l’occasion du lancement de son dernier long métrage - Jardim das Folhas Sagradas -, fin 2011, Godi nous avait très longuement reçu dans sa demeure, au nord de Salvador… Entre deux assiettes de feijoada et un verre de bière (”Ah, vous les Français, vous buvez peu !”), nous avions cliqué…

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Le cinéaste

Publié le 18 juin 2013 par admin

andreluizoliveira13062013bIl vit depuis 1991 à Brasilia. Son premier long métrage, en 1969 - Meteorango Kid. O heroí intergalático - reçut les louanges de la critique et reste juqu’à aujourd’hui une marque du cinéma d’avant-garde au Brésil. Plus tard, il fera un autre film, dont le directeur de la photo sera un certain… Mario Cravo Neto.
Il était de passage à Salvador à l’occasion de l’anniversaire de naissance du poète Fernando Pessoa, dont il a mis en musique les 44 poèmes de “Mensagem”  - qu’il présente scéniquement depuis une vingtaine d’années… Et venait également montrer son dernier film, “A Mensagem de Fernando Pessoa - Mito e Música”*.
À peine la guitare lâchée, il a accepté de poser pour ce portrait.

* (Portugal/Brasil - 2012/2013 - 60 minutes)

La filmographie de A. L. Oliveira :
http://www.revistazingu.blogspot.com.br/2009/07/dalo-filmografia.html

Une interview en portugais (revue Zingu), hébergée récemment dans le blog d’un autre cinéaste de Bahia, Jorge Alfredo:
http://cadernodecinema.com.br/blog/andre-luiz-oliveira/

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« Simplement Pedro », par Cláudio Luiz Pereira

Publié le 29 avril 2013 par bahiaflaneur


pedroagostinhokamayuraComment se fait un anthropologue ? La réponse est simple : à travers un apprentissage anthropologique, qui peut être court ou long, superficiel ou profond, profus ou diffus, dépendant beaucoup d’une dédication personnelle infatigable, et, surtout, de qui le candidat va s’approcher au long de sa carrière professionnelle.
Pour moi le goût pour l’anthropologie vint d’une impulsion intérieure inexplicable, bien que devenir anthropologue fut un travail ardu, qui dépendit, presque toujours, de nombreuses choses terribles et compliquées dans la vie académique, pour laquelle je n’ai jamais senti la vocation. Pour cela même avoir rencontré Pedro Agostinho, vers le début des années 80, au Museu de Arqueologia e Etnologia de l’Université Fédérale da Bahia (MAE*) fut capital pour ma formation, jeune fasciné par cette obscure chose qui se nomme anthropologie. Déjà là, la figure de Pedro réunissait des qualités admirables et étonnantes, bien en accord avec les héros fondateurs de notre discipline.
Pedro Agostinho, pour moi, est un des ultimes romantiques de l’anthropologie brésilienne. Il fut un personnage héroïque en un temps où les personnalités se bureaucratisaient chaque jour un peu plus. Avec la « rigueur de la discipline », immergée en des curriculum académiques fourbes, les charismatiques prophètes d’inoubliables trouvailles furent substitués par des sacerdotes médiocres pleins d’erreurs solenelles et bizarres. La fatuité de ces personnes, d’ailleurs, se maintient sur des piédestals vides de chaires qui n’enseignent rien, ou presque rien. Ils forment seulement des petites églises où aucun saint n’est imploré.
Dans ma mémoire la plus vive, Pedro apparaît vêtu de l‘habitus de la discipline. Cheveux aux quatre vents, touffue barbe blanche, gilet kaki sur la chemise, carnet de note dans une des poches, stylos plein les mains, observant tout, attentif avec un œil inquisiteur, écoutant avec attention ses informateurs. Et là, il absorvait les choses en des conversations délicieuses, et avec elles construisait des structures suspendues, déplacées par d’osés moulins à vents théoriques : choses que seuls les anthropologues font, quand ils sont vraiment anthropologues.
Pedro, toujours, un être inquiet intellectuellement, et, au-delà de tout, maintenait un rare sens de la justice. Hors de cela, c’était un technicien dans la technique (… et un fou hors d’elle, comme l’a écrit un célèbre poète portugais) affairé à former de nouveaux intellectuels, moi et tant d’autres qui eurent la chance de le connaître à l’université et de l’approcher.
Dans ma mémoire s’amplifient d’innombrables de ses gestes de solidarité désintéressée. Pedro était quasiment un franciscain qui respectait son vœu de pauvreté. Il n’était rare de le voir se montrer austère, au détour d’une quelconque dépense excessive et superflue. Il ne devint pas riche, en un temps où même les anthropologues devinrent aisés.
Pedro, comme son propre père, était Agostinho. Il grandit dans un monde particulier, plein de récits et d’arguments, d’ici et d’outre-mer. Plein de livres et de lettres d’un père qui prônait un humanisme moderne pour des êtres humains réels. Comme enfant, Pedro fut jaloux d’aventures. Comme anthropologue, il fut toujours un militant en défense de l’homme, non pas un homme abstrait, mais celui bien réel et concret, abandonné injustement en une terre dévastée.
Humaniste belliqueux, Pedro était un enfant versé dans les arts de la guerre. Son dossier de contentieux, duquel il parlait avec orgueil, était énorme : il se disputa avec le pouvoir institué et ses mandataires mesquins, y compris des recteurs de notre propre université. Il entra en conflit, aussi, contre les latinfudiarios et à faveur des opprimés, défendit les droits imémoriaux, fructifia l’émergence des peuples indigènes de Bahia, rendit possible des tribunes de manière à donner la voix à des peuples hier subalternes. Pedro est, sans aucun doute, l’artifice de toute l’ethnologie bahianaise contemporaine.
rosapedroagostinhoFasciné par l’indigénisme, il se rendit au Xingu dans les années 60, orienté par un autre anthropologue charismatique, qui fut Eduardo Galvão**. Pedro, d’ailleurs, me nommait « Crôudio », comme il disait que les indiens appelaient mon homonyme des frères Villas Bôas. « Crôudio… » ainsi commençait-il, et voici que maintenant viennent à ma mémoire les nombreux récits racontés en fin d’après-midi au MAE-UFBA. Une fois il me conta l’histoire du magazine Veja qu’il emporta au Xingu, et qui narrait et montrait l’arrivée de l’Homme sur la Lune. La revue fonctionna comme une preuve que la mythologie indigène est en symbiose avec l’ordre du monde, devenant un objet d’un grand capital symbolique, circulant parmi toutes les tribus. Une autre fois, il me conta que lui et Rosa***, son inséparable compagne, une des plus importantes linguistes brésiliennes, revenaient d’un voyage au Xingu, se dépêchant, pour prendre un avion pour Brasilia. Il me dit que la Wolkswagen Coccinelle dérapa et tomba dans un fossé latéral à la voie. Ils sortirent du véhicule et Rosa dit : « Seul un miracle nous sauve ! Seul un miracle nous fera avoir l’avion ! ». Alors, ils virent s’approcher un Kombi, d’où sortirent huit haltérophiles qui se rendaient à une compétition, qui prirent la Coccinelle du bout des doigts, comme il me l’expliqua, et posèrent l’automobile sur la route. Et il y eut aussi l’épisode des nombreux cafards sauvages qu’il mangea durant les repas nocturnes « tu prenais le poisson, le mettait dans la bouche, et quand tu sentais un «crack » et un goût salé… ». Pedro était ainsi, un fagot de récits drôles racontés avec UNE éloquence inégalable. Pedro était ainsi même : cet être-luso, démiurge bambin, un esprit jovial à la recherche de son gai savoir.
Je ne peux oublier, de plus, que ce fut à travers Pedro que j’ai publié mon premier article anthropologique. Ce fut dans la revue «Indio na Bahia», publiée par la FCEBA, et c’était sur les indiens Tuxá, qui vivaient alors persécutés par la construction du Barrage d’Itaparica (au nord-est de l’Etat de Bahia). Cette même année, d’ailleurs, avec Gustavo Falcón, je fis un intéressant entretien avec Pedro, publié dans la «Revista da Bahia». Pedro était, ainsi, un homme qui procurait des opportunités aux néophytes.
Les anthropologues savent combien ils doivent être zélés avec leurs filiations intelectuelles. L’anthropologie, comme un village utopique formé de personnes anthropophages, observe obligatoirement un respectueux culte à ceux qui représentent son esprit de grandeur et sa stricte discipline scientifique, puisque c’est cela qui la rend tant incisive socialement, et aussi tant ardue personnellement.
Pour moi, pour tout cela, Pedro a, indiscutablement, une place garantie dans notre panthéon majeur des icônes de l’anthropologie brésilienne.

* MAE : Museu de Arqueologia e Etnologia, fondé il y a exactement trente ans. Cet article a paru dans le Boletim Informativo do MAE, numéro 4 - Ano 1, daté abril/mai 2013, à Salvador. L’auteur de l’article est également le rédacteur en chef de ce Boletim (8 pages), édition spéciale sur Pedro Agostinho. Nous l’avons traduit, ci-dessus, de manière inédite.
**Eduardo Enéas Galvão, 1921-1976.
**Rosa Virginia Mattos e Silva (décédée en juillet 2012), avec qui il eut quatre enfants : Olavo, Oriana, João Rodrigo et Lianora Mattos Silva. Une biographie autorisée, en 2009:  “Rosa Virgínia Mattos e Silva: fragmentos biográficos” (Editora Quarteto).

Peuple indigène : Kamayurá

www.mae.ufba.br

http://buscatextual.cnpq.br/buscatextual/visualizacv.do?metodo=apresentar&id=K4787682A2

Note brève sur Pedro Agostinho da Silva, par Ordep Serra

(…) Il ne fut pas seulement le grand iniciateur des études systématiques des indiens du Nordeste brésilien. Il écrivit un classique de l’ethnologie sur les peuples du Xingu, son magnifique Kwaryp, un livre aujourd’hui encore marquant, indispensable aux spécialistes de cette aire, et fit une étude pionnière sur les voiles du Recôncavo, par exemple. Son travail infatigable dans le sens de préserver l’héritage de Valentin Calderon et son engagement à fomenter l’intérêt pour la recherche archéologique furent décisifs pour l’UFBA et pour Bahia : sans lui, nous n’aurions rien dans ce domaine.
Le Museu de Arqueologia e Etnologia da Universidade Federal da Bahia, en grande mesure, lui doit l’existence et la permanence. Il l’enrichit avec une précieuse collection et en fut longtemps sa colonne vertébrale. Pour cela et pour bien plus encore, il mérite de l’UFBA, de Bahia et du Brésil tous les hommages.

Ordep Serra, professeur retraité, du Département d’Ethnologie et d’Anthropologie de l’UFBA.

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Gideon Rosa, “incandescent” Clov

Publié le 26 avril 2011 par bahiaflaneur

gideonrosablog
Clov (Gideon Rosa) et Hamm (Harildo Déda)

Clov a oublié l’échelle. Clov en a oublié la présence, momentanément, en un éclair de temps. Il se ravise, la rejoint et se hisse sur l’une de ses marches intermédiaires. Clov vient tirer le rideau qui obstrue une fenêtre haut perchée, à portée de main, sans même le regarder. Puis Clov, avec ses boots éculés qui raclent et heurtent les aspérités du sol, viendra enfouir son grand torse, et courber ce corps bancal, le plier presque, par deux fois, par les couvercles semi-ouverts de deux énormes barrils. Alors, ses deux rires carnassiers, immémoriaux par leur tonalité unique, qui résonnent, seuls, du fond des barrils, soudainement, seront venus briser le silence, notre silence « très peuplé », ce temps suspendu de ces quinze premières minutes de cette Fim de Partida.

« Solitude qui rayonne, vide du ciel, mort différée »*. Le visage de Clov nous apparaît tantôt las, tantôt exténué. Au-delà d’une résignation. Son bras droit, de tant harassé, pend le long de son corps. Courbatu, ce corps. Fléchie, cette épaule droite. Grise, cette peau. Cette épaule droite, comme déboitée, qui semble happer et entraîner son corps tout entier vers le sol. Ce corps, comme une loque déhanchée, qui flotte dans un pantalon élimé, comme pendu à deux bretelles. Déséquilibre du torse. Une vie ténue, semble-t-il. Ce regard qui n’affronte que le plancher. Pour regarder, enfin, la première fois, Hamm, il faudra à Clov attendre, plus loin dans cette journée qui n’en finit pas de s’étirer sous nos yeux, la question du vieil aveugle sur sa chaise : « Pourquoi vous ne me tuez pas ? ».

Par les méandres incroyablement subtils de ses gammes d’acteur qui s’ouvrent comme une corolle, Gideon Rosa, qui interprète Clov - le « révélateur » de cette pièce - saura percer l’armure de la vie, deux heures plus tard, et nous mener, quelquefois drôlement, à la canopée qui le délivrera tragiquement. Gideon Rosa, ce minéral taillé dans les perplexités de Clov, qui se faufile subrepticement, devant nous, dans le dédale et l’entrelacs des mots beckettiens, pour affronter le péril de l’Autre, le percer et le vaincre, chaque soir. Oui, Gideon Rosa, une éternelle incandescence ineffable.

* in L’Écriture du désastre, de Maurice Blanchot. La traduction de la pièce de Beckett, aux éditions Cosa & Naify est de Fábio de Souza Andrade qui est professeur de théorie littéraire à l’Université de Sao Paulo et auteur de  “O Engenheiro Noturno - A Lírica Final de Jorge de Lima” (Edusp).

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