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Construction civile: 83% de noirs, sans être au noir…

Publié le 31 janvier 2013 par bahiaflaneur

C’est une étude ample et précise, commandée par la Federação dos Trabalhadores na Indústria da Construção e da Madeira no Estado da Bahia (FETRACOM-BA) qui prétend analyser le marché du travail dans le secteur de la construction civile. Rendue publique en janvier 2013, ses résultats montrent clairement l’augmentation du marché formel du travail dans ce secteur.
À Bahia, ainsi, entre 2000 et 2010, le nombre de personnes déclarées et salariées est passé de 80.280 à 164.732 (p.12 du document), soit une augmentation de plus de 105%.
Plus de la moitié des travailleurs (salariés, intérimaires, etc.) de ce secteur, au niveau national comme à Bahia, en 2010, était payé entre 1 et 2 salaires minimuns (678 reais en février 2013).  La situation s’aggrave pourtant à  Bahia où 13% des “occupés” ne dépassent pas le demi-salaire minimum quand ce pourcentage est de 5,8% au niveau national. De 2 à 5 salaires minimum, seuls 10% du secteur en est pourvu à Bahia, tandis que 20% des travailleurs, au niveau national, le touchent.
Durant ces quelque dix années, les personnes “noires” ont augmenté leur participation dans le secteur, à Bahia, de 51,6%, tandis que cette augmentation fut de 59,8% dans le pays (tabela 1.7, p.13). Mais la proportion de “noirs” embauchés et travaillant dans la construction civile,à Bahia, est de 83%, alors qu’elle n’est que de 60% au Brésil.
Une analyse en demi-teinte, donc, certes encourageante pour la croissance, mais Bahia reste toujours à la traîne de la Fédération… Avec encore beaucoup trop souvent d’inadmissibles et évitables terribles accidents du travail

Les enquêteurs ont utilisé les données démographiques sur l’emploi fournies lors des deux derniers recensements démographiques (2000 et 2010) par l’IBGE – Instituto Brasileiro de Geografia e Estatística et par les études de Pesquisas de Emprego e Desemprego (PED), produites par le DIEESE (Departamento Intersindical de Estatística e Estudos Socioeconômicos, fondé en 1955) et par la Fundação Seade (Fundação Sistema Estadual de Análise de Dados) référents à 2000 et 2011.

- La Fetracom-Ba

- Le rapport (43 pages, en PDF, en portugais).

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Cette fenêtre, par Ruy Guerra

Publié le 02 août 2012 par bahiaflaneur

C’est un très beau texte, que nous traduisons ici. Comment un cinéaste et scénariste prestigieux, également parolier, Ruy Guerra - né au Mozambique - qui a tourné principalement au Brésil où il vit depuis plus de cinq décades, se perçoit-il via la langue portugaise? Il dit ici son “écartèlement” entre des cultures et souhaite “se rencontrer lui-même dans cette abstraction”.
Un texte que j’ai découvert dans le catalogue méticuleusement édité par la Cinemateca Portuguesa (64 pages, grand format), à Lisboa, à l’occasion du Ciclo sur les films de Ruy Guerra  proposé entre le 25 mars et le 9 avril 1999. Ce catalogue - le tout dernier des 1.000 exemplaires - était par chance encore disponible à Lisbonne en 2011, lors du voyage d’une amie, là. Il y est spécifié que cette chronique alors inédite, serait dans l’année l’un des chapitres du livre “20 navios” (20 navires - non traduit en France) publié alors par Editoral Caminho à Lisboa, par le cinéaste “portugais”.
(Note : nous déplorons l’absence apparente, en ce début de XXIe siècle, de livres, biographies, études, essais, actualisés et conséquents, et cela quelque soit la langue, pour revenir sur la totalité de l’oeuvre d’un artiste aussi important. C’est d’ailleurs à partir de ce vide livresque abyssal constaté au Brésil que nous avions demandé, effarés, le catalogue lisboète. De la même manière, sur internet, il ne semble exister le moindre article ou essai dense pour évoquer cet artiste, (sauf exception : p. 39) Avis aux journalistes, traducteurs et éditeurs en manque de sujet !)
Après avoir tourné il y a sept ans avec le grand-chef opérateur Walter Carvalho, le metteur en scène dirige, depuis le 7 juilet 2012, la pièce de théâtre “Exilados” (Exiles), de James Joyce, au “Solar de Botafogo”, à Rio de Janeiro. Une manière de ne pas oublier, pour celui qui fut l’ami des cinéastes français, entre autres Georges Rouquier, J.-D. Pollet et Pierre Kast, qu’il étudia aussi les arts de la scène, au TNP, à Paris, entre… 1954 et 1956. En 2013, R. Guerra projette une nouvelle pièce autour de Fernando Pessoa et sera aussi acteur dans le nouveau long-métrage de Lírio Ferreira, “Sangue azul”.
(Bahiaflâneur, le jeudi 2 août 2012)
(Photos : auteurs non identifiés)

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Cette fenêtre

C’est la fenêtre d’un quatorzième étage.
De cette fenêtre je vois des Tziganes, des Portugais, des Cap-Verdiens, des Angolais, des Brésiliens. Je les identifie par la mémoire lorsque également je pars, là, à la quête.
De cette fenêtre, en mes nuits prolongées, je vois le vert du bois rongé par les premières barraques de zinc d’une favela naissante, et loin, avec des brillances chaque jour distinctes, les eaux du fleuve.
D’ici, de cette fenêtre, le bras droit figé par la douleur aigüe d’une foulure, pendant le cerveau somnolent s’étire et ouvre lentement les cellules à la lumière d’une éventuelle quelconque idée, je regarde cette ville, nouvelle pour moi, de ce pays que je connais seulement par les livres et parce qu’il me fût conté par mes parents depuis mon enfance.
De cette fenêtre, je regarde Lisbonne.
Non pas tout Lisbonne, ni même une partie représentative et ni certainement le plus important, s’il y en a un tel. Seulement cet espace infime.
Mais ici depuis cette fenêtre, fumant le mégot amer d’un cigare sans marque des Canaries, nostalgique du Pimentel Numero Dois Escuro, de Cruz das Almas*, compagnon de tant d’insomnies, je cherche à comprendre ce que veut dire être sur le Vieux Continent.
J’ai déjà beaucoup parcouru ces terres, par ces pays dits développés, mais toujours avec l’évidente certitude d’être quelqu’un en transit.
Aujourd’hui, d’ici, de cette fenêtre, je cherche une émotion différente : me convaincre que l’ici, maintenant, a l’éternité d’un choix. Mais je sais que je me trompe, pour peu que cette fenêtre m’amadoue et que le paysage ne m’agresse. Il faudrait me déchirer, effacer mémoires et tristesses, échanger des émotions d’accent, transformer des sentiments en froids raisonnements. Ou bien renaître, ce qui ne se produit que dans les novelas.
Comme tout Portugais, même de seconde classe par la stigmate coloniale, je suis né émigrant. Et comme tant d’autres, j’ai accompli la fatalité et j’ai parcouru le monde.
Moi, pour qui la nationalité fut toujours un sentiment repoussé et seulement un passeport bleu, tamponné par la honte de l’histoire du salazarismo, je vis maintenant la violente nécessité de vouloir me trouver dans cette abstraction.
C’est cela que je cherche, ici depuis cette fenêtre.
Car il n’est pas possible de simuler que je suis mozambicain, si je ne suis pas retourné vers les pourpres acacias de mon enfance et si je n’ai accepté le quotidien incertain de l’Indépendance. Et pourtant je sais que je suis mozambicain.
Car il n’est pas possible de simuler que je suis brésilien, même si j’ai accumulé des décades vert-jaune dans ma chair, même si j’ai eu des filles et des passions brésiliennes, même si c’est dans les eaux du Tatuari** dans une aube de brumes où j’aimerais que fussent lancées mes cendres. Et pourtant, je sais que je suis brésilien.
Car il n’est pas possible de simuler que je suis portugais, et j’ai toujours fui de cette métropole distante qui marqua ma jeunesse par le fer et par le mépris, cinq écussons sur la poitrine et le bras étendu sur la Praça Mouzinho de Albuquerque. Et pourtant, je sais que je suis portugais.
D’ici, de cette fenêtre, quand la nuit vient et que Lisbonne pulvérise en ses lumières anonymes de grande ville [bien qu'encore je peux m'imaginer à Maputo, Havana, Rio de Janeiro] ou quelque autre ventre, je sais maintenant que je ne peux plus me tromper, car je suis inexorablement seul avec ma schizophrénique latinité-africanité.
Comme il est douloureux d’être un éternel écartelé, un éternel étranger à l’intérieur de soi-même, “attaché au propre cadavre”.
Il me reste la langue comme patrie, comme au poète.
Et le sentiment du monde, comme à un autre.
C’est beaucoup.
Je dirais que c’est excessif.
Il me reste cette fenêtre.

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* Cigare de la fabrique C. Pimentel & Cia (créée en 1937, à  Maragogipe, à Bahia). À la fin des années 1930, leurs immeubles ont été acquis par la marque
Suerdieck, toute-puissante  alors. Pimentel fut fermée en 1990. Cruz das Almas est un village, proche de Cachoeira, clef pour la production de cigares. Pimentel Numero Dois Escuro, l’un des types de cigare, peut se traduire par “Numéro 2 très foncé”.
** Rio Tatuari. Fleuve Tatuari, qui se trouve dans les terres du Parque Nacional do Xingu (2,8 millions d’hectares, périmètre de 920 km), au nord de l’Etat du Mato Grosso. R. Guerra a tourné “Kuarup”, en 1989, à partir du célèbre roman homonyme de Antônio Callado.  Kuarup est un rituel des indigènes du Parque do Xingu pour rendre hommage aux morts. Des troncs, appelés “kuarup”, sont la représentation concrète de l’esprit des morts. Un récit du tournage du film de R. Guerra a été publié par la revue mensuelle brésilienne
Piaui, rédigé par l´actrice Fernanda Torres, dans le numéro d´avril 2012, sous le titre “Minha cerimônia do adeus”. Le cinéaste y est décrit comme un “un homme charismatique, un joueur à l´âme de révolutionnaire, figure impaire”.

ruyguerra2012

Ruy Guerra et la directrice de l'Escola De Cinema Darcy Ribeiro, où il enseigne depuis quelques années.

Esta janela

É a janela de um décimo quarto andar.
Desta janela eu vejo ciganos, portugueses, cabo-verdianos, angolanos, brasileiros. Eu os identifico pela memória de quando também ando por lá rastejando.
Desta janela, nas minhas tardias madrugadas, eu vejo o verde da mata roído pelas primeiras barracas de zinco de uma incipiente favela, e longe, com brilhos cada dia distintos, as águas do rio.
Daqui desta janela, o braço direito fisgado pela dor aguda de uma talvez bursite, enquanto o cérebro sonolento se espreguiça e abre vagarosamente as células à luz de alguma eventual ideia, eu olho esta cidade nova para mim, deste país que eu só conheço pêlos livros e por que me foi contado por meus pais desde a minha infância.
Desta janela, eu olho Lisboa.
Não toda a Lisboa, nem o pedaço mais representativo e nem certamente o mais importante, se é que há um. Apenas este ínfimo pedaço.
Mas aqui desta janela, fumando a guimba amarga de um charuto sem marca das Canárias, nostálgico do Pimentel Número Dois Escuro, de Cruz das Almas, Bahia, companheiro de tantas insónias, procuro compreender o que é estar no Velho Continente.
Já andei muito por estas bandas, por estes países ditos desenvolvidos, mas sempre com a certeza inequívoca de ser alguém em trânsito.
Hoje, daqui desta janela, eu busco uma emoção diferente: convencer-me de que o aqui, agora tem a eternidade de uma escolha. Mas sei que estou me enganando, por muito que esta janela me acarinhe e que a paisagem não me agrida. Seria preciso rasgar-me muito fundo, apagar memórias e tristezas, trocar emoções de sotaque, transformar sentimentos em raciocínios frios. Ou renascer, o que só acontece nas novelas.
Como todo português, mesmo de segunda classe pelo estigma colonial, nasci emigrante. E como tantos, cumpri a fatalidade e saí mundo afora.
Eu, para quem a nacionalidade foi sempre um sentimento adiado e apenas um passaporte azul, carimbado pela vergonha histórica do salazarismo, vivo agora a violenta necessidade de querer me encontrar dentro dessa abstração.
E isso que eu busco, aqui desta janela.
Porque não dá mais para fingir que sou moçambicano, se não voltei para as acácias rubras da minha infância e não aceitei o cotidiano incerto da Independência. E no entanto sei que sou moçambicano.
Porque não dá mais para fingir que sou brasileiro, mesmo se acumulei décadas de verde-amarelo na carne, mesmo se tive filhas e paixões brasileiras, mesmo se é nas águas do Tuatuari num amanhecer de brumas onde eu gostaria que fossem lançadas as minhas cinzas. E no entanto, sei que sou brasileiro.
Porque não dá mais para fingir que sou português, se sempre fugi dessa metrópole distante que marcou a minha juventude a ferro e desprezo, cinco quinas no peito e braço estendido na Praça Mouzinho de Albuquerque. E no entanto, sei que sou português.
Daqui desta janela, quando a noite chega e Lisboa pulveriza nas suas luzes anónimas de cidade grande [ainda que possa me imaginar em Maputo, Havana, Rio], ou qualquer outro ventre, sei agora que não posso mais me enganar, porque estou inexoravelmente só com a minha esquizofrênica latino-africanidade.
Como é doloroso ser um eterno esquartejado, um eterno estrangeiro dentro de si mesmo, “amarrado ao próprio cadáver.”
Me resta o idioma como pátria, como ao poeta.
E o sentimento do mundo, como a um outro.
É muito.
Eu diria que é demasiado.
Me resta esta janela
.

Quelques entretiens publiés en français et en espagnol:
- Tessier, Max, « Entretien à Ruy Guerra », in Le « Cinéma Novo » brésilien. Études Cinématographiques, [MCMLXXII], nº93-96, Paris, Lettres Modernes, Minard, 1972.
- Entretien avec J.A. Fieschi et J. Narboni, in Cahiers du Cinéma (Paris), avril 1967
- Entretien avec Rui Nogueira, in Image et Son (Paris), décembre 1974.
- Entretien avec Michel Ciment, in Positif (Paris), June 1983.
- Entretien avec Serge Toubiana, in Cahiers du Cinéma (Paris), décembre 1983.
- Entretien avec Luciano Castillo in Cine Cubano (Habana), no. 134, 1992 : “Ruy Guerra: sonar con los pies sobre la tierra”.

Deux articles publiés en français :
- “Guerra au ralenti”, in Libération, 21 novembre 1983, par Serge Daney.
-  “Ruy Guerra, La  Plage du désir (Os Cafajestes)”, in Libération, 7 juin 1984, par Serge Daney.
Ces deux articles figurent dans le volume “La maison cinéma et le monde - 2. Les Années Libé 1981-1985, édité en 2002 par P.O.L. et Trafic, établi par Patrice Rollet avec Jean-Claude Biette et Christophe Manon.

Une monographie-catalogue publiée à São Paulo :
Organisée par Dolores Papa, à l’occasion de la mostra “Diretores Brasileiros - Ruy Guerra, filmar e viver”, réalisée en août 2006 au Centro Cultural Banco do Brasil, à São Paulo ; 112 pages ; MD Banco do Brasil.

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Sarra (1933-2012), “brasier du cinéma et de l’amour”

Publié le 20 avril 2012 par bahiaflaneur

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P. C. S., janvier 2011.

Il filmait depuis 1957 et scénarisait depuis 1952. Paulo Cezar Saraceni, “Sarra” pour ses amis proches, naquit à Rio de Janeiro, et vécut toujours là. Mais l’amitié, pour celui qui fut l’un des fondateurs du cinema novo, lui fit bien sûr oublier les frontières internes au Brésil. Ainsi, le meilleur ami de cet “homme à femmes” et séducteur invétéré ne pouvait être autre que le bahianais Glauber Rocha. Retour en trois temps sur cette amitié avec Bahia.
- Nuit du 6 juin 1981. Le père de Glauber, Adamastor Bráulio Silva Rocha, meurt à Rio de Janeiro, dans le quartier d’Ipanema, à l’hôtel Arpoador. Glauber appella alors “Sarra”, vers deux heures du matin. Ce dernier rencontra la mère de Glauber très énervée, qui lui demanda de convaincre Glauber qu’il laisse retirer le corps du père de l’appartement, car les voisins le souhaitaient. Glauber expulsa alors tout le monde de la chambre du défunt, à l’exception de Sarra. Et demanda à l’ami cinéaste de raconter, à voix haute devant le cadavre,  son dernier scénario écrit qui contait l’aventure de la “Coluna Prestes”, qui fut la grande frustation de Adamastor, emprisonné dès le début de la révolte menée par Prestes et empêché de fait d’y participer. À l’écoute, “Glauber pleura et vibra avec le récit du scénario et seulement à la fin de celui-ci, il permit qu’on emmène le corps de son père”, selon les paroles mêmes de Sarra.
- Août 1983. C’est Paulo Cezar Saraceni qui fut choisi, avec Leon Hirzman, pour filmer, à Rome, le documentaire relatant les shows triomphaux d’un groupe formé par Caetano Veloso, Dorival Caymmi, Naná Vasconcelos, Batatinha, João Gilberto, Gal Costa, Moraes Moreira, quasiment tous bahianais. “Bahia de todos os sambas” reste ainsi pour l’éternité cinématographico-musicale.
- À la fin de sa - courte - vie, Glauber Rocha aimait rappeler : “J’ai appris de multiples choses avec mes amis, mais Saraceni me conduisit au brasier du Cinéma et de l’Amour”.

La semaine dernière, lors de la très longue veillée funèbre, dans le splendide cadre du Parque Laje, pas un ou presque de la génération du cinema novo ne manquait. Au premier rang desquels le plus grand acteur brésilien vivant, Othon Bastos, qui déclara : “La seule chose que je peux dire en ce moment est que nous vivons avec lui. Et qu’il vécut avec nous. Nous avons eu des moments merveilleux. C’était un ami cher (belo amigo), un homme parfait, d’un grand esprit. Il laisse une oeuvre à étudier”.

* La Coluna Prestes fut une longue marche organisée, entre 1925 et 1927, par le militaire Luiz Carlos Prestes, formée de 1.500 militaires et civils, à travers les contrées intérieures du Brésil,  qui appelait à la révolution contre le gouvernement fédéral.

(photos de Mônica Imbuzeiro et Droits Réservés).

Un metteur en scène, Ricardo Miranda, a tourné en 2007 un documentaire sur la trajectoire de Sarra: “A etnografia da amizade”.  La filmographie de P. C. Saraceni, qui avait également publié sa formidable autobiographie en 1993, “Por Dentro do Cinema Novo”, aux éditions Nova Fronteira, est ici:
http://pt.wikipedia.org/wiki/Paulo_C%C3%A9sar_Saraceni

http://blogs.estadao.com.br/luiz-zanin/morre-o-cineasta-paulo-cezar-saraceni-1933-2012/

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Hirosuke Kitamura: “Je fais une photo monocolore plus colorée”

Publié le 01 février 2012 par bahiaflaneur

oskejanvier2012Hirosuke Kitamura vint s’asseoir, se lover presque, dans le grand sofa du modeste salon de l’hôtel qui fait face au port de Barra, en cette fin de matinée du mardi 24 janvier 2012, à Salvador. Rasé de près, l’état de relâchement de l’homme aux cheveux de jais nous impressionna, à quelques jours de sa première grande exposition individuelle, hors les frontières latines. Précisément à New York, dès ce mercredi 1er février au soir, jusqu’au 28 avril prochain, dans la grande salle de la 1500 Gallery. Le commissaire de l’exposition, au beau titre de “Hidra”, est le plasticien Miguel Rio Branco, dont nous  traduisons ci-après le texte, inédit, de présentation de “Hidra”.
À voir cet ensemble pictural magnifique, nous reviennent en mémoire ces mots :” Il n’y a pas d’art qui ne soit une libération d’une puissance de vie. Il n’y a pas d’art de la mort, d’abord. (…) L’artiste, c’est celui qui libère une vie, une vie puissante, une vie plus que personnelle”.*

BF: Oske, quelles furent les étapes qui ont précédé la sélection finale des onze photographies-séquences?
HK: J’ai adressé quatre centaines de photographies, toutes prises en moyen format, à Miguel Rio Branco. Très rapidement, son regard a mis de côté une petite cinquantaine de photos. Et à prendre connaissance de ce premier tri, j’ai immédiatement vu que le choix de Miguel correspondait exactement à ma sélection mentale initiale. Puis nous avons ensemble opté, dans son atelier, pour les quatorze images finales.

Comment pourriez-vous décrire l’idée qui sous-tend “Hidra” ?
Comme deux éléments noués, la sensualité et le spiritualisme. Par exemple avec le dyptique, qui ramène à l’univers du candomblé. L’univers de la nuit, comme cadre temporel. Car la nuit, l’image, pour moi, est plus propre, d’une certaine manière. Esthétiquement, visuellement, je préfère la nuit. Je fais une photo monocolore plus colorée (”monocolor mais colorida”). Où l’allégorie, la souffrance, le plaisir, la tristesse, la joie, tous mêlés, sont présents. C’est cette Bahia que je vois, telle, chaotique. Pour résumer, je peux apparenter “Hidra” à la figure du bicho de sete cabeças (l’hydre à sept têtes).

En quel espaces citadins ces images furent-elles effectuées?
À l’exception d’une image faite en Inde, au cœur des années 2000, elles furent, toutes, prises à Bahia.

Quelle sera la taille des tirages exposés?
Le dyptique et le tryptique seront composés de carrés d’un mètre de côté chacun. Tandis que les neufs tirages individuels font 1,20 m x 1,20 m. Aucun d’entre eux, tous tirés sur papier mat Fuji C-matte, ne sera sous verre.

Les Brésiliens verront-ils cette exposition en 2012?
Il est fortement question d’un partenariat de la galerie de New York avec la FaunaGaleria, pour une date à São Paulo, en juillet 2012. Là, devraient s’y ajouter neuf grands tirages, sélectionnés également avec Miguel Rio Branco.

* Gilles Deleuze. “Abécédaire : R comme Résistance”.
Note de BF: Oske est le diminutif/surnom de Hirosuke.

OSKE BAHIA

Quelque chose, en sourdine, advient à chaque instant. Fantômes entre le sexe et la mort, fragments de séduction qui divaguent entre des mondes perdus. La sexualité est transparente, fuyante, et s’envole en fumée sous nos doigts. Comment définir cette sexualité en un lieu où le corps est tout, matériel et consommable? Et ici elle devient fanstasmagorique. Comme dans les contes japonais immémoriaux, il existe un autre monde, mais elle est ici, à nos côtés. Ces images deviennent passage du temps, immatérielles, hors d’une époque définie.
L’intéressant dans la création, dans l’art, réside dans l’individualité réaffirmée de chacun. Ceci est de plus en plus difficile en un monde dominé par la propagande, la publicité, le marketing. Le portrait des créateurs apparaît de moins en moins à travers leurs œuvres. Tout est business, rien n’est personnel. Ici, en ce qui est vu, tout est personnel, vécu et senti. Tout est personnel. Ce sont des différences essentielles en ces temps d’aujourd’hui où l’image photographique devient de plus en plus distante de ce qui est montré.
Mais en art ce qui doit être montré est l’âme et non le thème. Ici les thèmes se diluent et se métissent. Nous ne restons prisonniers d’un lieu ou d’un moment dans le temps, nous passons à une autre phase. Une phase qui nous conduit à un autre espace, un autre monde, une limbe.
Pourtant, au fond, apparaissent des peaux, des doigts, des seins, des sexes, des habits, qui se transforment en masques, offrandes, lumières et sueurs bahianaises montrés par un japonais qui un jour vint à Salvador.

Miguel Rio Branco

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OSKE BAHIA
Algo em surdina surge a cada momento. Fantasmas entre o sexo e a morte, pedaços de sedução que divagam entre mundos perdidos. A sexualidade é transparente, fugidia, e se esfumaça debaixo de nossos dedos. Como definir essa sexualidade em lugar onde o corpo é tudo, material e consumível? E aqui ela se torna fantasmagórica. Como nos contos japoneses de sempre, existe um outro mundo, mas ele está aqui junto a nós. Estas imagens se tornam passagem de tempo, imateriais, fora de qualquer época.
O interessante na criação, na arte, fica na individualidade reafirmada de cada um. Isto está cada vez mais difícil em um mundo dominado por propaganda, publicidade, marketing. Cada vez menos aparece o retrato daqueles que criam através de sua obra. Tudo é business, nada é pessoal. Aqui, no que é visto, tudo é pessoal, vivido e sentido. Tudo é pessoal. São diferenças essenciais onde hoje a imagem fotográfica se torna cada vez mais tecnicamente distante do que é mostrado.
Mas em arte o que têm de ser mostrado é a alma e não o tema. Aqui o os temas se diluem e mestiçam. Não ficamos presos a um lugar ou um momento no tempo, passamos para outra fase. Uma fase que nos faz ir para outro espaço, um outro mundo, um limbo.
Porém no fundo aparecem peles, dedos, seios, sexos, roupas que se transformam em máscaras, oferendas, luzes e suores baianos mostrados por um japonês que um dia chegou em Salvador.
Miguel Rio Branco

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