Diógenes Moura, qui répond ici à nos questions, est le commissaire de l’exposition Thomas Farkaz, O Tempo Dissolvido, proposé depuis avant-hier lundi 2 août, au musée d’art moderne de Bahia. Thomaz Farkas, issu d’une véritable dynastie hongroise de photographes, 86 ans, était présent lors du vernissage. T. Farkaz a toujours déclaré qu’il “aurait aimé, plus que tout, être bahianais” et voue une véritable passion pour le chanteur bahianais de samba Batatinha. Thomaz Farkas, un lointain cousin, par la forme, du photographe français René-Jacques.
Pourquoi cette exposition, ici à Salvador en 2010, pour ce 6e mois de la Photo (6o A Gosto da Fotografia) ?
En 2005, à la Pinacoteca de So Paulo j’étais le co-commissaire, avec Rosely Nakagawa, de l’exposition “Brasil e Brasileiros no olhar de Thomaz Farkas”. À la fin de la mostra, il m’a confié que son désir le plus cher était de montrer son vaste parcours photographique, à Salvador, dans le Musée d’art moderne. Dans une scénographie qui serait comme un long déroulé autobiographique. Je lui en ai fait, alors, la promesse. Pour des raisons de financements, de budget et de bureaucratie je n’ai pas pu intégrer cette exposition dans les deux précédentes éditions de A Gosto da Fotografia. J’en suis, en effet, le commissaire depuis trois ans. Cette année, ce fut possible.
Quelle est la situation du fonds de Thomas Farkas ?
Ses quelques 34.000 négatifs ont été pris, sous le régime du comodato, par l’Instituto Moreira Salles (IMS).
Depuis combien de temps travaillez-vous à la préparation de l’exposition ?
Depuis six mois et j’ai choisi 119 photos dont 111 n’ont jamais été montrées en exposition. Il y a une série de 8 photos sur Salvador.
Quelle est la place de Farkas dans la photographie brésilienne ?
Elle est, tout simplement. Six décades de photographies au Brésil. Ce n’est pas rien. Il y a le cinéaste documentariste, son travail pendant la dictature. Là, il a commencé à voyager pour connaître et montrer le Brésil. Il y a la Caravana Farkas, avec cette tradition qui remonte à son grand-père et à son père, avec les magasins et studios Fotoptica. Il y a enfin l’époque des prises de vues influencées par la géométrie et le surréalisme. Dans la deuxième partie des années 40, on distingue clairement les influences du pictorialisme, du futurisme russe.
Quel est le point d’accroche central de cette oeuvre, le fil rouge?
Il a un regard cinématographique, sa place est du côté des affects, son iconographie tient compte des détails. De ses débuts à aujourd’hui, il est Thomaz Farkas.
Comment s’est établi votre travail de commissaire ?
Ce fut un grand plaisir, peu difficile à concevoir en réalité. Les séries de photographies furent aisées à séquencer. La raison du titre (Temps dissolu) est que cette oeuvre vient du “avant” pour se prolonger dans “l’au-delà de l’au-delà” (”do antes ao muito além”). J’avais cette intuition dès la conception de l’élaboration.
Quel est le budget de cette manifestation, de tous ces accrochages différents, répartis dans la ville, dans son ensemble ?
Nous avons eu 240.000 reais de Oi Futuro et 90.000 reais de la Funarte. Mais le budget s’élèvera à 490.000 reais (200.000 euros) avec les futures rentrées d’argent. Nous sommes dans le rouge et bénéficions de beaucoup d’appuis bénévoles ou facturés sous les prix du marché.

- PHOTOS de l’exposition et du vernissage
- Photos d’invités, au vernissage
- Diógenes tient à souligner la “compréhension” de l’IMS pour les tirages des images, dans leur propre laboratoire. Ci-contre, la “pièce centrale”, où sont regroupés les éléments biographiques et souvenirs de T. Farkas. Il n’est pas inutile de rappeler que la directrice du MAM, Solange Farkas - qui accomplit depuis trois ans un travail novateur à Bahia, au contraire de toutes les autres directions, ou presque, fossilisées, des musées - est la bru du photographe.
(photos du musée c-dessus et ci-contre: Diego J. Cardoso)
