Archive de Tag | "Glauber Rocha"

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Sarra (1933-2012), “brasier du cinéma et de l’amour”

Publié le 20 avril 2012 par bahiaflaneur

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P. C. S., janvier 2011.

Il filmait depuis 1957 et scénarisait depuis 1952. Paulo Cezar Saraceni, “Sarra” pour ses amis proches, naquit à Rio de Janeiro, et vécut toujours là. Mais l’amitié, pour celui qui fut l’un des fondateurs du cinema novo, lui fit bien sûr oublier les frontières internes au Brésil. Ainsi, le meilleur ami de cet “homme à femmes” et séducteur invétéré ne pouvait être autre que le bahianais Glauber Rocha. Retour en trois temps sur cette amitié avec Bahia.
- Nuit du 6 juin 1981. Le père de Glauber, Adamastor Bráulio Silva Rocha, meurt à Rio de Janeiro, dans le quartier d’Ipanema, à l’hôtel Arpoador. Glauber appella alors “Sarra”, vers deux heures du matin. Ce dernier rencontra la mère de Glauber très énervée, qui lui demanda de convaincre Glauber qu’il laisse retirer le corps du père de l’appartement, car les voisins le souhaitaient. Glauber expulsa alors tout le monde de la chambre du défunt, à l’exception de Sarra. Et demanda à l’ami cinéaste de raconter, à voix haute devant le cadavre,  son dernier scénario écrit qui contait l’aventure de la “Coluna Prestes”, qui fut la grande frustation de Adamastor, emprisonné dès le début de la révolte menée par Prestes et empêché de fait d’y participer. À l’écoute, “Glauber pleura et vibra avec le récit du scénario et seulement à la fin de celui-ci, il permit qu’on emmène le corps de son père”, selon les paroles mêmes de Sarra.
- Août 1983. C’est Paulo Cezar Saraceni qui fut choisi, avec Leon Hirzman, pour filmer, à Rome, le documentaire relatant les shows triomphaux d’un groupe formé par Caetano Veloso, Dorival Caymmi, Naná Vasconcelos, Batatinha, João Gilberto, Gal Costa, Moraes Moreira, quasiment tous bahianais. “Bahia de todos os sambas” reste ainsi pour l’éternité cinématographico-musicale.
- À la fin de sa - courte - vie, Glauber Rocha aimait rappeler : “J’ai appris de multiples choses avec mes amis, mais Saraceni me conduisit au brasier du Cinéma et de l’Amour”.

La semaine dernière, lors de la très longue veillée funèbre, dans le splendide cadre du Parque Laje, pas un ou presque de la génération du cinema novo ne manquait. Au premier rang desquels le plus grand acteur brésilien vivant, Othon Bastos, qui déclara : “La seule chose que je peux dire en ce moment est que nous vivons avec lui. Et qu’il vécut avec nous. Nous avons eu des moments merveilleux. C’était un ami cher (belo amigo), un homme parfait, d’un grand esprit. Il laisse une oeuvre à étudier”.

* La Coluna Prestes fut une longue marche organisée, entre 1925 et 1927, par le militaire Luiz Carlos Prestes, formée de 1.500 militaires et civils, à travers les contrées intérieures du Brésil,  qui appelait à la révolution contre le gouvernement fédéral.

(photos de Mônica Imbuzeiro et Droits Réservés).

Un metteur en scène, Ricardo Miranda, a tourné en 2007 un documentaire sur la trajectoire de Sarra: “A etnografia da amizade”.  La filmographie de P. C. Saraceni, qui avait également publié sa formidable autobiographie en 1993, “Por Dentro do Cinema Novo”, aux éditions Nova Fronteira, est ici:
http://pt.wikipedia.org/wiki/Paulo_C%C3%A9sar_Saraceni

http://blogs.estadao.com.br/luiz-zanin/morre-o-cineasta-paulo-cezar-saraceni-1933-2012/

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Bernardo Bertolucci se souvient de Gustavo Dahl

Publié le 09 septembre 2011 par bahiaflaneur

Un entretien filmé, en Italie, en juillet 2011, par Barbara Melega et Fiorella Amica, pour un festival de cinéma (CineFuturo), organisé à Salvador par le cinéaste et producteur José Walter Lima, où le mettteur en scène italien Bernardo Bertolucci devait initialement venir comme invité d’honneur… En 1962, en Italie, G. Dahl était en effet sur le plateau de tournage du premier long-métrage de B. Bertolucci, alors ãgé de 21 ans, “La commarre secca”… (Voir aussi notre entretien avec G. Dahl: http://www.bahiaflaneur.net/blog2/2011/06/gustavo-dahl-est-mort.html)

Agradecimento de Bernardo Bertolucci ao CineFuturo from Cine Futuro on Vimeo.

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À Bahia, les mois d’août furent meurtriers

Publié le 15 août 2011 par bahiaflaneur

Jorge. Glauber. Mariozinho. Pour ceux qui vivent pleinement et vraiment Bahia de 2011, y a-t-il une conversation lors d’un festival, d’un vernissage, d’une soirée théâtrale, d’une rencontre impromptue dans un bar, de la rédaction d’un article culturel, qui ne féconde systématiquement l’évocation précise, ne serait-ce qu’un instant, d’au moins l’un de ces trois prénoms, qui se suffisent par leur incomplète énonciation ? Nous avons choisi d’imager la réponse, bien sûr négative, par les propos de deux bahianais, l’un proche ami* et biographe, l’autre fin connaisseur** de l’œuvre cinématographique de l’artiste cité en second. Étant entendu que nos propos nous semblent superflus pour évoquer l’œuvre tentaculaire et littéraire du premier***, tandis que nous prévoyons de publier, en fin d’année prochaine, en d’autres contrées graphiques et éditoriales, un court essai bilingue sur le troisième.

« Glauber, je l’ai connu en 1954, et depuis lors, nous fûmes inséparables. Nous avions coutume de passer nos soirées au Pelourinho, nous refaisions le monde, dans les nuits étoilées, assis sur les vieilles pierres. Toutes ses pensées étaient déjà liées aux seuls cinéma et théâtre. J’avais 21 ans, et Glauber m’a demandé, lors de l’une de ces longues promenades de nuit, de l’accompagner pour le premier long voyage qu’il voulait effectuer dans le Nordeste. Lors de celui-ci, nous avons failli mourir, dans un terrible accident d’autobus, près de la ville d’Aracaju. » Et João Carlos Teixeira Gomes, surnommé «\Plume d’acier\», de relancer : « C’était un artiste très critique, de manière acharnée. Bien sûr, Glauber changeait souvent d’avis ». Celui qui serait son futur biographe aime d’ailleurs rappeler une phrase que le futur réalisateur du chef-d’œuvre « Di Cavalcanti», après tant d’autres, revendiquait sans cesse: « Ne demandez pas de la cohérence à un intellectuel ». Et Joca évoque aussi la « fé » du natif de Vitoria de Conquista : « Glauber n’était pas d’une foi profonde bien qu’il se soit marié à l’église avec Helena Ignez - leur histoire d’amour fit alors scandale aux quatre coins de Bahia -, car ce qui importait à Glauber était la narration, dans la Bible, des conflits humains, et non pas l’histoire des personnages religieux. Glauber n’était pas pieux, il était frénétique. Mais Glauber était aussi un homme épique, et le conflit permanent, homérique, l’intéressait au plus haut point ». Et Joca de conclure avec une emphase, d’une assurance joyeuse, envers feu son ami, qui nous cloue d’admiration, tant d’années après, par son ton impossible à retranscrire ici: « Glauber était un homme d’exception, et dans le cinéma, jusqu’à aujourd’hui, l’unique révolutionnaire au Brésil».

Avec un peu plus de soixante printemps, André Setaro se souvient que le premier contact fut d’abord de celluloid… la projection de Deus e o diabo na terra do sol, alors qu’il avait quatroze ans, au cinéma Guarany sur la place Castro Alves. Plus tard, en octobre 1976, il vint à lui être présenté par le romancier et alors journaliste João Ubaldo Ribeiro, dans les locaux du quotidien Tribuna da Bahia, dans lequel André écrivait ses critiques quotidiennement : ”Glauber Rocha, comme être humain, n’était pas un homme arrogant, mais d’un tempérament agité, qui, de temps en temps, donnait l’impression d’être un adolescent enfievré, bien qu’il ait presque quarante ans, quand je l’ai connu. Explosif, quelques fois, pourtant il se montrait plus ou moins sentimental, et d’autres fois, d’un esprit de lutteur impossible à dominer. Dans la conversation, bien qu’attentif, il parlait tout le temps, et dans son exposition orale, il n’écoutait pas les questions et ne laissait personne en placer une”.

- Mario Cravo Neto, photographe, nous a quitté le 9 août 2009, à Salvador, à soixante-deux ans.
- Jorge Amado, écrivain, s’est éteint le 10 août 2001, à Salvador, âgé de quatre vingt-huit ans.
- Glauber Rocha, cinéaste, est décédé le 22 août 1981, à Rio de Janeiro, dans sa quarante-deuxième année.

* André Setaro, critique de cinéma, 61 ans, dans un courrier électronique, en août 2011, à Salvador, où il vit.
** Joao Carlos Teixeira Gomes, journaliste, 75 ans, lors de plusieurs conversations, avec BF, en juin 2001, à Rio de Janeiro, où il vit depuis 1999.
*** Le grand romancier mozambicain Mia Couto est venu au Teatro Castro Alves prononcer une conférence, lue et festive, sur l’auteur de « Tieta do agreste », devant 1.500 personnes, le 10 août 2011. Il a révélé alors le déjà lointain hommage paternel: ses deux frères se prénomment Jorge et… Amado.

Quatre livres incontournables et indispensables, non traduits en français:
- « Glauber, esse vulcão », João Carlos Teixeira Gomes, Editora Nova Fronteira, 1997, 638 p.
- « Glauber, a conquista de um sonho ; os anos verdes », Ayêska Paula Freitas/Julio César Lobo - Editora Dimensão, 1995, 339 p.
- « Salvador », Mario Cravo Neto, Áries Editora, 1999, 160 p.
- « Laroyé », Mario Cravo Neto, Áries Editora, 2000,  160 p.

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Rio de Janeiro, cidade maravilhosa, vacance oblige (14)

Publié le 10 juin 2011 par bahiaflaneur

jocajoca

João Carlos Teixeira Gomes. Joca.
“Plume d’acier” (”Pena de aço”) comme l’avait surnommé son ami Dario Bittencourt.
Journaliste, directeur de la rédaction du feu quotidien Jornal da Bahia, biographe, romancier, poète. Devant notre objectif photographique ce jeudi 9 juin. Soixante-quinze printemps. Il vit à Rio de Janeiro depuis 1999. Il fut le seul qui combattit frontalement le tyran Antonio Carlos Magalhães, qui règna sans partage pendant des dizaines d’années à Bahia, et Joca publia héroïquement à ce sujet, en 2001, longtemps interdit à Bahia, “un livre de combat”* qu’il considère “comme une espèce de SOMME, dans la lutte contre l’opression et le retard politique”. Nous publierons un portrait de l’ami indéfectible de Glauber Rocha et de João Ubaldo Ribeiro dans les jours qui viennent.

* “Memórias das Trevas - Uma Devassa na Vida de Antonio Carlos Magalhães”. 2001. 800 pages.

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