Archive de Tag | "Hélio Oiticica"

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Décio Pignatari, concretista et traducteur (1927/2012)

Publié le 04 décembre 2012 par bahiaflaneur

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Hélio Oiticica, Décio Pignatari et José Lino Grünewald sur une image rescapée de l'incendie de la maison de César Oiticica, à Rio de Janeiro, en 2009 - photo André Durão/Folhapress, 19/10/2009

Décio Pignatari, l’un des principaux emblêmes de la poésie concrète des années 50, s’en est allé, dimanche 2 décembre 2012, vers 9h00, depuis l’Hospital Universitário de São Paulo. C’est un pan immense du Brésil qui manque, désormais, bien qu’il s’opposa durement et se brouilla avec de très importantes figures de la scène théâtrale ou littéraire, comme Zé Celso,  Ferreira Gullar. Ou bien encore d’autres disputes homériques dans le domaine de la traduction avec l’auteur Bruno Tolentino (brunotolentino, document PDF).
Décio avait, entre autres livres, édité avec les frères Campos “Mallarmagem” en 1971 et “Ezra Pound-Poesia” en 1983. Et revendiquait clairement la validité de la traduction pour des poètes qui étaient formellement innovateurs et qui ont tenté de produire, loin, très loin “des formes aliénées”.
Durant l’enterrement, à Morumbi, lundi 3, sa fille Serena a rappelé, devant la centaine de présents - parmi lesquels Augusto de Campos son ami depuis 1948 et le chef d’orchestre Júlio Medaglia - que son père ne voulait la présence de”nenhum sacerdote, nenhum padre”.
Ce même lundi, le chanteur et compositeur Tom Zé, bahianais et Tropicaliste, rappelait qu’une époque durant il rencontrait deux ou trois fois par semaine, à São Paulo, Décio et les frères Campos autour d’une bière: “À cette époque, Décio a eu l’idée de la pochette de mon disque “Todos os olhos”, qui réverbère jusqu’à aujourd’hui, avec ce c…, qui est un œil… Les poètes concrétistes se disaient influencés par la poésie provençale, que j’évoque moi aussi dans mon dernier disque, ‘Tropicália Lixo Lógico’. Leur influence est la même que les poètes populaires de Irará, ma ville natale”. BF. (en vignette et ci-dessous : Décio Pignatari abraça le sambiste Paulinho da Viola)


Décio Pignatari, par Almandrade

215845-970x600-1Décio est né à Jundiaí, dans l’Etat de Sao Paulo, en 1927, et est devenu célèbre, aux côtés des frères Augusto (1931) et Haroldo de Campos (1929-2003), comme l’un des noms du mouvement concrétiste, qui a réalisé des expérimentations formelles dans les arts brésiliens à partir des années 50. Au long de sa carrière, il a travaillé comme publicitaire, essayiste, théoricien de la communication, traducteur et dramaturge, et également professeur à l’Escola Superior de Desenho Industrial (Esdi) à Rio de Janeiro, à la PUC (Sao Paulo) et à l’UNB (Brasilia).
Les première poésies de Décio Pignatari furent publiées dans la “Revista brasileira de poesia”, en 1949. Son premier livre, ”Carrossel”,  fut lancé en 1950. Avec les frères Campos, il a publié, en 1965, “Teoria da poesia concreta”, livre considéré comme ciment du mouvement concrétiste.
“Décio, dans une lettre qu’il m’a écrit, a été le premier poète qui utilisa pour moi cette expression [poesia concreta]. Elle  caractérisait comme concrète la poésie de E. E. Cummings, le distinguant d’autres poètes. Et ceci resta dans notre correspondance” raconte Augusto à l’émission “Umas palavras”, sur l’adoption de l’intitulé par le groupe.
“En plus de poète, Pignatari a écrit roman, pièce de théâtre et a été traducteur, professeur et chercheur en sémiotique, sujet de pluiseurs de ses livres. Son œuvre poétique est réunie en ”Poesia pois é poesia” (1977), rappelle sur son site internet l’éditeur Cosac & Naify, qui publia en 2009 son livre ”Bili com limão verde na mão”.
Parmi les œuvres d’importance majeure nous citons “Informação, linguagem, comunicação” (1968), “Contracomunicação” (1972), “Semiótica e literatura” (1974) et “O rosto da memória” (1988), ce dernier qui inclut sa biographie. Pignatari a été également le traducteur d’ouvrages de Dante Alighieri, Goethe, Shakespeare et Marshall Mac Luhan.

Décio Pignatari, par Almandrade

215824-970x600-1Décio nasceu em Jundiaí, São Paulo, em 1927, e ficou conhecido, ao lado dos irmãos Augusto (1931) e Haroldo de Campos (1929-2003), como um dos nomes do movimento concretista, que realizou experimentos formais nas artes brasileiras a partir da década de 50. Ao longo de sua carreira, trabalhou como publicitário, ensaísta, teórico da comunicação, tradutor e dramaturgo, além de professor da Escola Superior de Desenho Industrial Esdi no Rio de Janeiro, da PUC-SP e da UnB.
As primeiras poesias de Décio Pignatari foram publicadas na “Revista brasileira de poesia”, em 1949. O livro de estreia, “Carrossel”, saiu em 1950. Com os irmãos Campos publicou, em 1965, “Teoria da poesia concreta”, livro considerado o responsável por consolidar o movimento concretista.
“O Décio, numa carta que me escreveu, foi o primeiro poeta que usou para mim essa expressão [poesia concreta]. Ele caracterizava como concreta a poesia do [escritor americano E.E.] Cummings, distinguindo-a de outros poetas. E aquilo ficou na nossa correspondência”, conta Augusto ao programa “Umas palavras”, sobre a adoção do rótulo pelo grupo.
“Além de poeta, Pignatari escreveu romance, peça de teatro e foi tradutor, professor e estudioso de semiótica, assunto de diversos de seus livros. Sua obra poética está reunida em “Poesia pois é poesia’ (1977), descreve em seu site a editora Cosac Naify, que lançou em 2009 seu livro “Bili com limão verde na mão”.
Entre as obras de maior relevância do poeta estão “Informação, linguagem, comunicação” (1968), “Contracomunicação” (1972), “Semiótica e literatura” (1974) e “O rosto da memória” (1988), que contém sua biografia. Como tradutor, Pignatari é responsável por obras de nomes como Dante Alighieri, Goethe, Shakespeare e Marshall McLuhan.

•”Re-flashes para Décio”, par Augusto de Campos
(texte en portugais, écrit en 2007 dans le “Suplemento Literário de Minas Gerais”)
http://www1.folha.uol.com.br/ilustrada/1195087-para-augusto-de-campos-inovacoes-de-decio-pignatari-fazem-falta-a-poesia-de-agora.shtml

•Une longue interview de Décio Pinatari, en 2007, au quotidien “Folha de Sao Paulo” :
http://www1.folha.uol.com.br/ilustrada/1194934-no-brasil-foge-se-como-o-diabo-da-cruz-dos-juizos-de-valor-disse-pignatari.shtml

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Almandrade : “une reconnaissance de mon seul travail”

Publié le 04 septembre 2012 par bahiaflaneur

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"Homenagem à Arquitetura Moderna"

“A arquitetura brasileira da atualidade, na sua melhor intenção, não chega a ser medíocre, é mediana.”
Décio Pignatari

Le mardi 21 août 2012 au soir, un artiste bahianais, rare, était au centre de toutes les attentions artistiques d’un des publics les plus exigeants du Brésil. “Homenagem à Arquitetura Moderna trônait en effet au centre d’un lieu magnifique, le Museu do Rio Grande do Sul (MARGS), sis à Porto Alegre, à l’extrême sud du Brésil. Almandrade pouvait jubiler, le directeur Gaudêncio Feliz venait de le présenter aux centaines d’invités comme “l’un des artistes bahianais les plus respectés dans le monde de l’art contemporain”. Revenu à Salvador - ville dont l’ensemble des médias ont scandaleusement ignoré cette reconnaissance artistique extraordinaire - s’est confié aux rédacteurs de ce blog celui qui, depuis quarante ans, loin du “marché de l’art”, est au plus près, dans ses créations - comme moins d’une petite poignée au Brésil - des idées révolutionnaires qui ont guidé les fondateurs, dont il fut l’ami, du Concrétisme.

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"Homenagem à Arquitetura Moderna"

- Almandrade, peux-tu remonter à la genèse de cette œuvre ?
C’était en 1979, j’étais fraîchement diplômé d’architecture par l’université fédérale de Bahia. J’étais à ma table de travail et je voulais à toute force, absolument, questionner le nom même d’architecture. Il s’agissait pour moi de penser d’abord plus dans le regard que dans la pénétration de l’œuvre (”mais no olhar que no penetrar na obra”).
- Comment s’est effectuée l’invitation du musée de Porto Alegre ?
C’est le commissaire de l’exposition - José Francisco Alves - qui m’a appelé, début juin. J’avais publié précédemment (1) un article qu’il avait proposé à ses élèves dans l’un de ses ateliers d’enseignement de l’art, organisé par la mairie de Porto Alegre. Il avait aimé mon point de vue et avait en charge, de plus, le commissariat d’une exposition à inaugurer  le 20 août 2012, et voyait la possibilité d’y insérer un de mes travaux.
- Du texte à l’oeuvre, comment as-tu donc passé le pont ?
J’ai envoyé à José Francisco Alves par courrier éléctronique des projets, des dessins pour des installations, des sculptures, récentes et plus anciennes. Et il a adoré les dessins et les fotos de la maquette de l’un d’entre eux, intitulé “Homenagem à arquitetura na era moderna”. Je l’avais conçu, dans les conditions déjà évoquées, et construit alors, en carton. Il mesurait 30 cm de haut.
- Cette pièce, quel en est l’axe créatif ?
C’est une forme pour questionner l’architecture, profondément. Une maison sans mur, avec des piliers et une dalle comme premier étage. Et un escalier qui monte et descend et ne mène nulle part (”uma escada que sobe e desce e chega em nenhum lugar”).
- Pour quel lieu fut-elle pensée ?
Elle était destinée à un espace public, un parc. Elle est en partie ludique, pensée pour être en béton armé. L’original était peint en blanc et avait d’autre part la couleur grise du béton.
- En Porto Alegre, dans l’espace du Musée, comment s’intègre-t-elle ?
Elle a une liaison jumelle à l’édifice historique, plein d’arcs, elle s’y fond. Il me semble que cette pièce fut pensée pour ce lieu.
- Comment s’est effectuée le montage de l’œuvre ?
L’équipe technique du musée l’a montée en deux semaines. Depuis Salvador, je recevais par internet les photos au fur et à mesure de la construction. J’ai bien sûr évalué la résistance du bois utilisé -
mdf, fibre de bois et résines synthétiques - et donné mon autorisation. Elle peut être montée et remontée à l’infini, le très vigilant commissaire José Francisco Alves y a veillé. Elle mesure 2,80 mètres de haut.
- Quelle en est le statut officiel, dans le fonds du musée ?
J’ai effectué une donation et j’ai signé un document validant cet acte. Une “association des amis du musée” a assuré le financement.
- Quel est ton sentiment général, depuis ton retour de Porto Alegre ?
C’est une immense joie. Il y a une reconnaissance de mon travail seulement à travers le travail lui-même. Mon travail renvoie à de nombreuses interrogations sur la question même de la fin de l’architecture en tant qu’art, pour entrer dans l’ère de l’entreprise (emprenditemento) immobilière, malheureusement. À chaque moment, depuis quarante ans, les préceptes de Décio Pignatari et d’Hélio Oiticica m’accompagnent.

(Entretien réalisé en début de soirée du vendredi 31 août 2012, dans les jardins, déserts, du Goethe Institute de Salvador)

Almandrade a publié récemment deux articles fondamentaux:
(1) en mai 2012, dans le blog www.portalartes.com.br, l’article “O museu e a arte contaporânea”.
(2) fin août 2012, dans le prestigieux blog
www.culturaemercado “Um museu à deriva e uma cidade sem olhar” (Un musée à la dérive et une ville sans regard”), à propos de l’actualité du musée de Salvador  - Palacete das Artes / Museu Rodin - qui a reçu des copies des œuvres de Auguste Rodin… Nous en proposerons une traduction demain 5 septembre 2012.

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Miguel Rio Branco: “Faire des photos, des objets trouvés”

Publié le 25 juillet 2011 par bahiaflaneur

Le débat sur le grade et la place que l’on devrait conférer à la photographie parmi les arts plastiques ne m’a jamais préoccupé, car ce problème de hiérarchie m’a toujours semblé d’essence purement académique. Henri Cartier-Bresson 27 11 1985

Tout avait commencé comme l’un des plus célèbres films de “Hitch”, comme disent les cinéphiles. Sous une forte chaleur, la recommandation, au bout du téléphone qui grésillait, était de prendre un déterminé autobus public, de descendre à un point nommé indiqué par le chauffeur, sur une piste asphaltée à double voie, au milieu de nulle part, de la traverser en courant, puis, là, en contrebas, la consigne était d’attendre… Pas d’avion en vue, heureusement… Une petite voiture, d’un clair azul qui se confondait avec le ciel, silencieuse au milieu de ces majestueuses montagnes du sublime arrière-pays de Petrópolis, dans l’Etat de Rio de Janeiro, venait déjà de surgir. Miguel Rio Branco, l’un des plus grands artistes d’Amérique Latine, en jeans bleu, en ce premier jour de juin, nous ouvrait la porte avant…

miguel1“Je me suis remis à peindre, moi qui suis installé ici depuis dix ans”, premiers mots de Miguel, à entrer dans l’immense atelier vitré, de la grande maison en bois, aux pieds de vertigineux flancs montagneux boisés. “J’avais commencé à peindre dès quatorze ans, jusqu’à dix-huit, et le dessin m’a sauvé, d’une certaine manière, isolé que j’étais dans deux internats en Suisse”. Là, autour de nous, sur des tables, ou bien suspendus, épars, mais d’un fatras très savemment organisé, ce sont les traces et les éléments de plus de trente ans de créations qui chatouillent immédiatement notre mémoire visuelle: rouges gants de boxe, projecteurs d’un temps passé, maquettes en cartoline d’espaces à vivre, lanterne de vitraux comme sortie d’un conte de Jules Verne, une moviola, un berimbau, des dessins, des centaines de petits pots de teintes et de poudres de minerais juchés sur des étagères, sculpture hélicoïdale d’un ami, des collages, des colliers de toutes sortes, des masques africains, quelques petites photos en noir et blanc et d’autres plus grandes, encadrées et posées à même le sol, des calebasses, des haltères, une chambre photographique en bois repliée, des dizaines de photos en couleur, gigantesques, imprimées sur des étendards carnavalesques… Au centre, comme un ring, mais suspendu au faîte par deux cordes simples: un chassis, vierge. À son aplomb, sur le sol, comme pour marquer l’espace frontalier de création du peintre, un rectangle peint. Comme un halo, dans une salle de boxe. Rouge carmin.

miguelmiguel3“Tu vois, je vis dorénavant ici car dans les villes, rien ne m’enthousiasme. Et les gens des villes qui n’ont pas de rapport avec l’art ne sont pas très intéressants. Et je déteste les foules, alors…” Miguel s’anime pour parler du musée d’Inhotim, près d’Ouro Preto. “Bernardo Paz, que je connais depuis sept ans, et qui a construit un bâtiment avec mes œuvres, est un collectionneur qui cherche, qui est un peu obsédé dans le bon sens, qui a connu Burle Marx, et son musée, ce sont des idées à lui. Bien qu’il exporte du fer, comme industriel, il vit sur le site du musée. Cinq cents personnes travaillent là-bas, il est engagé vraiment dans cette aventure artistique”. Et Miguel en profite pour dévoiler un projet similaire pour un futur proche, qui pourrait s’apparenter à celui de B. Paz, mais, ici, près de Petrópolis : “Ce serait une façon de penser, expérimenter, apprendre pour repenser la société. Je cherche actuellement des financiers, privés, pour éviter toute depéndance avec l’État du Brésil. Plein de jeunes plasticiens brésiliens ont des œuvres en devenir. Il faudrait les montrer. Les associer à des œuvres et à des fonds que je détiens, comme le mien et celui de mon grand-père, le dessinateur José Carlos de Brito e Cunha (photo ci-contre). Il y a tant à faire. Les universités, en dehors des villes, par exemple, pourquoi ne pas en créer?”.

Deux petits chiens passent dans la pièce. Manteaux pour les bassets, hiver carioca oblige. Manteaux rouges. Rouge carmin.

Et le marché de l’art, Miguel, comment se présente-t-il ? “Pour moi, actuellement c’est un certain marasme, bien que j’ai signé une grande exposition - Maldicidade - Marco Zero - à São Paulo***, en 2010. L’idée de base, avec l’éditeur Charles Cosac (Cosac & Naify), ici au Brésil, c’était un peu un voyage dans les villes avec des images plus douces, plus sensuelles. Nous allons d’ailleurs publier un livre à partir de ce travail, en 2012.” Mais les ventes ? “Le marché de l’art, c’est bizarre, c’est compliqué. Lors de mon avant-dernière exposition individuelle, en 1999, à New York, à la galerie D’Amelio Terras, j’ai bien vendu, mais les acheteurs étaient des spéculateurs boursiers, ou bien encore souhaitaient impressionner leurs petites chéries. C’est assez déprimant.” Et la France ? “J’ai eu une bonne année 2004/2005 avec cinq expositions individuelles, là-bas, dans des lieux prestigieux comme la MEP dans le Marais et aussi à Arles, d’une certaine manière ce fut bon, il y a eu des remous autour de mon nom. Mais je n’ai rien vendu. Les Français ne sont pas branchés, très conservateurs. Ils n’arrivent pas à comprendre ce que je fais, pas du tout. Ils mettent chaque artiste dans un tiroir en particulier, et moi il m’en faut plusieurs” conclue-t-il en riant… jaune. Certains critiques ou commissaires m’ont dit “Vos photos ne sont pas abouties” ou ce genre de choses…” Devant tant de culot à peine croyable, de cette dureté arrogante et infertile des Français, le salut pourrait venir d’où, Miguel ? “J’ai plusieurs marchands. De New York, peut-être, mais il faudrait qu’il y ait une galerie qui sache ce que vaut mon travail. Je n’y suis pas retourné depuis 2003, pour mon exposition à la Aperture’s Burden Gallery. Et aussi de… Belgique où de très bons galeristes se montrent réceptifs. Nous discutons actuellement. Mais je suis lucide : la création est complètement liée, en 2011, au commerce. Et d’ailleurs les marchands n’ont même plus le temps d’aller chez les artistes, leur parler. Avec l’internet, ils ne se déplacent pratiquement plus…”

migueljunho2011Extérieur jour. Nous voilà à l’air pur, à peine sortis du sas climatisé, gigantesque, qui a pour usage l’archivage des centaines de milliers de diapositives, tirages, films, mais aussi laboratoire et atelier de Miguel, aidé par deux jeunes assistants. Nous prenons quelques photos. Miguel sort avec délicatesse ce qui semble être l’unique exemplaire qu’il détient encore de son tout premier livre, dorénavant très rare, édité au Mexique**** par son ami Pablo Ortiz Monasterio. Puis celui***** fait avec Louis Calaferte, grâçe, entre autres, à l’amitié du photographe français Jean-Yves Cousseau. Joyaux. Mais ce serait faire injure à l’artiste que de délimiter ses espaces de travail. Tout est vie et travail, ici en même temps. Partout. Jours et nuits mêlés. Des milliers de livres débordent des étagères dans toutes les pièces, tandis que le lieu de repos est lui aussi entièrement encerclé de centaines d’objets, de photos, de reproductions, d’albums de peintres. “Regarde”, me dit-il. Comme ce volume sur Caravage, par exemple… Extérieur, jardin tropical, donc. “Oui, ce labyrinthe, ce petit espace fait de douze plaques de granit, ce projet de labyrinthe que je suis en train de reprendre, ces méandres, venir ici m’aide en ce moment où je peins nouvellement”. Le labyrinthe, une idée qui fut chère à son ami Hélio Oiticica, qu’il cotoya longuement, comme Carlos Vergara, aussi, à New York: “Oui, bien sûr, mais c’est loin et à ce moment là je venais à peine de voir toutes les cendres de mes photos et films, brûlés accidentellement lorsque… Hélio est mort”. Tant d’artistes rencontrés longuement ou croisés rapidement, tardivement, comme Manuel Alvarez Bravo, déjà vieux, mais le ton pris pour évoquer ce moment ne laisse pas douter de son admiration. Tandis qu’il en faudrait de peu pour qu’il abatte une autre “statue”, celle de l’oeuvre d’Henri Cartier-Bresson, en qui il reconnaît “d’abord la grandeur et le génie pendant les années trente. Après, il se répète et la virginité n’était plus là, malgré l’immense talent”. Nous acquiescons. “La virginité, voilà ce qui m’est nécessaire, c’est difficile, mais il faut la retrouver sans cesse pour créer mes objets trouvés”, me répète-t-il, avant de poursuivre, d’une voix un peu lasse: “Mon nom est connu, mon travail pas assez”. Antienne vraie des vrais créateurs, tous et toujours solitaires. Savoir voir, monter et montrer, en une musique qui n’appartient qu’à soi, voilà sans doute quelles seraient les vertus cardinales d’un artiste digne de ce nom, et telle est la marque évidente des oeuvres de Miguel Rio Branco. Alors, patience, Miguel. Le rythme de vos montages, dans une poésie tantôt flamboyante, tantôt obsédante, ou les deux à la fois, nous emporte, nous enserre en des contrées du seul imaginaire fécond.

Vient le temps de déjeuner, face à l’immensité boisée. Hors du temps. Au mur opposé, dans un coin, seuls deux petits tableaux de Miguel, presque blottis l’un contre l’autre, peints à New York, dans les années soixante, auxquels il semble particulièrement tenir. Ce mur, sur toute sa longueur, est rouge. Rouge carmin.

* Comme l’immense “Caci”, montage photographique suspendu. La Galeria Miguel Rio Branco (numéro 13) est située au nord-est du gigantesque Inhotim. ** Dont le trait n’est pas sans rappeler celui de Saul Steinberg, dont une grande rétrospective a été récemment proposée par l’Instituto Moreira Salles, à Rio de Janeiro. *** Au Museu da Imagem e do Som (MIS). 1er septembre 2010/31 octobre 2010. **** Dulce sudor amargo. Avec le texte de Jean-Pierre Nouhaud, “Carta a un amigo de Bahía”, París, el 18 de abril de 1985, in Miguel Río Blanco, trad. Felipe Garrido, FCE, México, 1985. ***** Nakta. (avec le texte de Louis Calaferte, “Noite Fechada” (”Nuit close”). Fundação Cultural, Curitiba, Brasil, 1996.

- Photos de Miguel Rio Branco dans son labyrinthe, des étendards et de la table de travail: © Bahiaflâneur. Autres photos : © Miguel Rio Branco.

Un livre de poche permet d’approcher l’univers de Miguel: Miguel Rio Branco, par Simonetta Persichetti, éditora Lazuli/Compañía Editora Nacional, 2007. Une bonne introduction à l’oeuvre.

- À Bahia, Miguel Rio Branco est représenté par la Paulo Darzé Galeria de Arte.

Pour tous autres références, se reporter ci-dessous aux deux liens de deux précédents articles que nous avions rédigé et traduit sur Miguel Rio Branco, et qui comportent de nombreux liens, balisés en couleur:

- http://www.bahiaflaneur.net/blog2/2010/05/miguel-rio-branco-la-ferveur-chromatique.html

http://www.bahiaflaneur.net/blog2/2009/08/mariozinho-oeuvres-pour-eternite-4.html

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Carlos Vergara : “L’art peut insuffler la sensibilité aux êtres humains”

Publié le 20 juin 2011 par bahiaflaneur

vergara2Il a fallu prendre trois petits kombi, à partir du Largo do Machado, pour se rendre dans l’atelier du peintre Carlos VERGARA. Tout en haut du quartier de Santa Teresa, sur la “place des neiges” (Largo das neves), sur les cimes de l’un des nombreux morros de Rio de Janeiro. Ce Brésilien, qui a exposé dans le monde entier - plus de cent-quatre vingt mostras individuelles ou collectives - dont une grande mostra individuelle* au MAM de Rio de Janeiro, est aussi architecte. Assez jovial lors de notre conversation, il nous dit transformer et adapter petit à petit, en cet hiver brésilien, son immense atelier et galerie. Il nous y a reçu, la dernière semaine de mai 2011. Un lieu où il travaille depuis dix ans, derrière de hauts murs, dans un espace gigantesque, sur plusieurs niveaux, qui surplombe, à l’horizon lointain deux favelas, fait également face au Corcovado et offre aussi à notre regard l’espace vide de l’ancienne prison Frei Caneca, qui fut détruite récemment.  De cette implosion, il a fait une oeuvre d’art, qui cherche à dépasser la notion “d’art pour l’art”. Liberdade est exposée dans le Parque Lage, tout près du Jardim Botânico.

Exposition au Parque Lage. “C’est un sujet qui devrait intéresser tout le monde, dans le public concerné par l’art. Lors de l’inauguration, un grand avocat, Nilo Batista, est venu ainsi que Tercio Lins e Silva, avocat défenseur de nombreux prisonniers à l’époque et la sociologue Vera Malaguti Batista. Ce débat fut utile pour penser plus en profondeur sur le sens de la vie. Depuis qu’il est devenu une école des Arts (EAV), je fréquente ce lieu, le Parque Lage, très souvent. La première idée, ce fut de créer un poème visuel à partir de ce drame de la prison. Ce fut le mouvement de mon action artistique. La seconde est que l’art peut être beaucoup plus que simplement une oeuvre qui plaît (obra de fruição), elle peut alors accomplir une autre fonction, rendre les personnes plus sensibles. Car en notre monde d’aujourd’hui, énormément de gens ont un minuscule appétit intellectuel.”
Penitenciária da Frei Caneca. “De nombreux prisonniers qui furent internés là furent de grands idéalistes, des communistes, pendant la dictature. Mais cette prison a été construite en 1835, à l’époque où Rio de Janeiro était le siège de l’empire portugais. Le Complexo Frei Caneca a d’abord reçu les rebelles de la Revolta dos Malés, à Bahia, en 1835, et a même été construite pour cela ! Les pouvoirs ont continué de laisser vive la mémoire de ce lieu d’enfermement pour enfermer les pauvres et les noirs”.

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Travail. “Mon travail est souvent le résultat d’impulsions à partir de sujets concrets. Ce travail, exposé dans le Parque Lage, je l’ai pensé et effectué en fonction de ce sujet là, l’implosion de la prison. Ma manière (procedimento) d’exercer mon art est totalement liée avec le sujet que je suis en train de traiter. J’ai gagné un edital de l’Etat de Rio de Janeiro. J’ai commencé à travailler en mars 2010. Mais j’avais déjà pris auparavant beaucoup de photos, car la photographie est depuis toujours une partie intrinsèque d’appui à mon travail d’artiste. Les oeuvres externes aux salles d’exposition et internes relèvent de techniques bien différentes. Pour les tableaux, je viens plaquer des formes métalliques ou de bois qui faisaient partie de la prison, couvertes préalablement de pigments, sur des toiles, et c’est par le(s) décollage(s) de ces formes sur les tableaux que j’obtiens ce que je souhaite. Nous les appelons monotipias, au Brésil”.

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Marché. En ce vingt et unième siècle, le Marché accomplit une très mauvaise fonction. Au Brésil, un visionnaire comme Bernardo Paz, dans l’Etat du Minas Gerais, Inhotim, essaye d’élever la barre très haut, bien solitaire. Il possède une demi-douzaine de mes oeuvres.  Mais les marchands brésiliens, aujourd’hui, sont rarement courageux. Paulo Darzé**, à Bahia, y fait exception et compte parmi l’un des vingts marchands, au Brésil, dotés d’une trempe exemplaire.”.
Hélio Oiticica. “J’ai connu Hélio Oiticica, adolescent, au Musée d’Art Moderne à Rio de Janeiro, où il montra pour la première fois Tropicália. Nous nous sommes rencontrés ensuite à New York, où j’ai cotoyé également Miguel Rio Branco. J’ai été influencé par son travail au sens où nombreux de mes tableaux sont solaires. Lorsque j’avais organisé la mostra “Exposição” en 1972, au MAM de Rio, Hélio m’avait envoyé son projet Filtro“.
Paris. “J’adore l’espace de la Fondation Cartier. Mais je n’y ai malheureusement jamais exposé… Au début des années 70, j’ai exposé dans les locaux de la VARIG, appelé par des architectes brésiliens pour repenser les bureaux situés sur les Champs-Elysées. Quelque temps plus tard, j’ai exposé, dans les bureaux de la même compagnie, situés alors rue Auber, des oeuvres faites avec du papier découpé. Et dans l’espace Air France, à la fin des années 70, plusieurs de mes tableaux ont été exposés, mais peu de temps. En cette année 2012 qui vient, j’aimerais exposer dans le Marais, dans un lieu bizarre, un espace qui me semble rassembler sociologiquement les arts visuels. Il se situe près du Musée Picasso.”

http://www.carlosvergara.art.br/novo/pt/exposicoes/liberdade/

* Du 12 novembre 2009 au 14 mars 2010. A résulté de cette exposition, intitulée Carlos Vergara: a dimensão gráfica - uma outra energia silenciosa, un magnifique album.
** C. Vergara a exposé en 2009 dans la Paulo Darzé Galeria de Arte. Un catalogue a été édité.

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