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Une protestation bien tardive, par Newton Sobral

Publié le 26 août 2011 par bahiaflaneur

Newton Sobral est journaliste. Il a travaillé, depuis le début des années soixante, dans tous les quotidiens de Bahia: Tribuna da Bahia, Jornal da Bahia et A Tarde. Il est également professeur et poète. Avant le coup d’état militaire, en 1964, il était vice-président de l’União Brasileira dos Estudantes Secundaristas (UBES). Il fut également assistant de  l’architecte Lina Bo Bardi, qui fonda le Museu de Arte Moderna da Bahia. C’est un homme de gauche, indigné par les agissements et l’ère du Partido dos Trabalhadores (PT) au pouvoir. Cette chronique, traduite par BF, a été publiée en page 3 du quotidien A Tarde, le jeudi 25 août 2011.

La manifestation pour comémorer les douze ans - depuis la date exacte de la publication de l’appel d’offres - de “l’inexistence” du mini métro de Salvador, réunie, le 11 août 2011, avec ses infimes deux cents manifestants dans l’Avenida Bonocô, vient à la rencontre de la critique du journaliste Juan Arias, correspondant du journal espagnol El País, quand, dans un récent article, il demanda: où sont les indignés du Brésil qui n’occupent pas les places pour protester contre la corruption et le manque d’étique des hommes politiques ? Regardez bien : seulement après douze longues années, par l’initiative de l’étudiant Cicero Cotrim, seize ans, qui utilisa le réseau virtuel Facebook pour régimenter les manifestants, quelqu’un descendit dans la rue externer le sentiment de honte des bahianais pour ce métro short.
Avec sa remarque, Arias accuse, sans le savoir, le processus d’accomodation au gouvernement du Partido dos Trabalhadores (PT) d’institution comme l’União National dos Estudantes (UNE), le Movimento dos Sem Terra (MST) et les centrales syndicales qui, dans un passé pas si lointain, étaient l’avant-garde des luttes revendicatrices, les emmenant sur les places publiques. Et comme n’existent pas de mouvements populaires sans leaders, avec la reddition de ces représentants, manque quelqu’un pour ouvrir les yeux du peuple.
L’UNE, par exemple, venue de mémorables campagnes politiques, comme lors de la lutte pour la redémocratisation du pays après la dictature militaire, s’est pratiquement vendue, aujourd’hui, au lula-petismo pour presque cinquante millions de reais pour construire un siège nouveau. Le MST, financé par le gouvernement, et les syndicats, bénéficiés par un veto de Lula, les exemptant de rendre des comptes au TCU* des gigantesques fonds issus de l’impôt syndical, suivent le même chemin.
Le PT a coopté l’avant-garde des masses dans tout le Brésil. Pire encore: il les a mises à son service dans des situations dégradantes, à l’exemple de l’UNE quand elle défend la corruption, se joignant à la thèse selon laquelle le scandale du “mensalão” n’était rien de plus qu’un “coup d’état des médias”.
Le mouvement étudiant à Bahia, assez combatif dans le passé, suit l’exemple et n’est plus le même. Nous allons tout faire pour que l’initiative de Cicero Cotrim fasse renaître les brios d’une classe dont l’action indépendante a beaucoup contribué pour que le Brésil puisse arriver au niveau d’une démocratie en développement.

* UNE: seulement tropis bahianais, dont deux venus de classes sociales privilégiées, en plusieurs dizaines d’années d’existence, en furent présidents, à la fin des années soixante-dix. Javier Alfaya (Francisco Javier Ulpiano Alfaya Rodrigues), architecte diplômé à Salvador, né en Espagne,  fut longtemps député communiste (PCdoB) de l’État de Bahia. Ruy César Costa Silva dirige une école privée et suit une carrière de producteur culturel. Orlando Silva de Jesus Júnior, noir et d’origine très pauvre, venue de la lointaine périphérie de Salvador, a dirigé l’UNE de 1995 à 1997. Il est actuellement ministre des Sports, à Brasilia.
** Cour des Comptes Fédérale.

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Um protesto bem atrasado, por Newton sobral

O protesto de rua pelos 12 anos - a contar da data da licitação - de  ‘inexistência’ do mini-metrô de Salvador, reunindo, dia 11, ínfimos 200  manifestantes na Avenida Bonocô, veio ao encontro da crítica do  jornalista Juan Arias, correspondente do jornal espanhol El Pais, quando, em recente artigo, perguntou: onde estão os indignados do Brasil que não ocupam as praças para protestar contra a corrupção e falta de  ética dos políticos? Frise-se bem: só após 12 longos anos, por  iniciativa do estudante Cícero Cotrim, 16, o qual usou o Facebook para arregimentar os manifestantes, alguém foi às ruas externar o sentimento  de vergonha dos baianos por esse metrô calça-curta.
Com sua observação, Arias acusa, sem o saber, o processo de acomodação ao governo petista de instituições como a UNE, MST e centrais sindicais, as quais, em passado não muito distante, eram a vanguarda das lutas reivindicatórias, levando-as às praças públicas. E como inexistem movimentos populares sem lideranças, com a rendição dessas representações, faltou quem abrisse os olhos do povo.
A UNE, por exemplo, de memoráveis campanhas políticas como a luta pela redemocratização do país após a ditadura militar, hoje praticamente vendeu-se ao lula-petismo por quase R$ 50 milhões para construir uma sede nova. O MST, financiado pelo governo, e os sindicatos, beneficiados por um veto de Lula isentando-os de prestar contas ao TCU dos imensos recursos oriundos do Imposto Sindical, seguem o mesmo caminho.
O PT cooptou a vanguarda das massas em todo o Brasil. Pior ainda: colocou-as a seu serviço em situações degradantes, a exemplo da UNE quando defendeu a corrupção, comprometendo-se com a tese de que o escândalo do mensalão não passava de um ‘golpe da mídia’. O movimento estudantil na Bahia, bastante combativo no passado, segue o exemplo e não é mais o mesmo. Vamos torcer para que a iniciativa de Cícero Cotrim faça renascer os brios de uma classe cuja ação independente contribuiu em muito para o Brasil chegar ao patamar de uma  democracia em desenvolvimento.

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Florival Oliveira: « Je cherche à comprendre ce que doit être le moderne »

Publié le 31 janvier 2011 par bahiaflaneur

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photo Florival Oliveira

1962.  Florival, dix ans d’âge, coupait déjà des parallèpipèdes avec son père. « Mon père me montrait le bois et le travail du bois, mon premier travail, en 1964, s’effectua avec un petit tronc d’umburana » Où ? À Riachão do Jacuipe, petit monde rural, d’alors 3.000 habitants, à cent-quatre-vingt kilomètres au nord de Salvador. Par sa mère, fille de vacher, et par son père, Florival a toujours eu, ainsi, une proximité d’initiation « avec le contexte des parcs à bestiaux et l’art d’élever le bétail ». Surtout dans cette région du sertão, au sol salin, qui « est notre réalité, plus précisément l’agreste, le semi-aride, la région de la Vale do Jacuipe, qui rejoint plus loin le fleuve Paraguaçu ».
Le grand-père est fermier et vacher, « Antônio da Boa Sorte », qui donne le nom de la propriété familiale, et a déjà une voiture. Tandis que le père, Florival Carvalho, géographe, qui fut élève  dans les années 40  d’un peintre renommé - Presciliano Silva - aime également photographier et a monté son propre sudio, en 1975, dans la propriété familiale. « Mon père organisait l’espace pour son travail et j’étais impliqué dans toutes les manifestations d’artisanat ». Dans la bibliothèque de son paternel, il est fasciné par les revues d’art, qu’il dévore, et par « l’expression des visages dans les reproductions de tableaux de Modigliani ». Très curieux, il y passe des heures, entre autres avec la revue Habitat.
L’atmosphère villageoise s’étire entre artisanats - cuir, bois - et traditions populaires : cinéma en plein air, cirques, philarmonies, repetentistas, tziganes, animent les fins de semaines de Florival. Un film se tourne dans les alentours du village, « O Caipora », de Oscar Santana, en 1963; bien sûr, Florival se rend sur le tournage : « le contexte dramaturgique du film présentait de grandes similitudes avec notre contexte culturel et celui qui n’avait pas les clés de ce contexte était exclu de la société ».
Alors que son père a quitté ce monde en 1972, Florival arrive à Salvador à l’âge de 23 ans. Années de dictature. « J’ai expérimenté, là, toutes les possibilités de l’art ». Moments de lutte étudiante aussi. Et Théâtre au Goethe Institute (ICBA) - où il connaît le cinéaste Araripe et toute sa génération, dont la future directrice du MAM, en 2007/2010, Solange Farkas, alors jeune attachée de presse du festival de cinéma Jornada ou bien encore le producteur de cinéma Zelito Vianna - « mais j’étais intraverti et je parlais très peu ». Dessin à l’Escola de Belas Artes de l’université fédérale, où il rencontre un moniteur qui l’emmène faire des dessins de modèles, et « là, j’ai compris le geste, l’action ». 1978, donc. Florival montre une grande habileté avec le dessin, mais continue parallèlement des gravures, la photographie, et d’aller au cinéma. » La personnalité et le travail d’Hélio Oiticica - alors quasi inconnu dans cette Escola de Salvador - le fascinent et Florival travaille et créée des œuvres à partir de feuilles de journaux. Quelques années plus tard en 1986, il fera une exposition individuelle à l’ICBA, avec cette matière.
Avec tous ses amis , le moment est toujours à la lutte contre la dictature, via le mouvement étudiant. Le congrès national de l’union nationale des étudiants (UNE) a lieu à Salvador en 1979. Souvenir fort pour Florival, pour toutes les amitiés soudées là. Et la joie de voir défaite l’armée…
De 1980 à 1985, viendront l’étude approfondie de la gravure lithographique, de la gravure sur métal, puis de celle sur bois. Mais Florival veut alors surtout « revenir au passé, à la réalité rurale, où vivent les noirs, les blancs, les métis, les indiens » et « rencontrer une réalité nébuleuse ». L’artiste sait qu’il s’est « forgé » là, à Riachão do Jacuipe. Et souhaite ardemment « se concrétiser, s’affirmer avec ces questions, frontalement ». Ce début des années quatre-vingt le voit intégrer l’équipe de professeurs du Musée d’Art Moderne, grâce à des amitiés construites durant ce moment de lutte. L’y côtoient comme enseignants, déjà, les artistes Almandrade, Vauluizio Bezerra, Caetano Dias…

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autoportrait de Florival Oliveira

L’année 1988 le verra enseigner son art, volontairement, à la prison de Salvador - Lemos de Brito, dix semaines durant. Dans le cadre d’un projet - Teje Solto - dirigé par Antonia Adorno. De retour chez lui, il peindra,  en 1989, parmi d’autres tableaux, «A viagem de uma morte matada », à partir de la technique tempera*. L’ensemble sera exposé à l’ICBA en 1993, et Florival enverra un book photographique de cette mostra en France, pour des galeristes. Sans suite.
1991… Trente ans après, il reprend la sculpture sur bois, et s’évertue « à creuser, à retirer la matière ». En 1993, une exposition à la galerie de l’école ACBEU avec 21 sculptures des trois dernières années, ainsi qu’une autre exposition dans le terreiro de candomblé Ilê Axé Opo Afonja, naîtront. « Travailler avec la gouje, le marteau » le fascine chaque jour un peu plus. Parallèlement à l’enseignement, Florival étudie de nouvelles techniques, telle le tempera*, 11 tableaux seront exposés au début des années 2000, encore à l’ICBA, lors de l’exposition collective « A pintura baiana ».
2002. Le galeriste Paulo Darzé croit en Florival et devant la « majestuosité » de ses œuvres, les intègre à son fonds. Il lui offre ainsi une place sur le marché de l’art brésilien, et depuis lors, Florival fait partie de la petite demi-douzaine d’artistes sous contrat permanent avec la galerie Darzé.
Année 2007. La direction du MAM change, et la nouvelle directrice, Solange Farkas, nommée par le nouveau secrétaire d’Etat Marcio Meirelles, décide de licencier douze des dix-huit professeurs… Florival retrouve, ainsi, son Riachão de Jacuipe… Mais la passion pour la sculpture n’est en rien altérée, dopée par ses ventes via la galerie Darzé. « Vous prenez le chaos et vous l’organisez ». « Cela donne la Meia Lua. Etudier la brûlure du sisal permet d’entrevoir des structures pour le chanfrein», me confie Florival. « C’est une autre réalité artistique, avec le principe de la demi-lune et cela renvoie aux hélices de barrils, de canots, d’arcs. » Pour « rencontrer la projection de ces formes » Florival Oliveira remarque qu’il est possible d’ «effectuer une lecture du travail de l’artiste, ainsi, par les mathématiques, la physique, à travers la forme ».

* Poudre mêlée à du pigment, travaillée à sec, à laquelle se superpose une couche de colle. L’artiste dispose alors des journaux sur l’ensemble et les retire.

- 1 tableau (tempera vinil sobre tela - 2,50 m  x 1,60 m) de Florival Oliveira est intégré au fonds du MAM de Bahia.

http://florivaloliveira.blogspot.com/

http://www.paulodarzegaleria.com.br/agosto.htm

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Araripe ou Arara, c’est comme vous voulez: un destin cinématographique

Publié le 15 janvier 2011 par bahiaflaneur

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Araripe, après l'interview...

“I’m wild again, beguiled again, a wimpering, simpering child again, bewitched”
Chanson interprétée par Anita O’Day,
incluse dans l’épisode 1A
des Histoire(s),
de Jean-Luc Godard

Avec sa mère adorée nommée Fantine (!!), musicienne et peintre, et l’un de ses plus proches ascendants du nom de José de Alencar, l’un des plus grands écrivains du Brésil, le destin de José Araripe Junior, surnommé Araripe par son père et par nous tous à Bahia, aurait du suivre une ligne… disons… livresque. Et bien non, pour le bien de notre regard. En passant par quelques détours artistiques, c’est le celluloïd qui adopta le natif d’Ilhéus, pour qu’enfance, Bahia et poésie n’y forment, bien souvent, qu’un même et unique photogramme.

Quand j’ai aperçu, au loin, Araripe venir à mon rendez-vous, le canotier légèrement relevé, en sandales, presque d’un pas dansant, à l’ombre des arbres imposants qui bordent les trottoirs de la rua da Graça, c’est l’image mentale, vague, floue, d’un Charles Trenet sifflotant, matiné d’apparente insouciance, qui m’est venue à l’esprit. Araripe « connaissait mes yeux », m’a-t-il dit d’emblée, la main à peine serrée. Salvador est de plus en plus petit, pour le flâneur… Tandis que j’en souriais et que mes yeux alors se recouvraient de lunettes noires, pour cause du très fort soleil dans les jardins du Palacete das Artes, me venait à l’esprit l’envie de répondre à Araripe - ou Arara pour les intimes - d’une boutade : oui, je savais que ses yeux regardaient déjà dans un œilleton de caméra Super 8, à l’âge de 13 ans (!!), pour tourner son premier court-métrage, la fiction « João Cidade »… Car celui qui naquit en 1959 - qui connaît tout et tous à Bahia - écrivait déjà à 9 ans des poésies, des piécettes théâtrales, avant d’étudier aussi le dessin, par correspondance… Puis vint la quinzième année, où une école d’agriculture, dans cette grande région de plantations de cacao - où naquit également Jorge Amado - lui permit d’acquérir des savoirs sur l’alimentation. Mais le virus artistique ne le lâchait pas : primé dans de nombreux festivals de musique, il remporta également le festival de la ville d’Itabuna, et sa chanson Prisão de ventre, très critique envers le pouvoir, fut interdite par le pouvoir fédéral d’alors. Les années 70, sombres, étaient bien là, et en 1977, il déménagea avec sa mère pour Salvador, où il fréquenta assidûment, logo, comme spectateur, les toutes premières Jornada international de cinema**, et le Goethe Institute (ICBA) où il rencontra, entre des dizaines d’autres rebelles, un certain… Peter Pryzgodda, monteur de Wim Wenders, et déjà amoureux des paysages de Bahia. Mais ceci est une autre histoire, dette journalistique oblige… Parallèlement, l’entrée à l’université fédérale, section Arts plastiques*, confirma les choix d’Araripe. Puis vinrent les premières participations comme assistant ou acteur de troisième rôle, comme sur le long-métrage « O ultimo Heroi de Gibi ». La scène le fascinant, acteur né, Araripe fut s’inscrire au cours de théâtre, proposé par la compagnie Teatro Livre da Bahia, hébergée dans le Teatro Vila Velha, et dirigée par le plus fameux acteur et metteur en scène de théâtre bahianais du siècle, Joao Augusto. Là, doué qu’il était, il écrivit des pièces, joua et voyagea avec la troupe à travers le Brésil. Aussi, il conçut des décors, tel celui de la mise en scène d’un texte*** de Caio Fernando Abreu. Mais « ces années de plomb », de dictature, n’étaient aisées à vivre et Araripe fut même inculpé par la police fédérale, en 1979, pour sa participation au spectacle « Gracias a la vida » du chilien Isaac Chacron.

Fondu. L’approximation d’Araripe avec d’autres apprentis cinéastes se dessina à l’horizon des années 80, avec la création du groupe Lumbra Cinematografica. Leurs intégrants, du nom de Pola Ribeiro, Edgard Navarro ou Fernando Bélens, ceux là mêmes qui, avec d’autres, peu ou prou, forment en 2011 le décor cinématographique officiel ou créatif de Bahia, souvent pour son bien ou quelques rares fois pour son moindre mal. « Des dizaines - oui ! - de courts-métrages en super 8, 16 mm et 35mm virent le jour », me confirme Araripe. Les barrières artistiques existant peu dans la Bahia d’alors, Araripe fut ensuite embauché comme reporter de cinéma pour une télévision. Il y réalisa cinquante-deux reportages, tous en 16 mm. Fit l’acteur, principal, aussi, comme pour le court-métrage Porta de Fogo, d’Edgard Navarro. D’autres collaborations vinrent, dans le graphisme ou l’édition, mais au milieu des années 80, l’enfant d’Ilhéus monta sa première entreprise de production cinématographique et artistique. Elle trouva rapidement ses clients dans le monde publicitaire, et dix ans passèrent, vite, au rythme de centaines de campagnes. Sans oublier, pour Araripe, de créer et d’implanter un circuit, provincial, de cirques culturels… Pendant ce temps, avec les gains obtenus, Araripe produisit les premiers films en 35 mm du groupe Lumbra…
Au cours de ces années 90, il cessa ses activités et entra, par concours, à l’université fédérale, comme professeur des sections de création et production en dessin, radio, télévision et cinéma. Douze ans durant, séminaires, cours, mais également, comme free-lance, des centaines de scénarios et de mises en scènes, se suivirent, pour des filmes d’entreprises comme pour des campagnes électorales. Une autre vie.

Et le cinéma continuait de l’accaparer, tant par l’écriture de scénarios, que par la création, puis la direction, de l’ABCV-BA, association montée « pour sensibiliser les pouvoirs publics à investir dans le cinéma ». Mais «  mes visites au baron de l’époque - Antônio Carlos Magalhaes - furent peu fructueuses pour Bahia. Par mes relations, je parvins à être nommé représentant du secteur cinéma dans le Conselho de Cultura, organe qui approuve ou non les subventions », me confie-t-il. Pendant ce temps, il réalise d’autres courts-métrages, dont le très primé « Mr Abrakadabra (1) » (15 prix, projeté en 40 pays), puis « Radio Gogo », et parvient surtout à intégrer l’équipe de trois metteurs qui viendra mettre fin, héroïquement, à 18 années de « sécheresse », à Bahia, sans la moindre réalisation d’un long-métrage. « Três historias da Bahia », sorti en 2001, annonça ainsi une «reprise (retomada)» qui se dessinera vraiment en 2005/2006. Grâce à deux ou trois productrices (Araça Azul, Truque Produtora de cinema TV e Vídeo Ltda) et producteurs, dans l’ombre, efficaces et compétents. Nous reviendrons à elles et eux dans les semaines à venir.

araripe6ef80a21ef80a22011Araripe, aux commandes. 2007. Luiz Inacio Lula da Silva redevient président de la République et Gilberto Gil, toujours épaulé par Orlando Senna pour le domaine du cinéma, continue ministre de la culture. Tout le Bahia qui « compte », ou presque, ainsi, poursuit sa route administrative dans le sillage de l’auteur d’ « Aquele abraço » et de nouveaux « meilleurs représentants » dans les domaines des arts prennent la direction de Brasilia, Sao Paulo et Rio de Janeiro. Le Brésil Culturel est alors bahianais, d’abord et surtout. Araripe fait partie du voyage, bien sûr. Il va participer à la création puis diriger, pour la partie Contenus, la TV Brasil, télévision publique. Des dizaines de programmes et d’émissions, à la liberté de parole totale, vont naître et perdurent en ce début de 2011, malgré de sérieuses précédentes divergences (démission de Orlando Senna, sur laquelle nous écrirons plus tard) sur les structures (« je ne me dispute pas gratuitement, je ne suis pas pour la confrontation » : que ce soit les différences sexuelles, les musiques traditionnelles, les défis technologiques, y ont une représentation digne et ample, dans des émissions. Et pour Araripe, ces huit années de PT au pouvoir « ont permis de montrer la force de Bahia, dans la culture, qui est réelle ». Sans nier le fait réel que « l’être humain tend à exiger tout, tout de suite », il rappelle combien les mécanismes institutionnels « doivent être soudés à des systèmes de vigilance, dont les coûts sont très grands, mais permettront une consistance bienvenue pour l’avenir culturel du Brésil ». Car, pour le cinéaste « la démocratie au Brésil continue avec les vices de l’autoritarisme et du coronelismo ». Et ce n’est pas « avec moins de vingt ans de démocratie que l’on peut casser ces mécanismes monstrueux. Il faut du temps malgré nos efforts ». Araripe est formel : « J’ai lutté pour l’amnistie, la redémocratisation, maintenant, je souhaite, je veux agir, n’en déplaise à ceux qui m’ont vu quitter le milieu artistique créatif et rejoindre le pouvoir central ». Bien sûr, il déplore qu’ « à Bahia, le débat intellectuel est mort (na Bahia o debate morreu) » et que la « rupture principale s’est faite avec le public ». Mais Araripe, dans son conseil administratif de TV Brasil « est bien obligé de composer avec les forces en présence ». Et il est certain « qu’à mon poste, je suis plus utile qu’en train de me tuer à faire des films et être obligé d’être présent dans cette vanité de festivals, de bajulaçao ». Même si les incessantes « cassures des barrières public/privé » qu’il observe ça et là le dégoûtent, il affirme que « tous les mécanismes de budgets participatifs sont républicains et construisent un Brésil plus juste, pour demain, où chaque Brésilien sera un protagoniste ».
En attendant ce demain (ou cet après-demain ?) l’inlassable Araripe avait lancé en 2004 son premier long-métrage, « Esses Moços » (« Ces jeunes hommes »). Un film où « la dramaturgie est minimaliste, dans une histoire simple, une universalisation de sentiments humains ». Malgré les trois personnages principaux, deux enfants et un homme âgé, « la ville est un personnage, aussi ». La ville, c’est bien sûr Salvador, et plus particulièrement la Ville Basse où le film a été tourné. Le scénario lui a été inspiré par un fait réel d’un grand-parent atteint d’une maladie dégénérative, et du mariage de deux vieux, dans un hospice. Sujet difficile mais traité en flânant, « sur la trace de deux enfants, qui guident le spectateur». La chanson du film a été composée par son copain Gilberto Gil. En intégrant le décor de la ville basse de son enfance, où existait le train, Araripe a voulu montrer aussi une « métaphore du déclin du sytème ferroviaire », car pour celui qui donna comme titre à l’un de ses films courts, le nom des frères lyonnais «  le train est dans l’imaginaire du cinéma ». Pari réussi, par le filmage et le rythme du film. Une unité formelle, un sens, s’en dégage. Araripe prend le temps. Pour évoquer sa distribution, Araripe aime rappeler que la compagnie aérienne Air Fance, récemment, prit aussi son temps (rires), « puisqu’elle a projeté mon film pendant plusieurs mois sur chaque vol de la ligne Rio-Paris ».

L’avenir du cinéma. « En 1990, nous étions quarante cinéastes à Bahia, aujourd’hui 500 se disent cinéastes », affirme sans détour Araripe. « Tout le monde est en manque, l’université forme des cinéastes et l’industrie n’a pas grandi ». À ce mot, « industrie », nous tentons d’obtenir des informations sur la promise création, en fin de premier mandat de Lula, d’un Grand Pôle de Cinéma, industriel, dans les faubourgs de Salvador, vieux projet pharaonique ressucité. Nous savons, personnellement, sans les livrer, de détails financiers croustillants, sur les atermoiements et les erreurs grossières de planification et de budget, voire les situations ubuesques, vécues par des responsables bahianais du cinéma et de la culture, hors de Salvador. Et nous attendons des recoupements… Rien… Bien au contraire, à la suite de notre question, s’en suit un long silence, d’environ deux minutes - c’est long, deux minutes - clos par un « Je ne sais pas quoi dire (nao sei dizer) » et un « tu devrais parler à tel et telle (il me cite les prénoms des responsables locaux, et j’en ris jaune) (você deve perguntar a eles »). Le sommet du crâne d’Araripe, la nuque en chute libre, a frôlé, alors, quelques secondes, la surface de la table qui nous réunit… L’homme blessé, livide, muet, qui ne me regardait plus, m’a fait face un court instant. L’homme de décisions administratives, le décideur, a repris le dessus et s’est tu, comme étouffé. Il aurait fallu filmer un tel moment…
Et filmer, en 2011, qu’en est-il, Araripe ? « Le public s’est diversifié et les cinéastes ont l’obligation de s’intégrer via les nouveaux médias », car il va de soi qu’une « narration de 1 minute ou un festival de films de 5 mn doivent être considérés comme du cinéma », pour Araripe. Et le court-métrage « doit être considéré, comme il l’est en France par exemple ». À Bahia, récemment, il a beaucoup aimé le « Sarcofago » de Daniel Lisboa, tandis qu’à Sao Paulo, il détacherait le récent « De repente, o divino ». Je souris. Réflexe de cinéphile et de jugements propres. Du pays des frères Lumière, et de «son immense respect du cinéma français, de cinéastes comme Truffaut et Godard », rappelant que le Brésil est « colonisé, dans le meilleur  sens du terme, par la France », Araripe connaît peu la géographie et ne s’y est rendu qu’une seule fois, pour son travail. Mais « les œuvres de cinéastes comme François Ozon et Bruno Dumont m’intéressent au plus haut point », me lâche-t-il. Sa formation et sa pratique de dessinateur le poussent aussi à « admirer des créateurs comme Tardi, Moebius ». À une deuxième question gênante sur l’absence de vote la réforme du mécénat pour les secteurs culturels (Lei Rouanet) et sur la disparition pure et simple du projet de création de l’ANCINAV - basé sur le modèle français du CNC - vaincu par les lobbies, une bonne part des milieux du cinéma de Rio de Janeiro, la télévision Globo et des cinéastes - tels les imbus, imbuvables, et encore puissants sexagénaires Luis Carlos Barreto et Carlos Diegues (auteurs de l’insupportable phrase « a vocaçao de fazer cinema é no Rio ») - Araripe se réveille : « L’ANCINAV vaincra, son jour va venir, enfin ! ».
Araripe, quelle figure ! Bahia !

* Il intégrait le groupe « Geração 70 », formé par les jeunes artistes plastiques Florival Oliveira, Guache Marques, Maso, Zivé Giudice, Bel Borba et Deca Conde. Nous essaierons de les interviewer au fur et à mesure.
** Fondé par Guido Araujo, ce festival annuel fêtera, en 2012, ses quarante éditions.
*** Pode ser que seja so leiteiro, mis en scène par Walter Seixas.

(1) “Un classique du court métrage du Brésil”, selon le cinéaste Edgard Navarro. Ce film fut tourné à Cachoeira. En noir et blanc avec le chef opérateur René Persin, mort en 2002…. Il était arrivé le 12 avril 1952 à Rio de Janeiro, et y avait débuté sa carrière comme assistant aux Actualités Françaises, où il devint cinéaste. Il réalisa de nombreux documentaires pour cette société et fut connu pour sa capacité à utiliser la caméra à la main. Pendant la guerre, il partit à Bruxelles, où il restera deux ans, couvrant la mode et le sport pour les journaux filmés allemands. A la suite du débarquement allié en Normandie, il revint à Paris, se lia à la Résistance, filma le départ des Allemands et l’entrée des Américains dans la ville. Il revint aux Actualités Françaises. Jean Manzon, qui était un ami de la famille et qui avait fait la Guerre d’Espagne avec son frère André, l’invita à aller au Brésil. Là il réalisa son premier documentaire sur une favela “Casa popular”, qui n’enthousiasma en rien le jeune photographe spécialisé dans la mode. Le second fut sur la construction d’une route dans le Mato Grosso. L’unique avantage de ce travail était que pour la première fois il était son propre patron, dans la société creéé avec Manzon. Il filma la construction de Brasilia, où il demeura quatre ans. Quand il se sépara de son compatriote, il créa la société PPP  (Persin, Perrin Productions) et réalisa des centaines de documentaires et de films publicitaires. Il remplaça Jean Bourgoin comme directeur de la photographie pour Orfeu Negro, de Marcel Camus, qui était également son ami. Il s’assure responsable de la scène du garage des tramway, où se déroule une poursuite. Il ne fit pas d’autre long métrage, se consacrant entièrement à la publicité - ce fut lui qui réalisa la publicité du whisky Passport, avec David Niven, qui fut un grand succès à la télévision. En 1989, lors de la campagne présidentielle, il filma Collor et Lula. Persin goûtait les délices de la retraite dans sa propriété à Itaipava, jusqu’à son décès.

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NOTE : À l’occasion de l’actuel 1er Festival du Film Bahianais (courts et longs), à Ilhéus, qui se produit depuis dimanche 9 janvier 2011 jusqu’à ce samedi15 janvier 2011 au soir, Araripe nous a confié sa déception, « en tant qu’enfant du pays ». Né à Ilhéus, pas un de ses films n’est en compétition, pas plus qu’il ne fut invité à titre extra : « Je trouve cela plus qu’étrange. Ils veulent falsifier l’histoire ».
palmarès ici :  http://www.feciba.com.br/

EDGARD NAVARRO, cinéaste de Bahia,
qui va lancer au 2e trimestre 2011
un nouveau long-métrage,
(O homem que não dormia)
évoque pour nous son ami Araripe


- Você foi ator do “ELETROS…”.. Que lembranças de rodagem e da personalidade do Araripe você tem?
Apesar de ser 10 anos mais novo que eu (nós nos conhecemos ali no final da década de setenta), houve um encantamento mútuo. Araripe era arrojado, talentoso, intrépido, anarquista e bem humorado.Artista de muitos instrumentos, estudava artes plásticas, era bom em desenho, ensaiava a pintura, se metia com teatro e adorava cinema. Foi companheiro de muitas alegrias e vitórias de nosso desabusadocineminhasuperoito. Que, se por um lado era raquítico, por outro era muito altivo, vigoroso, se considerarmos a ousadia quase temerária que representava afrontar os valores estabelecidos em plena ditadura militar.

- Antes do “ELETROS…”, em que condições você conheceu Araripe para juntar-se a ele na “LUMBRA”?
Justamente essas afinidades eletivas nos levaram a um querer produzir coisas juntos, um participando dos filmes dos outros; foi um nada pra que o grupo se formasse, de forma orgânica, porque já convivíamos quase que diariamente. O grupo teve alguns participantes eventuais, mas o núcleo principal era formado por quatro jovens sonhadores e atrevidos: nós dois, Fernando Beléns e Pola Ribeiro. É interessante observar que a LUMBRA teve 3 fases: a primeira foi inteiramente informal, como um namoro sem compromisso; a segunda começa quando resolvemos criar uma estrutura formal, empresarial, pra produzir filmes; conseguimos realizar muitos curtas e médias metragens num período de 10 anos. Uma terceira fase pode ser caracterizada como um casamento que envelhece; vêm as cobranças, as discordâncias, as cisões, e a inevitável separação. Felizmente nunca nos tornamos inimigos, mas aquela amizade que parecia eterna se fragmentou em períodos cíclicos, esporádicos; acho que subsiste uma união mais estável entre Pola e Araripe, entre mim e Fernando. Entretanto, mesmo à distância continuamos nos respeitando e nos desejando o bem.

edgardnavarro

E. Navarro sur le tournage de O homem que não dormia - Photo de Calil Neto

- “TRÊS HISTÓRIAS” foi quebrar 18 anos de seca no cinema baiano… Como você veja o lugar do Araripe nesse momento que foi fundamental?
Juntamente com Pola e outros companheiros, Araripe ajudou a construir uma estrutura organizada, através da associação de classe, para promover a luta política no caminho de retomada do cinema que se faz na Bahia. Até ali os governantes haviam se mantido numa atitude de descrença e descaso em relação ao audiovisual. As reivindicações provocaram uma reação positiva e assim começou oprocesso que resultou na criação de um edital para a realização de 3 curtas de episódios que se juntariam pra formar um longa, o primeiro longa baiano depois de décadas. A verba era insuficiente e o próprio Pola recusou-se a participar do concurso, por julgar (acertadamente) que a verba destinada à realização do projeto terminaria por inviabilizar sua realização. Dos muitos concorrentes que se apresentaram (inclusive eu), Araripe estava entre os selecionados, juntamente com Edyala Iglesias e Sergio Machado. Vale lembrar que Araripe vinha da consagração nacional de seu MR. ABRACADABRA - um clássico do filme curto brasileiro - e esteve no centro de todo esse processo, onde seguramente contribuiu de forma decisiva pra que essa retomada se efetivasse. Foi um processo tortuoso e ingrato para todos os que nele estiveram envolvidos, mas finalmente o imbróglio foi resolvido com a interveniência salvadora da Truq, produtora local capitaneada à época por Moisés Augusto e
SYLVIA ABREU. De modo geral, se o resultado estético não pode ser considerado nenhuma maravilha, o fato é que a semente estava plantada. Há, portanto, que se reconhecer a importância daquele momento pra a continuidade do processo que iria redundar na produção sequenciada que temos hoje, cuja produção, embora ainda esteja longe de ser a ideal, sofreu avanço significativo se comparada ao que vivemos no passado. Além do mais, no set do TRÊS HISTÓRIAS se formaram muitos profissionais que na época eram estagiários imberbes e hoje atuam com competência no mercado. No mínimo, portanto, o filme serviu como escola pra muitos jovens entusiastas que depois se tornaram cineastas experientes e premiados. ESSES MOÇOS viria logo em seguida, ajudando a consolidar o processo de retomada do cinema baiano que em seguida (2001) continuaria com a criação, pelo governo do estado, de um edital mais consistente, ao qual se seguiram outros, no decorrer dos últimos anos, propiciando a realização de outros longas, além de muitos curtas e vídeos, inclusive para iniciantes.

- “ESSES MOÇOS” parece fiel ao Araripe que você conhece ?
Acho que “ESSES MOÇOS” tem o seu encanto, mas padece do mesmo mal que de alguma forma nos assolou a todos, quando nos vimos engessados pela estrutura paralisante de um cinemão que busca atender a plateias mal formadas, insensíveis ao cinema minimalista, humanista e, a seu jeito, questionador que ESSES MOÇOS representa, bem assim os filmes que Fernando, Pola e eu próprio fizemos, submetidos à tal estrutura mega-peba a que me refiro acima. Quanto a ser fiel ao Arara que conheço, eu diria que todos somos muitas pessoas numa só. Reconheço em alguns momentos o rapaz atirado, irreverente e brincalhão que me encantou com seus CONTOS DE FARDA. Noutros momentos nos tornamos sisudos, insossos, esquecendo-nos dos meninos travessos que fomos antes e que tanto bem nos fez e faz, quando acontece de nos livrarmos momentaneamente do peso e das coisas graves e sérias. Ainda espero (e isto se aplica a todos nós, lumbráticos ou não) ver um Araripe inteiramente emancipado dessas estruturas todas (políticas, burocráticas,etc), em desabalada carreira de moleque, com uma ideia na cabeça e uma câmara na mão, correndo atrás de seu sonho imorredouro e que se chama FIAT LUX e RETINA GATILHADA e LUMIÈRE, MEU FILHO, O QUE É VOCÊ ESTÁ FAZENDO NESSE QUARTO ESCURO?

- De quais padrinhos cinematograficos você teria tendencia a associar Araripe?
Houve um tempo em que eu e Araripe estivemos muito próximos um do outro e nunca o vi apaixonado por nenhum cinema francês; talvez Méliès… Tati… Ah! Tirava um sarro de Godard, inventou um título - ESPERANDO GODARD - pra o número da revista CINEMA LIVRE que editamos, isso em 1986 ; acho que ele também gostava de Truffaut ; mas penso que preferia Fassbinder, Herzog, Wim Wenders… E Pasolini, Fellini, Kubrick; e, mais do que qualquer outro, creio que seu ídolo era Chaplin. Entre os brasileiros, lembro de tê-lo visto entusiasmado com CABARÉ MINEIRO (1980), de Carlos Alberto Prates Correia. Mas, sinceramente, estas informações terão que ser checadas com o próprio Arara, porque estão nebulosas em minha lembrança.

- O que você pensa do percurso geral do Araripe e se seu estilo perdurou ao longo dos anos, sem se enfraquecer ou não…
Difícil atender a expectativas de que nosso estilo perdure ao longo dos anos. Acho que somos feitos de substância perecível e estamos sujeitos às mesmas leis naturais; tudo nasce, cresce, fenece e morre. Com Arara não poderia ser diferente; acho absolutamente compreensível que ele, como qualquer outra pessoa, tenha sido capturado pelo imperativo da sobrevivência, envolvendo-se com os diversos papéis que a vida exige que representemos - aliás, Araripe também é ator, que nem eu… Daí um dia talvez a gente vai se ver livre de tudo quanto é papel, obrigação… e o resto eu já disse: quero que não demore esse dia em que nos veremos emancipados dessas estruturas todas (políticas, burocráticas, etc.), em desabalada carreira de moleque com uma ideia na cabeça e uma câmara na mão, correndo atrás de nosso sonho imorredouro, et
c.

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- Vous avez été acteur du film “Eletros…” Quels souvenirs de tournage et de la personnalité d’Araripe gardez-vous?
Bien que je sois son aîné de dix ans (nous nous sommes connus à la fin des années 70), il y eut un enchantement mutuel. Araripe était fonceur, hardi, intrépide, anarchiste et drôle. Artiste aux talents multiples, il étudiait les arts plastiques, était bon en dessin, se prêtait à peindre, s’essayait au théâtre et adorait le cinéma. Il fut le compagnon de nombreux moments de joie et de victoires de notre désabusé cinéma superhuit. Qui, si d’un côté était rachitique, de l’autre était très actif, vigoureux, si nous considérons l’audace presque téméraire que représentait le fait d’affronter les valeurs établies en pleine dictature militaire.

LumbraCinematográfica

groupe de "Lumbra Cinematográfica" (photo droits réservés)

- Avant “Eletros”, en quelles circonstances avez-vous connu Araripe pour vous réunir dans le groupe “Lumbra”?
Justement ces affinités électives nous amènèrent à un “vouloir” produire des choses ensemble, l’un participant dês flms dês autres; ce fut de rien que le groupe naquit, de forme organique, car nous convivions déjà presque journellement. Le groupe a eu quelques participants éventuels, mais le noyau était formé par quatre jeunes rêveurs impertinents: nous deux, Fernando Bélens et Pola Ribeiro. C’est intéressant d’observer que le groupe Lumbra a eu trois phases: la première fut entièrement informelle, comme une relation amoureuse sans engagement, la seconde commença quand nous avons résolu de créer une structure formelle, d’entreprise, pour produire des films; nous avons réussi à produire de nombreux courts et moyens métrages sur une période de dix ans. Une troisième phase peut ête considérée comme un mariage qui vieillit mal; viennent les réclamations, les discordances, les cissions, et l’inévitable séparation. Heureusement nous ne sommes jamais devenus ennemis, mais cette amitié qui paraissait éternelle se fragmenta en périodes cycliques, sporadiques; je crois qu’il subsiste une union plus stable entre Pola et Araripe, d’une part, et d’autre part entre moi et Fernando. Pourtant, même à distance nous continuons de nous respecter et nous souhaitant le meilleur.
- “Três historias” a rompu dix-huit années de silence sans production et réalisation de long-métrage à Bahia. Quelle place donnez-vous à Araripe dans ce contexte?
Conjointement avec  Pola et d’autres companheiros, Araripe a aidé une structure organisée, à travers l’association de notre classe, pour promouvoir la lutte politique sur le chemin de la “reprise” du cinéma qui se fait à Bahia. Jusqu’alors les gouvernants s’étaient maintenus dans une attitude d’incroyance et de désunion envers l’audiovisuel. Les revendications provoquèrent une réaction positive et ainsi commença le processus qui aboutit à la création d’un affichage public pour la réalisation de trois courts, épisodes qui se rassembleraient pour former un long-métrage, le premier long bahianais après des décades. Les fonds étaient insuffisants et le propre Pola se refusa à participer du concours public, pour juger (correctement) que ces fonds destinés à la réalisation du projet empêcheraient sa réalisation. Des nombreux concurrents qui se présentèrent (y compris moi), Araripe était entre les sélectionnés, avec Edyala Iglesias et Sergio Machado. Cela vaut la peine de rappeler qu’Araripe sortait à peine de la consécration nationale de son MR. ABRACADABRA - un classique du court brésilien - et était au centre de tout ce processus, ou très certainement il a contribué de manière décisive pour que cette “reprise” fusse effective. Ce fut un processus tortueux et ingrat pour tous ceux qui y étaient impliqués, mais finalement l’imbroglio fut résolu avec l’intervention salvatrice de la société Truque, productrice locale, dirigée à l’époque par Moisés Augusto et SYLVIA ABREU. Si le résultat esthétique de l’ensemble ne peut être considéré exactement merveilleux, le fait est que la graine était plantée. On se doit, donc, de reconnaître l’importance de ce moment là pour la continuité du processus qui irait rejaillir dans la production séquentielle qui est celle d’aujourd’hui, bien qu’elle soit encore loin d’être l’idéale, a montré une avancée significative si nous la comparons à ce que nous avons vécu dans le passé. De plus, sur le plateau de TRÊS HISTÓRIAS se sont formés de nombreux professionnels qui à l’époque étaient des stagiaires imberbes et aujourd’hui travaillent sur le marché du cinéma avec compétence. Pour le moins, donc, le film a servi comme école pour de nombreux jeunes enthousiastes qui ensuite devinrent cinéastes experimentes et primés.
ESSES MOÇOS viendra tout de suíte après, aidant à consolider le procesus de “reprise” du cinéma bahianais qui, dans la foulée (2001) continuera avec la création, par le gouvernement de l’Etat (conservateur à l’époque) d’un affichage de concours public plus consistant, auquel d’autres s’ajouteront, au long dês dernières années, rendant propices la réalisation d’autres longs, sans compter de nombreux courts et vídeos, y compris pour des débutants.
- “Esses moços” vous semble fidèle au Arara que vous connaissez?
Je crois qu’ESSES MOÇOS a un enchantement propre, mais pâtit du même mal qui, d’une certaine manière, nous dévaste tous, quand nous nous sommes vus encerclés par la structure paralisante du grand cinéma qui cherche à atteindre dês publics mal formés, insensibles au cinéma minimaliste, humaniste, et à sa manière, représenté par ESSES MOÇOS, comme également les films que Fernando, Pola et moi faisons, soumis à telle structure mega-peba à laquelle je me réfère plus haut. Quant à être fidèle à l’Arara que je connais, je dirais que nous sommes, tous, plusieurs en un. Je reconnais quelquefois le jeune homme entreprenant, irrévérent et plaisantin qui m’enchanta avec ses CONTOS DE FARDA. À d’autres moments nous sommes devenus sages,  oubliant les enfants espiègles que nous fûmes et qui nous firent et font tant de bien, quand il advient que nous nous délivrons momentanément d’un certain poids et des choses graves et sérieuses. J’espère encore (et cela s’applique à nous tous, lumbráticos ou non) voir un Araripe entièrement émancipé de toutes ces structures (politiques, burocratiques, etc.) dans un libre cheminement de gamin, avec une idée à l’esprit et une caméra sur l’épaule, courrant après son rêve immortel et qui s’appelle FIAT LUX et RETINA GATILHADA et LUMIÈRE, MEU FILHO, O QUE É VOCÊ ESTÁ FAZENDO NESSE QUARTO ESCURO?
-                    De quels parrains cinématographiques auriez-vous tendance à associer Araripe?
Il y eut un temps durant lequel Araripe et moi étions três proches et jamais je ne l’ai vu passionné par un type de cinéma français ; peut-être Méliès… Tati… Ah ! Il méprisait ouvertement les fans, colonisés et médiocrement béats, des films de Godard, et a inventé un titre - En attendant Godard - pour le numéro de la revue Cinema Livre que nous avions édité en 1986 ; je crois qu’il aimait aussi Truffaut mais qu’il préférait Fassbinder, Herzog, Wim Wenders… Et Pasolini, Fellini, Kubrick; et bien plus que n’importe quel autre, je crois que son idole était Chaplin. Entre les Brésiliens, je me souviens de l’avoir vu enthousiasmé avec Cabaré Mineiro (1980), de Carlos Alberto Prates Correia. Mais, sincèrement, ces informations devront être vérifiées avec Arara, car elles sont floues dans mon souvenir.
- Que dire du parcours d’Araripe ?
Il est difficile de répondre aux expectatives que notre style perdure au fil du temps. Je crois que nous sommes faits de substance périssable et que nous sommes sujets aux mêmes lois naturelles; tout naît, grandit, prend fin et meurt. Avec Arara cela ne pourrait être différent ; je trouve absolument compréhensible qu’il ait, comme tout un chacun, été pris par l’impératif de la survie, s’impliquant dans d’autres rôles que la vie exige que nous représentions - d’ailleurs, Araripe est aussi acteur, alors que moi… Viendra le jour où on va se trouver libres des paperasses, obligations diverses… et le reste je l’ai déjà dit : je veux que ne tarde ce jour en lequel nous nous verrons émancipés de toutes ces structures (politiques, bureaucratiques, etc.), en un libre cheminement de gamin, avec une idée à l’esprit et une câmera sur l’épaule. courrant après notre rêve immortel….

(Interview recueillie par courrier électronique)


Araripe, en 1977, acteur à Salvador, au Goethe Institute (ICBA)

Araripe, en 1977, acteur à Salvador, au Goethe Institute (ICBA)

Filmographie:

- Metteur en scène:

1975 : João Cidade (super huit) film perdu
1977: Barroquinha (10′, super huit)
1977: Kitut Tropical (2′, super huit)
1979: Fiat Lux (4′, super huit)
1980 : Lumière, meu filho, o que você esta fazendo neste quarto escuro? (10′, super huit)
1980: Contos de farda (9′, super huit)
1980: Caçador de cabeças (5′, super huit)
1980: Eletros, o grande monumento (21′16″‘, super huit)
1980: Retina Gatilhada (6′, super huit)
1981: Me diz que sou seu tipo (8′, Super huit) (perdu)
1981: Circuluminoso (15′, Super huit)
1990: Festa no Mar (documentaire sur la fête de Iemanjá, avec un regard sur la communauté de pêcheurs du quartier de Rio Vermelho)
1996: Mr. Abrakadabra  (13′, 35mm). Directeurs de la photographie : Ewald Hackler et René Persin.
1999 : Rádio Gogó (20′, 35mm)
2000: Croma o que? (5′, betacam)
2001: Três Histórias da Bahia - de José Araripe Jr., Sergio Machado, Edyala Iglesias, chacun mettant en scène un des épisodes ( “Agora é Cinza”, “Diário do Convento”, “O Pai do Rock”) (96′, 35 mm)
2003: De dia na agricultura, de noite na criatura (5′, DV)
2007: Esses Moços (80′, 35mm)

Scénariste:
anées 80: Pião de Motor. Scénarisé avec Florival Oliveira. Réalisé par Dieter Jung. Documentaire sur les coupeurs de sisal.
1990: Carnaval in Bahia (u-matic, produit par les sociétés Curinga, Truq Vídeo et TV Aratu).  La mise en scène fut de  Pola Ribeiro et de Jorge Fellipi.
1990: Festa no Mar (produit par Moises Augusto Coelho de la société Truque Produtora de cinema TV e Vídeo Ltda).

- Acteur:
1980: dans “J. S. Brown, O Último Herói” (1980), mis en scène par José Frazão, tourné à Salvador.
1983: dans “Na Bahia ninguém fica em pé” (Super 8, 27′), mis en scène par Edgar Navarro.

CHAQUE JOUR, le dessinateur Araripe est ICI

Visionnez ICI, en cliquant sur “Assista” au court Mr. Abrakadabra.

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Acquisitions au MAM: Valéria Simões côtoie les grands

Publié le 21 novembre 2010 par bahiaflaneur

Dorénavant, le fonds du MAM sera composé de 1.212 oeuvres. Dès vendredi, le musée cher à l’architecte Lina Bo Bardi s”est incrémenté de 94 nouvelles pièces, toutes exposées au premier étage du casarão qui jouxte le jardin-parc aux scuptures.  Gravures (Renina Katz, une série de onze portraits signés Luise Weiss), vidéos, peintures, lithogravures (Renina Katz), souvent issus de collections d’artistes de São Paulo. Tels Cristiano Mascaro, le prestigieux prix Atget 1984, avec huit photos en noir et blanc, dont deux de Salvador. Le côtoient, dans le secteur de la photographie, seulement quatre photos, créations de deux femmes natives de Bahia. Beatriz Franco*  et Valéria Simões. Propos de cette dernière, recueillis vendredi soir.

valeriasimoes
BF: Quel est votre état d’esprit, en ce soir d’inauguration?
Valéria Simões:
Je suis très heureuse. Mes trois photos incorporées au fonds permanent du Musée faisaient partie de mon exposition individuelle ici-même. C’est une contrepartie, sous le régime de la donation. C’est la première fois qu’un musée d’envergure internationale acquiert mes œuvres, bien que j’ai été primée deux fois par la Fundação Dannemann. à la 9e Bienal do Reconcãvo en 2008. Mon univers visuel met l’accent sur l’absence de l’être humain. Ces photos (ci-dessus, faite à Saubara, en 2008), l’expriment et lamentent cela.

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* * Instantané de “Ovos que não deitei”, le soir du vernissage, ci-dessous:

beatrizfranco


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