Archive de Tag | "Salvador"

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Le Pelourinho, maison-monde hallucinée d’un alors

Publié le 28 janvier 2013 par bahiaflaneur

Ce film fut tourné entre 1979 et 1981, en 16 mm, par l’artiste plastique Miguel Rio Branco*, aidé par deux collaborateurs, au centre historique de Salvador. C’est un monde défait, d’une certaine manière, qui nous est montré, qui peut agresser le spectateur de 2013. Ce qui est filmé, en effet, cette tragédie, c’est une “porrada” selon l’artiste, mais qui possède une “suavité qui est brésilienne”. Il nous semble évident que seul un regard inquiet pouvait transcender, alors, ces “décrépitudes”. En voici la preuve :

(*) Le nom Rio Branco vient de José Maria Silva Paranhos Júnior (1845-1912), le Barão do Rio Branco, arrière-grand-père de l’artiste, et de son père, le Visconde do Rio Branco, José Maria da Silva Paranhos (1819-1880). La traduction de “Nada levarei quando morrer aqueles que me devem, cobrarei no inferno” peut s’entendre comme “À ma mort, je n’emporterais rien, mais en enfer je réclamerais mon dû à mes débiteurs”

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Hirosuke Kitamura: “Je fais une photo monocolore plus colorée”

Publié le 01 février 2012 par bahiaflaneur

oskejanvier2012Hirosuke Kitamura vint s’asseoir, se lover presque, dans le grand sofa du modeste salon de l’hôtel qui fait face au port de Barra, en cette fin de matinée du mardi 24 janvier 2012, à Salvador. Rasé de près, l’état de relâchement de l’homme aux cheveux de jais nous impressionna, à quelques jours de sa première grande exposition individuelle, hors les frontières latines. Précisément à New York, dès ce mercredi 1er février au soir, jusqu’au 28 avril prochain, dans la grande salle de la 1500 Gallery. Le commissaire de l’exposition, au beau titre de “Hidra”, est le plasticien Miguel Rio Branco, dont nous  traduisons ci-après le texte, inédit, de présentation de “Hidra”.
À voir cet ensemble pictural magnifique, nous reviennent en mémoire ces mots :” Il n’y a pas d’art qui ne soit une libération d’une puissance de vie. Il n’y a pas d’art de la mort, d’abord. (…) L’artiste, c’est celui qui libère une vie, une vie puissante, une vie plus que personnelle”.*

BF: Oske, quelles furent les étapes qui ont précédé la sélection finale des onze photographies-séquences?
HK: J’ai adressé quatre centaines de photographies, toutes prises en moyen format, à Miguel Rio Branco. Très rapidement, son regard a mis de côté une petite cinquantaine de photos. Et à prendre connaissance de ce premier tri, j’ai immédiatement vu que le choix de Miguel correspondait exactement à ma sélection mentale initiale. Puis nous avons ensemble opté, dans son atelier, pour les quatorze images finales.

Comment pourriez-vous décrire l’idée qui sous-tend “Hidra” ?
Comme deux éléments noués, la sensualité et le spiritualisme. Par exemple avec le dyptique, qui ramène à l’univers du candomblé. L’univers de la nuit, comme cadre temporel. Car la nuit, l’image, pour moi, est plus propre, d’une certaine manière. Esthétiquement, visuellement, je préfère la nuit. Je fais une photo monocolore plus colorée (”monocolor mais colorida”). Où l’allégorie, la souffrance, le plaisir, la tristesse, la joie, tous mêlés, sont présents. C’est cette Bahia que je vois, telle, chaotique. Pour résumer, je peux apparenter “Hidra” à la figure du bicho de sete cabeças (l’hydre à sept têtes).

En quel espaces citadins ces images furent-elles effectuées?
À l’exception d’une image faite en Inde, au cœur des années 2000, elles furent, toutes, prises à Bahia.

Quelle sera la taille des tirages exposés?
Le dyptique et le tryptique seront composés de carrés d’un mètre de côté chacun. Tandis que les neufs tirages individuels font 1,20 m x 1,20 m. Aucun d’entre eux, tous tirés sur papier mat Fuji C-matte, ne sera sous verre.

Les Brésiliens verront-ils cette exposition en 2012?
Il est fortement question d’un partenariat de la galerie de New York avec la FaunaGaleria, pour une date à São Paulo, en juillet 2012. Là, devraient s’y ajouter neuf grands tirages, sélectionnés également avec Miguel Rio Branco.

* Gilles Deleuze. “Abécédaire : R comme Résistance”.
Note de BF: Oske est le diminutif/surnom de Hirosuke.

OSKE BAHIA

Quelque chose, en sourdine, advient à chaque instant. Fantômes entre le sexe et la mort, fragments de séduction qui divaguent entre des mondes perdus. La sexualité est transparente, fuyante, et s’envole en fumée sous nos doigts. Comment définir cette sexualité en un lieu où le corps est tout, matériel et consommable? Et ici elle devient fanstasmagorique. Comme dans les contes japonais immémoriaux, il existe un autre monde, mais elle est ici, à nos côtés. Ces images deviennent passage du temps, immatérielles, hors d’une époque définie.
L’intéressant dans la création, dans l’art, réside dans l’individualité réaffirmée de chacun. Ceci est de plus en plus difficile en un monde dominé par la propagande, la publicité, le marketing. Le portrait des créateurs apparaît de moins en moins à travers leurs œuvres. Tout est business, rien n’est personnel. Ici, en ce qui est vu, tout est personnel, vécu et senti. Tout est personnel. Ce sont des différences essentielles en ces temps d’aujourd’hui où l’image photographique devient de plus en plus distante de ce qui est montré.
Mais en art ce qui doit être montré est l’âme et non le thème. Ici les thèmes se diluent et se métissent. Nous ne restons prisonniers d’un lieu ou d’un moment dans le temps, nous passons à une autre phase. Une phase qui nous conduit à un autre espace, un autre monde, une limbe.
Pourtant, au fond, apparaissent des peaux, des doigts, des seins, des sexes, des habits, qui se transforment en masques, offrandes, lumières et sueurs bahianaises montrés par un japonais qui un jour vint à Salvador.

Miguel Rio Branco

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OSKE BAHIA
Algo em surdina surge a cada momento. Fantasmas entre o sexo e a morte, pedaços de sedução que divagam entre mundos perdidos. A sexualidade é transparente, fugidia, e se esfumaça debaixo de nossos dedos. Como definir essa sexualidade em lugar onde o corpo é tudo, material e consumível? E aqui ela se torna fantasmagórica. Como nos contos japoneses de sempre, existe um outro mundo, mas ele está aqui junto a nós. Estas imagens se tornam passagem de tempo, imateriais, fora de qualquer época.
O interessante na criação, na arte, fica na individualidade reafirmada de cada um. Isto está cada vez mais difícil em um mundo dominado por propaganda, publicidade, marketing. Cada vez menos aparece o retrato daqueles que criam através de sua obra. Tudo é business, nada é pessoal. Aqui, no que é visto, tudo é pessoal, vivido e sentido. Tudo é pessoal. São diferenças essenciais onde hoje a imagem fotográfica se torna cada vez mais tecnicamente distante do que é mostrado.
Mas em arte o que têm de ser mostrado é a alma e não o tema. Aqui o os temas se diluem e mestiçam. Não ficamos presos a um lugar ou um momento no tempo, passamos para outra fase. Uma fase que nos faz ir para outro espaço, um outro mundo, um limbo.
Porém no fundo aparecem peles, dedos, seios, sexos, roupas que se transformam em máscaras, oferendas, luzes e suores baianos mostrados por um japonês que um dia chegou em Salvador.
Miguel Rio Branco

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Mestre João Pequeno de Pastinha s’est éclipsé…

Publié le 03 janvier 2012 par bahiaflaneur

“O Que me levou para capoeira foi a vontade de ser valentão”/”Ce qui m’amena à jouer de la capoeira fut la volonté d’être vaillant”. Celui qui s’exprimait ainsi dans les années 2000 portait initialement le surnom de João Carvão, car sa première profession (carvoeiro), à la fin des années vingt, fut de fabriquer du charbon de bois (carvão). Mais il était aussi, alors, agriculteur et vacher (chamador de boi). C’était dans les années 30, il n’avait pas encore 20 ans, et il vivait au nord de Salvador, à Mata de São João. Mais il était né à Araci, en province, d’où il fuya, en 1934, à cause des grandes sécheresses d’alors. Et c’est bien plus tard, à 25 ans accomplis, qu’il s’installa à Salvador et y travailla comme maçon et poinçonneur dans les autobus. Mais c’est le moment qui le vit également intégrer un groupe de capoeira - qu’il pratiquait depuis l’âge de quatroze ans - , celui de mestre Pastinha (Vicente Ferreira Pastinha)…  Parmi les élèves, ils étaient deux João. L’un prit le surnom de João Grande et l’autre de João Pequeno. Le style de João Pequeno était décrit comme “rasteiro”, et pour cela il avait gagné un autre surnom: “cobra mansa”.
Depuis 1982, bien qu’il habitait la lointaine périphérie, il avait ouvert une académie de capoeira dans le forte de Santo Antônio Além do Carmo, dans le centre historique. Cette très grande figure de la capoeira Angola, qui voyagea beaucoup en Europe, ne fumait pas plus qu’il ne buvait, mais souffrait de la maladie de Chagas. De son vrai nom João Pereira dos Santos, né en 1917, il est décédé vendredi 9 décembre 2011.
En 1998, il reçut le titre de Cidadão da Cidade de Salvador, puis en 2003 celui de Doutor Honoris Causa de l’Universidade Federal de Uberlândia (dans l’État du Minas Gerais), et la décoration Comenda Zumbi dos Palmares, attribué par le gouvernement de l’État de Alagoas. La même année, la consécration vint avec la remise, par le président de la République, Luis Inácio Lula da Silva, du titre de Comendador da República do Brasil. En 2007 il reçut également, par la Câmara Municipal de Vereadores de Salvador, la Medalha Zumbi dos Palmares et, en 2008 fut nommé Doutor Honoris Causa par l’Universidade Federal da Bahia (UFBA).

Un film:
“O Velho Capoeirista: mestre
João Pequeno de Pastinha”, mise en scène de Pedro Abib (Pedrão de João Pequeno), 1999, 18 minutes.

Une autobiographie:
“Mestre João Pequeno, Uma vida de Capoeira”, avec Luiz Augusto Normanha Lima, Editora independente, 2000

Trois livres:
- “Capoeira, identidade e gênero: ensaios de história social da capoeira no Brasil”, de Luiz Augusto Leal, Editora Ufba, 2009
- “Capoeira”, Editora Azougue, sous la direction de Frede* Abreu et de Maurício Barros de Castro, Editora Azougue (Coleção Encontros), (ISBN 9788579200052)
- “
Capoeira Angola ; ensaio sócio-etnográfico”, de Waldeloir Rego, Editora Itapoan (Salvador),1968

Un blog:
http://joao-pequeno.com/historia/

* Frede Abreu ou bien Frederico José de Abreu.

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À Bahia, les mois d’août furent meurtriers

Publié le 15 août 2011 par bahiaflaneur

Jorge. Glauber. Mariozinho. Pour ceux qui vivent pleinement et vraiment Bahia de 2011, y a-t-il une conversation lors d’un festival, d’un vernissage, d’une soirée théâtrale, d’une rencontre impromptue dans un bar, de la rédaction d’un article culturel, qui ne féconde systématiquement l’évocation précise, ne serait-ce qu’un instant, d’au moins l’un de ces trois prénoms, qui se suffisent par leur incomplète énonciation ? Nous avons choisi d’imager la réponse, bien sûr négative, par les propos de deux bahianais, l’un proche ami* et biographe, l’autre fin connaisseur** de l’œuvre cinématographique de l’artiste cité en second. Étant entendu que nos propos nous semblent superflus pour évoquer l’œuvre tentaculaire et littéraire du premier***, tandis que nous prévoyons de publier, en fin d’année prochaine, en d’autres contrées graphiques et éditoriales, un court essai bilingue sur le troisième.

« Glauber, je l’ai connu en 1954, et depuis lors, nous fûmes inséparables. Nous avions coutume de passer nos soirées au Pelourinho, nous refaisions le monde, dans les nuits étoilées, assis sur les vieilles pierres. Toutes ses pensées étaient déjà liées aux seuls cinéma et théâtre. J’avais 21 ans, et Glauber m’a demandé, lors de l’une de ces longues promenades de nuit, de l’accompagner pour le premier long voyage qu’il voulait effectuer dans le Nordeste. Lors de celui-ci, nous avons failli mourir, dans un terrible accident d’autobus, près de la ville d’Aracaju. » Et João Carlos Teixeira Gomes, surnommé «\Plume d’acier\», de relancer : « C’était un artiste très critique, de manière acharnée. Bien sûr, Glauber changeait souvent d’avis ». Celui qui serait son futur biographe aime d’ailleurs rappeler une phrase que le futur réalisateur du chef-d’œuvre « Di Cavalcanti», après tant d’autres, revendiquait sans cesse: « Ne demandez pas de la cohérence à un intellectuel ». Et Joca évoque aussi la « fé » du natif de Vitoria de Conquista : « Glauber n’était pas d’une foi profonde bien qu’il se soit marié à l’église avec Helena Ignez - leur histoire d’amour fit alors scandale aux quatre coins de Bahia -, car ce qui importait à Glauber était la narration, dans la Bible, des conflits humains, et non pas l’histoire des personnages religieux. Glauber n’était pas pieux, il était frénétique. Mais Glauber était aussi un homme épique, et le conflit permanent, homérique, l’intéressait au plus haut point ». Et Joca de conclure avec une emphase, d’une assurance joyeuse, envers feu son ami, qui nous cloue d’admiration, tant d’années après, par son ton impossible à retranscrire ici: « Glauber était un homme d’exception, et dans le cinéma, jusqu’à aujourd’hui, l’unique révolutionnaire au Brésil».

Avec un peu plus de soixante printemps, André Setaro se souvient que le premier contact fut d’abord de celluloid… la projection de Deus e o diabo na terra do sol, alors qu’il avait quatroze ans, au cinéma Guarany sur la place Castro Alves. Plus tard, en octobre 1976, il vint à lui être présenté par le romancier et alors journaliste João Ubaldo Ribeiro, dans les locaux du quotidien Tribuna da Bahia, dans lequel André écrivait ses critiques quotidiennement : ”Glauber Rocha, comme être humain, n’était pas un homme arrogant, mais d’un tempérament agité, qui, de temps en temps, donnait l’impression d’être un adolescent enfievré, bien qu’il ait presque quarante ans, quand je l’ai connu. Explosif, quelques fois, pourtant il se montrait plus ou moins sentimental, et d’autres fois, d’un esprit de lutteur impossible à dominer. Dans la conversation, bien qu’attentif, il parlait tout le temps, et dans son exposition orale, il n’écoutait pas les questions et ne laissait personne en placer une”.

- Mario Cravo Neto, photographe, nous a quitté le 9 août 2009, à Salvador, à soixante-deux ans.
- Jorge Amado, écrivain, s’est éteint le 10 août 2001, à Salvador, âgé de quatre vingt-huit ans.
- Glauber Rocha, cinéaste, est décédé le 22 août 1981, à Rio de Janeiro, dans sa quarante-deuxième année.

* André Setaro, critique de cinéma, 61 ans, dans un courrier électronique, en août 2011, à Salvador, où il vit.
** Joao Carlos Teixeira Gomes, journaliste, 75 ans, lors de plusieurs conversations, avec BF, en juin 2001, à Rio de Janeiro, où il vit depuis 1999.
*** Le grand romancier mozambicain Mia Couto est venu au Teatro Castro Alves prononcer une conférence, lue et festive, sur l’auteur de « Tieta do agreste », devant 1.500 personnes, le 10 août 2011. Il a révélé alors le déjà lointain hommage paternel: ses deux frères se prénomment Jorge et… Amado.

Quatre livres incontournables et indispensables, non traduits en français:
- « Glauber, esse vulcão », João Carlos Teixeira Gomes, Editora Nova Fronteira, 1997, 638 p.
- « Glauber, a conquista de um sonho ; os anos verdes », Ayêska Paula Freitas/Julio César Lobo - Editora Dimensão, 1995, 339 p.
- « Salvador », Mario Cravo Neto, Áries Editora, 1999, 160 p.
- « Laroyé », Mario Cravo Neto, Áries Editora, 2000,  160 p.

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