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“Un Adieu à l’Alapíní”, par Emanoel Araújo

Publié le 12 octobre 2013 par admin

Mestre Didi décédé, le dimanche 6 octobre 2013, et enterré le même jour à Salvador, c’est tout un pan de la religiosité, du monde afro-brésilien, des mythes, de l’art et du spirituel qui disparaît. L’un de ses plus proches, le bahianais Emanoel Araújo - sans le moindre doute la plus haute et prestigieuse figure intellectuelle du monde de l’art africain au Brésil, qui vit à São Paulo depuis des dizaines d’années - lui a rendu hommage dans ce texte publié le 8 octobre dans la presse quotidienne brésilienne. Nous l’avons traduit. Nous n’avons trouvé les noms des auteurs des photos.

Un Adieu à l’Alapíní, par Emanoel Araujo

Il y a
peu de jours j’ai visité mon cher ami et frère Deoscóredes Maximiliano dos Santos, qui était couché, à moitié endormi. J’ai embrassé sa délicate et longue main. Il m’a sussuré quelques mots, surpris par mon apparition non annoncée. Durant quelques moments j’étais avec Juana dos Santos, son inséparable compagne de tant et tant d’années, sa fidèle et amoureuse épouse comme le furent celles du roi Xangô. Elle organisait, comme fruit de cet amour, le grand hommage qui lui serait rendu le 2 décembre pour ses 96 ans, le
siré des 96 ans de Mestre Didi, et me montrait la liste qui seraient invités à la fête. Je lui ai dit qu’en novembre prochain, le Museu Afro Brasil(1), à São Paulo, lui rendrait un hommage pour célébrer les 25 ans de la parution du livre “A mão afro-brasileira” (”La main afro-brésilienne”). Quelle ne fut pas ma surprise à l’annonce de sa mort.

Mestre Didi fut toujours un homme tourné vers la culture et la vie afro-brésilienne, depuis les nombreux livres qu’il publia sur le culte des ancêtres, dans lequel il avait l’honorable titre de
Alapíní. Il fut un artiste sculpteur aux belles œuvres, dont la thématique évoquait cet extraordinaire univers des choses de l’Afrique mythique, où les dieux sont sur la terre, et pour cela ses sculptures étaient totémiques, sortaient du sol pour atteindre l’infini. Il savait défier l’espace comme la ligne qui se dépliait en volutes chapeautées par des oiseaux, en une allusion à Oxalá, où se dépliait en des formes triangulaires comme les
oxés de Xangô ou bien les palmes doublées de fortes douleurs de tissus protégeant la nature. Les fils des palmes se transformaient en xaxarás, ibiris, paxorôs avec des petites poupées  coloriées, ornées avec des bandes de cuir de nombreuses couleurs.


Didi, Verger et V.C.Lima - photo non datée

Mestre Didi, Pierre Verger et V. da Costa Lima (photo non datée)

Tel était l’artiste dans son petit atelier, donnat forme et vie à la mythologie, aux légendes des orixás. aux complexités de cette culture millénaire: de la souffrance, de l’âme, de l’esprit, de la douleur et des racines enclavées dans la mémoire du temps et de l’espace, devant l’incompréhension des ignorants. Il fut un sage et un homme tourné vers le sacré, peut-être enseigné par sa marraine Dona Aninha, par sa mère Dona Senhora, peut-être même dans l’atmosphère verte et sauvage du  Ilê Axé Opô Afonjá*, avec toutes les ebames dans un chœur à l’unisson pour Xangô, le justicier. Mais il y eut un autre Mestre Didi, ami de Lídio, de Camafeu, de Waldeloir Rego, de Carybé, de Jorge Amado, de Vivaldo Costa Lima, de Tibúrcio Barreiros, de Dorival Caymmi, et de nombreux amis de par le monde, de par l’Afrique.

Deoscóredes Maximiliano dos Santos, sacerdote du culte des Egunguns, Alapini do Ilê Asipa**,
mestre sacré du culte des ‘ancêtres’, artiste sculpteur dont l’œuvre enchanta Brésiliens et étrangers dans l’exposition ”Magiciens de la Terre”, à Paris, dans la salle spéciale lors de la Bienal internacional de São Paulo, dans la grande exposition au Museu Afro Brasil, et au Museu Nacional da Cultura Afro-Brasileira, à Salvador. Commandeur de l’Ordre du Mérite de la culture nationale, nombreuses furent les étapes de son œuvre artistique et sacerdotal. Il flottait en ce monde de Olodumare et, comme le dieu Oxalá, transforma la terre argileuse et la paille avec des poupées coloriées en des êtres vivants qui parlent de l’éternelle et millénaire culture d’un peuple, et également de la culture vivante, qui pulse dans l’esprit du nouveau monde. Adieu, Alapíní, va à la rencontre de tes autres femmes, qui l’ont aimé comme un fils prodige: Dona Aninha et ta mère, Dona Senhora, véritables reines de l’Ilê Axé Opô Afonjá. Kaô Kabecilê.

(1) Musée, vaste et grandiose, que E. Araújo a fondé et dirige toujours, en 2013. Il est situé dans le Parque Ibirapuera, lieu magique. On ne peut aucunement prétendre connaître le Brésil sans l’avoir longuement arpenté. * Emblématique terreiro de candomblé, à Salvador. ** Terreiro de candomblé où il “régnait”.


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Um Adeus ao Alapini, por Emanoel Araújo

contesnoirsdidiHá poucos dias visitei o meu querido amigo e irmão Deoscóredes Maximiliano dos Santos, que estava deitado, meio adormecido. Beijei sua mão longa e delicada. Ele me sussurrou algumas palavras pela surpresa da minha aparição sem anunciar. Por momentos estive com Juana dos Santos, sua inseparável companheira de tantos e tantos anos, sua fiel e apaixonada mulher como foram as do rei Xangô. Ela organizava, como fruto desse amor, a grande homenagem que lhe seria prestada no dia 2 de dezembro nos seus 96 anos, o siré dos 96 anos do Mestre Didi, e me mostrava a lista dos amigos que seriam convidados para a festa. Disse-lhe também que, em novembro, o Museu Afro Brasil, em São Paulo, lhe prestaria uma homenagem para celebrar os 25 anos do livro “A mão afro-brasileira”. Qual a minha surpresa com a sua morte.

Mestre Didi sempre foi um homem voltado para a cultura e a vida afro-brasileira, desde os muitos livros que publicou sobre o culto dos ancestrais, no qual tinha o honroso cargo de Alapini. Foi um artista escultor de lindas obras, cuja temática falava desse extraordinário universo das coisas da África mítica, onde os deuses estão na terra, e por isso suas esculturas eram totêmicas, saíam do chão para alcançar o infinito. Ele sabia desafiar o espaço com a linha que se desdobrava em volutas encimadas por pássaros, numa alusão a Oxalá, ou se desdobrava em formas triangulares como os oxês de Xangô ou as palmas forradas de dores fortes de tecidos protegendo a natureza. Os fios de palmas se transformavam em xaxarás, ibiris, paxorôs com miçangas coloridas, adornadas com fatias de couro de muitas cores.

Esse era o artista no seu pequeno atelier, dando forma e vida à mitologia, às lendas dos orixás, às complexidades dessa cultura milenar: do sofrimento, da alma, do espírito, da dor e das raízes encravadas na memória do tempo e do espaço, diante da incompreensão dos ignorantes. Ele foi um sábio e um homem voltado para o sagrado, talvez ensinado pela sua madrinha Dona Aninha, por sua mãe Dona Senhora, talvez até na atmosfera verde e selvagem do Ilê Axé Opô Afonjá, com todas aquelas ebames num coro uníssono para Xangô, o justiceiro. Mas houve um outro Mestre Didi, amigo de Lídio, de Camafeu, de Waldeloir Rego, de Carybé, de Jorge Amado, de Vivaldo Costa Lima, de Tibúrcio Barreiros, de Dorival Caymmi, e de muitos amigos pelo Brasil afora, pelo mundo afora, pela África afora.

Deoscóredes Maximiliano dos Santos, sacerdote do culto dos Egunguns, Alapini do Ilê Asipa, mestre sagrado do culto dos ancestrais, artista escultor cuja obra encantou brasileiros e estrangeiros no “Magiciens de la Terre”, em Paris, na sala especial da Bienal internacional de São Paulo, na grande exposição no Museu Afro Brasil, no Museu Nacional da Cultura Afro-Brasileira em Salvador. Comendador da ordem do mérito da cultura nacional, foram muitos os degraus de sua obra artística e sacerdotal. Pairou por esse mundo de Olodumare e, como o deus Oxalá, transformou o barro e a palha com miçangas coloridas em seres vivos que falam da eterna e milenar cultura de um povo, e também a cultura viva, que pulsa no espírito do novo mundo. Adeus, Alapini, vá ao encontro de suas outras mulheres, que lhe amaram como um filho pródigo: Dona Aninha e sua mãe, Dona Senhora, verdadeiras rainhas do Ilê Axé Opô Afonjá. Kaô Kabecilê.

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“Histoire d’une photo”, par Vivaldo Da Costa Lima

Publié le 28 mai 2013 par admin

Tout avait commencé, pour moi, par un rendez-vous demandé à l’anthropologue et bahianais Vivaldo Da Costa Lima pour avoir des impressions sur la présence d’Alfred Métraux - écrivain, ethnologue et illustre compagnon des surréalistes - à Salvador, en des temps passés. Puis la conversation s’étendit bien au-delà du sujet. Notion de transe, dérives commerçantes du candomblé, le fait que le français fut notre passerelle facilita toutes les dérives, que ce soit vers le Bénin, Marcel Proust ou bien encore Chet Baker …
Un autre jour, plus simplement, autour d’un énième solide whisky, quelle ne fut pas ma joie de découvrir la surprise que m’avait fait Vivaldo: il avait choisi de me raconter, sur quatre feuillets manuscrits, en portugais, ce que fut l’instant photographique, figé par l’objectif de Pierre Verger,  de sa rencontre avec Alfred Métraux. Et ce jour là, il me lut à haute voix, dans son bureau, les quatre pages. Après quoi, il dit “Nous (sic) avons bien travaillé. Assez pour aujourd’hui. Passons au salon, si tu veux bien. Les amuse-gueules nous attendent, avec quelques spiritueux…”
C’est ainsi que le modeste flâneur initia un cyle d’une bonne demi-douzaine de visites, dans le quartier de Pituba, au domicile de l’une des grandes figures de Bahia. Depuis septembre 2010, Vivaldo n’est plus. Mais il me reste encore d’autres matinées ou déjeuners, à raconter, ici, plus tard. Le titre de cet article (”Histoire d’une photo”), traduit par nos soins, est de la rédaction. Vivaldo avait en effet inscrit, en tête du premier feuillet, à mon intention, voilà six ans : “Notes pour  Bruno D. Mai 2007″
Quel honneur pour moi, et quelle
saudade de votre élégance, Vivaldo ! Les quatre feuillets seront visibles dans les jours à venir ici :

vivaldometrauxverger et ici :vivaldometrauxverger2
B.F.

Vivaldo Da Costa Lima et Alfred Métraux font la sieste et Pierre Fatumbi Verger prend la photo. 1959. Bahia.

Vivaldo Da Costa Lima et Alfred Métraux font la sieste et Pierre Fatumbi Verger prend la photo. 1959. Bahia.

Alfred Métraux/Pierre Verger, Le Pied à l’étrier, Correspondance 1946-1963 ; Présenté et annoté par Jean-Pierre Le Bouler. Jean-Michel Place, Paris, 1994.

Dans le cahier de photographies, sous l’avant-dernière photo, la légende : « Sieste de Vivaldo da Costa Lima et Métraux au Terreiro de Senhora, Bahia, Brasil, 1959 »

La photographie, faite par Verger - après un déjeuner dans la « maison de Xangô » du terreiro, où Senhora restait généralement quand elle était présente au terreiro. À l’occason des fêtes spécifiques de Oxalá et Oxum, la ialorixá restait dans les «maisons» de ces divinités.
Après le déjeuner elle a suggéré une sieste jusqu’à l’heure d’une petite cérémonie qu’elle réaliserait plus tard, dans la propre maison de Xangô. Fut disposée - par une iaô - un tapis d’osier (esteira) sur la partie externe, latérale droite, de la maison. La maison de Xangô serait - beaucoup plus tard - « réformée » avec un petit auvent comme il se rencontre actuellement (voir le mercredi le plus proche du 29/03).
Dans le livre Pierre Fatumbi Verger, un homem livre, une biographie de Verger écrite par le même présentateur que Le Pied à l’étrier - Jean-Pierre Le Bouler, traduction en portugais, édité par la Fundação Pierre Verger, en «décembre 2002» (tampon du Centenaire de la naissance de Verger) - dans le cahier de photos entre les chapitres XXIX et XXX est reproduite la même photo citée ci-dessus avec la même légende traduite «Sieste de Vivaldo da Costa Lima et Métraux au terreiro de Senhora, Bahia, Brasil, 1959 (photo Pierre Verger)».
Dans une note numéro 49 dans le chapitre XXXVI du livre de Le Bouler « Nouvelles recherches documentaires à Bahia 13 novembre 1958/30 avril 1959 », l’auteur écrit : « 49 op. cit. avant-dernière image du cahier photographique. Au verso du tirage destiné à l’impression, Verger a écrit: « 1959/Photo Pierre Verger 58663 / Sieste de Vivaldo Costa Lima / et Métraux au terreiro de / Senhora / Bahia / Brasil ».

Le terreiro de Senhora ici désigné n’est pas le Axé Opô Afonjá, mais l’Engenho Velho, comme l’atteste le texte choisi du journal bahianais de Métraux, le 29 mars 1959, cité supra, où le cité « Vivaldo » est lié par deux fois à ce terreiro ».
Il y a eu un équivoque de l’auteur (Le Bouler) trouvant son origine, sans aucun doute, dans le journal de Métraux. La photo fut faite, sans aucun doute, au terreiro de l’Opô Afonjá, à côté de la « maison de Xangô » (le sanctuaire principal du terreiro où habitait, durant les « obligations », la ialorixá Senhora.
L’Engenho Velho (aussi référé comme Casa Branca) est un autre terreiro - situé dans l’avenue aujourd’hui nommée Vasco de Gama - où fut initiée la mãe Aninha, mère de saint de Senhora. Tout cela est largement documenté dans la bilbiographie sur le candomblé bahianais. L’information que le « Vivaldo » cité serait lié « par deux fois à ce terreiro » provient certainement d’une source récente à l’auteur - sur ces deux «postes» (ou “poio” ou “oiâs”) que je possède à l’Opô Afonjá et non pas à l’Engenho Velho. Cette information ne se trouve certainement pas dans le Journal de Métraux. Quand Métraux était à Bahia en 1959, j’avais, à l’Opô Afonjá le titre honoraire d’Ossi Obo Bolofim. Plus tard, je suis passé à Otum Obá, et, à la fin, à Obá (sur le sujet de ces titres, lire mon essai «Os Os de Xangô»). Le deuxième titre que j’ai à l’Opô Afonjá est dans la maison d’Oxalá - où je suis confirmé comme Elemaxó.
Sur l’équivoque de Le Bouler - Le Bouler écrit encore, page 322 (op. cit.) : « Bien qu’il n’ait vu seulement qu’une fois Senhora le 23 mars et en plus de tout ce ne fut pas au terreiro, mais au marché. » Nous avons vu que Métraux était à l’Opô Afonjá où fut faite la photo déjà citée. Il semble que toute la déduction erronée de l’auteur a pour origine l’équivoque du propre Métraux, selon Le Bouler - qui écrit ou aurait écrit (p.323) : «Vivaldo - écrit premièrement - nous emmena dans un camion de son frère à la maison de Senhora, à l’Engenho Velho. C’est un terreiro énorme occupé, dans son pourtour, par des maisons qui appartiennent à chacune des divinités ». Métraux décrit correctement la maison appelée de «Igbo» - avec l’inscription de l’alors « Ilê Egun » (sic), etc. Etc.
Or tout cela se réfère à l’Opô Afonjá et non pas à l’Engenho Velho !
Mon frère Sinval - Sinval da Costa Lima est un chef d’entreprise et est très ami de Senhora qui lui a concédé le titre de Otum Abiodum. Le Obo Abiodum était, alors, Arquelau [Manuel] de Abreu, et à sa mort, mon frère occupa le poste de Obá. « Obá da direita », poste qui est le sien à l’Opô Afonjá.
La visite à l’Ilê Egun fut, ainsi, à l’Opô Afonjá, où le « galhofeiro exuberante »[surnom donné à Vivaldo par Verger ; peut se traduire par : "très joyeux drille"]…
Dans la note 39 de la p. 334 - « Journal bahianais de Métraux, copie dactylographiée, p. 26/27. [Bahia] Dimanche de Pâques, 29 mars. C’est taxatif dans les maisons nagôs de Bahia, avant la «semaine sainte», car les terreiros sont fermés, avec une cérémonie appelée Lorogum ou Olorogum. Un dimanche après le Carnaval. (Voir quand furent le Carnaval de 1959 et la Semaine Sainte). Voir le Journal de Métraux. Je crois que la visite de Métraux à l’Opô Afonjá fut avant le Carnaval.

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Ces courtes notes sont écrites pour Bruno - suggérant une recherche, si cela lui est possible - dans les Cahiers de Métraux et la correction dans la chronologie de son séjour à Bahia (1959).

Bahia, 21 mai 2007
Vivaldo da Costa Lima

- Gomolá (nourriture rituelle de Xangô) est, tous les mercredis, offerte à la divinité dans sa maison.

- Les oeuvres complètes, en 4 volumes, de V. Da Costa Lima sont publiées, à Salvador, aux éditions Corrupio
- Sur Alfred Métraux :
http://www.davidmetraux.com/daniel/alfredmetraux.html

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Quand le cinéaste Pierre Kast préparait son tournage à Bahia (2/2)

Publié le 17 octobre 2012 par bahiaflaneur

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(droits de reproduction réservés)

Pierre Kast (1920-1984) avait déjà filmé au Brésil. Mais il revint, en janvier 1969, pour tourner un sujet sur le candomblé de Bahia. Avec une production franco-brésilienne, assurée par Jean-Gabriel Albicocco (également co-scénariste avec PK), Louis Malle et Luiz Carlos Barreto, aujourd’hui encore en octobre 2012  le plus important producteur du Brésil.
Grâçe à l’anthropologue Cláudio Luiz Pereira*, nous avons eu accès à deux échanges épistolaires entre trois des plus importants historiens de l’époque, tous bahianais, qui révèlent quelques détails de la préparation du documentaire de Pierre Kast qui se nommera sur les écrans “A Bandeira Branca de Oxalá” et en France “Macumba”. La seconde lettre qui suit est adressée par Edison Carneiro, depuis Rio de Janeiro, à Vivaldo da Costa Lima, alors à Salvador.

* Dépositaire de très nombreuses archives de Edison Carneiro (1912/1972) et biographe de Vivaldo da Casto Lima (1925-2010).

Rio de Janeiro, GB, 3 janvier 1969

Ami Vivaldo,

Le 7 courant, le français Pierre Kast se rend à Bahia, cinégraphiste, pour dire mieux metteur-en-scène, en compagnie de son épouse brésilienne, Fernanda, fille de mon ami Pedro Borges.
Il prétend faire un film sur les religions africaines, qui doit être produit par une association de
metteurs-en-scène français, avec une subvention du Ministère de la Culture (Malraux), destiné aux cinémas et aux circuits universitaires. Film d’art et d’essai. Un long-métrage qui comme il dit, montrara que les dieux naissent, vivent et meurrent comme les hommes et les cultures dont ils sont l’expression et, spécifiquement dans le cas de la religion africaine, comment ils se répandent, se multiplient et se revigorent.
Il était avec Didi* et sa dame en France, et pour ce que j’en sais, connaît déjà Bahia. Il compte énormément sur vous - et je renforce sa confiance et je te demande de l’aider et de lui faciliter ce qu’il désire dans le candomblé à Salvador. Son scénario ne se limite pas au candomblé nagô ; je lui ai indiqué des candomblés angola et caboclo, la chute d’eau de São Bartolomeu, la fête de mãe-d’agua à Rio Vermelho… Qui sait, tu pourrais faciliter son accès à la fête à Amoreira**.  Le Lavagem** et la fête de Segunda-Feira do Bonfim sont dans son programme.
L’homme est intelligent, mais son information est superficielle. Utilisant le scénario du film pourra peut-être alors se faire une belle chose, peut-être avec ta collaboration, qui j’espère  sera constante et chaleureuse comme à ton habitude.
Sarava ! J’espère que cette année te verra obtenir la chaire.
Un abraço de ton ami Edison Carneiro

Dans la marge, manuscrit, figure la phrase suivante : “As-tu lu mon article “A divinidade brasileira das águas” dans la Revista de Folclore no 21, mai 1968 ? Je peux te l’envoyer, si tu ne l’avais pas auprès de toi. J’aimerais connaître ton avis. Edison.”

* Mestre Didi (1917). Très grande figure du candomblé de Bahia, également artiste plasticien de renom. http://www.mestredidi.org/egungun4.htm
** Amoreiras est un quartier et une plage dans l’île d’Itaparica où se produit une autre fête du candomblé, chaque 2 février, en hommage à la déesse de la mer.  Le Lavagem de Bonfim est fêté chaque deuxième jeudi de janvier, à Salvador.

La biographie, de référence, de Edison Carneiro a été écrite, au long de 240 pages, par le journaliste Biaggio Talento et l’historien Luiz Alberto Couceiro, en 2009, aux éditions Assembleia Legislativa da Bahia, volume 11, dans la collection Gente da Bahia : “Edison Carneiro - o mestre antigo - um estudo sobre a trajetória de um intelectual”.

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A Bandeira Branca de Oxalá. 95 minutes - 35 mm Eastmancolor.
Directeur de la photographie : Yann Le Masson - assistant : João Carlos de Alencar Parreiras Horta. Avec Pierre Verger, entre autres.
Il est peut-être possible de visionner le film ici :
http://www.tracktvlinks.com/watch-bandeira-branca-de-oxala-1968

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Quand le cinéaste Pierre Kast préparait son tournage à Bahia (1/2)

Publié le 16 octobre 2012 par bahiaflaneur

vivaldodacostalimapierrekast2

(droits de reproduction réservés)

Pierre Kast (1920-1984) avait déjà filmé au Brésil. Mais il revint, en janvier 1969, pour tourner un sujet sur le candomblé de Bahia. Avec une production franco-brésilienne, assurée par Jean-Gabriel Albicocco (également co-scénariste), Louis Malle et Luiz Carlos Barreto, aujourd’hui en octobre 2012 encore le plus important producteur du Brésil.
Grâçe à l’anthropologue Cláudio Luiz Pereira*, nous avons eu accès à deux échanges épistolaires entre trois des plus importants historiens de l’époque, tous bahianais, qui révèlent quelques détails de la préparation du documentaire de Pierre Kast qui se nommera sur les écrans “A Bandeira Branca de Oxalá” et en France “Macumba”. La lettre qui suit est adressée, depuis le quartier de Leblon, à Rio de Janeiro, par Edison Carneiro à Waldir Freitas de Oliveira, qui est à Salvador.

* Dépositaire de très nombreuses archives de Edison Carneiro (1912/1972) et biographe de Vivaldo da Casto Lima (1925-2010).

Ami Waldyr

Pierre Kast, metteur-en-scène français, et son épouse brésilienne, Fernanda, fille de mon ami Pedro Borges, arriveront à Bahia le 7 pour tourner un long métrage sur les religions africaines.
Le scénario, ou mieux, l’idée centrale du scénario - que les orixás, comme les dieux de la Grèce antique, fécondent de nouveaux dieux et donnent expression aux sentiments religieux du Brésil - est bonne, à partir du moment que nous l’aidons avec des informations, des contacts et des relations qui peuvent la consolider, de tel mode que la pellicule serve à la culture brésilienne.
Il prétend faire un film d’art et d’essai, pour être projeté dans des circuits universitaires, et a vraiment obtenu une subvention du Ministère de la Culture (Malraux) pour la production, qui est d’une association de metteurs-en-scènes français.
J’espère que tu l’aideras, l’informeras, lui facilitera les contacts, lui rappelera les choses à faire, etc. de tel mode que le film soit réellement une révélation des religions africaines dans une perspective culturelle.
Que la nouvelle année amène la tranquilité, à toi, à Madame et à ton obligation* - et plus de fonds pour le Centre.**

Abraços de ton ami Edison Carneiro

* Il semble qu’il s’agisse de la cérémonie obligatoire (obrigação) à laquelle tout adepte du candomblé est abstreint de participer, régulièrement,  selon un calendrier propre.
** Centro de Estudos Afro Orientais (CEAO), qui existe toujours en 2012, rattaché à l’université fédérale de Bahia (UFBA). A l’époque dirigé par Waldir Freitas de Oliveira, récipiendaire de cette lettre.

La biographie, de référence, de Edison Carneiro a été écrite, au long de 240 pages, par le journaliste Biaggio Talento et l’historien Luiz Alberto Couceiro, en 2009, aux éditions Assembleia Legislativa da Bahia, volume 11, dans la collection Gente da Bahia : “Edison Carneiro - o mestre antigo - um estudo sobre a trajetória de um intelectual”.

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A Bandeira Branca de Oxalá. 95 minutes - 35mm Eastmancolor .
Directeur de la photographie : Yann Le Masson - assistant : João Carlos de Alencar Parreiras Horta. Avec Pierre Verger, entre autres.
Il est peut-être possible de visionner le film ici :
http://www.tracktvlinks.com/watch-bandeira-branca-de-oxala-1968

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