Cinéma, à Salvador, cette semaine (4): Alain Bergala

bergalaAlain Bergala, qui porte une fine moustache blanche, me parle d’une voix basse et fluide, ce matin du lundi 27 juillet, enfoncé dans le très profond fauteuil du hall d’entrée du Tropical Hôtel* : « Je suis venu pour donner une vision plus complète de l’oeuvre de Jean-Luc Godard. Ici, au Brésil, il me semble que seules les années 60 sont connues, je veux dire la période « nouvelle vague ». Et pourtant ce cinéaste travaille depuis cinquante ans. Une vision plus complète est nécessaire. Une autre idée de l’oeuvre percera ainsi, pour le public de Bahia. » Sur les quinze films programmés ici, huit seulement sont des années 60. Et A. Bergala sait bien, tout comme l’exilé de Rolle, 78 printemps, que le « cinéma est en mauvais état et que l’auteur des Histoire(s) essaie de le sauver, seul » en ces années à cheval sur deux siècles. Cette idée d’un « cinéma mortel » est commune au critique et au metteur en scène qui « s’est donné une grande misson : montrer ce qu’a été le cinéma ». Et Bergala mettra l’accent cette semaine, pendant ses discussions avec le public après chaque épisode des Histoire(s) surtout, sur la notion d’histoire. Et le critique de rappeler que « depuis 1985 – année véritable de la naissance de ces Histoire(s), aucun autre cinéaste n’a travaillé à temps plein ainsi. Aucun travail similiaire ne semble connu » au critique français. Mais Alain Bergala sait aussi que, pour Godard, « le cinéma n’a pas été capable de maintenir le réel, cette vieille idée bazinienne, idée toujours utile ». Et pendant cette semaine à Salvador de Bahia il essaiera de montrer combien « l’idée de rédemption, une idée capitale chez le cinéaste exilé à Rolle depuis plus de trente ans, nous mènera à déduire que quelque chose a été raté, qu’un mauvais tournant a été pris ». Alors, bien sûr, la solitude est là. Et rares sont les « grands frères » de Godard dans l’esprit de Bergala : Jean-Marie Straub, Pedro Costa et peut-être Abbas Kiarostami.

J’ai lu avant-hier, dans la presse brésilienne, une recension de la traduction en portugais du dernier roman (« Purgatoire ») de Tomás Eloy Martinez, 75 printemps. Un extrait, que je traduis, est cité : « L’exil et le purgatoire ont beaucoup de choses en commun. Dans les deux cas l’essence est l’attente, une attente qui paraît infinie, en même temps une attente pleine d’espoir ».

* L’unique lieu public, au centre-ville, qui dispose d’un accès internet wi-fi. (photo D.R.)

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *