Jean-Sébastien et les planches du « coureur des bois amérindien »

bdCe vendredi 10 juillet en début d’après-midi, au sortir d’une interview avec des entrepreneurs, un crachin me prit par surprise dans le quartier du Carmo, face au couvent. Peu enclin aux protections ecclésiastiques, il me fut préférable de m’engouffrer dans le seul bar ouvert. Pour la deuxième fois seulement en neuf ans, j’entrais dans cet espace aéré, décoré avec goût, aux meubles patinés. Si rare à Salvador. La précédente visite fut en novembre,  en admirable compagnie. Mais je rechigne pourtant, nouvellement : la serveuse, souriante comme une porte de prison, traîne bruyamment des pieds, sert un café passable  et semble servir les maîtres du lieu avant les clients…
Pourtant à peine assis, l’un des rares clients présents, qui me fait face, me demande si je ne suis pas l’inconnu, résident soteropolitano et ami d’un oncle  canadien avec qui il a rendez-vous, ici. Devant la négation, la conversation s’emballe pourtant : Jean-Sébastien est dessinateur. La bande dessinnée est son royaume. Bérubé de son nom de famille,  il me parle d’une publication prochaine de son travail, qui nécessita deux ans pour, via son scénario, ses dialogues et ses coups de crayon, rien moins que retracer, fidèlement, la vie d’un « coureur des bois amérindien » du XVIIe siècle : Pierre-Esprit Radisson. Québecquois et professeur de karaté, ma rencontre du jour est venu pour une courte durée au Brésil rencontrer un cousin canadien – Julian Fisher, professeur de jiu-jitsu à Manaus – dans l’Etat de Amazonas. Là, la conversation a roulé sur la capoeira, autre art martial, et c’est tout naturellement que le dessinateur a choisi de s’arrêter quelques jours  ici pour  faire la tournée des écoles de capoeira.  Celui qui loge dans une auberge très modeste du quartier se dit partiellement déçu par ces visites. Et ira dès le lendemain, samedi 11 juillet, à Rio de Janeiro.
Mais il me raconte que pour être publié à la rentrée 2009 en France, aux éditions Glénat, il a précédemment gagné un concours qui luit offrit alors sa première publication dans un ouvrage collectif en 2008. Avant cela, il avait également voyagé en 2006 au Festival d’Angoulême. Dans son atelier, au Québec, c’est toujours muni de feutres de couleurs, d’encre de chine,  que le voyageur trentenaire natif de Rimouskià qui j’apprends qu’Hugo Pratt, qu’il admire, vécut longtemps ici – me dit créer ses histoires. Pour ensuite scanner ses dessins puis les assembler sur son ordinateur. Le tirage annoncé de ce premier ouvrage sera d’une dizaine de milliers d’exemplaires, mais ne constituera que le premier chapitre d’une série de cinq ouvrages qu’il a projeté et dont le contrat est signé. Jean-Sébastien  paraît réllement tendu comme un arc, avec sa scansion si particulière,  et évoque  pour moi le grand nombre de poètes au Québec, et semble curieux de tout : nous évoquons les poètes Félix Leclerc et Gaston Miron, sans oublier le documentariste Michel Brault. Quinze minutes ont passé, déjà. La pluie s’est arrêtée et le regard d’une jeune femme seule, à une table voisine, semble croiser le sien… Je  prends une photo de l’artiste et m’éclipse. Pour la première fois dans ce blog, elle est floue : c’est pour moi l’émotion de revenir en ce lieu…

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1 réponse

  1. 23 juillet 2009

    […] Original post by bahiaflaneur […]

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