Cinéma, à Salvador, cette semaine: bilan

Un demi-succès. Ce Seminário nous a laissé perplexe et plein d’espoir… Parlons vite sur les prix tout d’abord. Dans la compétition des court-métrages, les deux primés évoquaient un monde bahianais provincial, passé, avec des moyens de production grandiloquents et hors propos (Cães) ou sans scénario, sur un sujet passionnant (Nego fugido). La composition du jury semble en cause.
Pedro Paulo Rocha, révélation. Dans la catégorie mostra internacional, durant lequel le public fut tantôt vaste tantôt très clairsemé, s’est détaché le premier film de la très jeune mexicaine Yulene Olaizola, Intimidades de Shakespeare y Víctor Hugo. Sans oublier de mentionner une nouvelle fois le long-métrage « électronique » Kynemas, urbain et guerrier, de Pedro Paulo Rocha, pour  nous la révélation de ce festival. Tandis que le seul long-métrage bahianais, tourné en milieu rural, (Pau Brasil), de Fernando Belens, produit par Sylvia Abreu, au manque de moyens criant,  reflète le manque de mécènes et producteurs indépendants, privés, en 2009 pour le cinéma brésilien, ajouté à la « crise » économique mondiale. Deux éléments rappelés sans cesse, avec raison, par le chevroné organisateur et producteur [José] Walter Lima.
Sans évoquer la rétrospective des films de Godard, qui obtint un franc succès parmi les éudiants bahianais,  ou les tables-rondes avec la fine fleur de la critique mondiale  mais qui ont pâti des horaires mâtinaux, seules les 4e rencontres de producteurs et de distributeurs de cinéma et de télévision semblent avoir été fructueuses pour les participants*. La parfaite organisation des rencontres thématiques (catalogue et personnel  d’accueil, charmant et bilingue), la présence de chaînes européennes comme Arte, ZDF, parmi une quarantaine d’autres, et surtout d’une dizaine de sociétés de production de Bahia ont permis des négociations et une augmentation des partenariats encore inespérée il y a sept jours. Un très bon point pour ce Seminário.
Dans le hall d’entrée du majestueux Théâtre Castro Alves, lieu central des projections s’est implanté le Lounge Multimídia. Il permettait un va et vient permanent entre ou pendant les projections au milieu de dizaines d’écrans digitaux – qui diffusaient des oeuvres de 10h à 23heures chaque jour – seulement entrecoupé par le travail des disc-jockeys et vidéo-jockey, le tout à proximité d’un bar. Son axe « était de nier l’industrie de divertissement » selon selon organisateur, Flávio Lopes, qui rajoutait : « ce Lounge aura permis d’abolir la notion de frontière existant entre le cinéma expérimental et les avant-gardes artisitiques ».  On y aura découvert des dizaines de court-métrages brésiliens, du monde entier et même de l’Atelier Le Fresnoy, en France. Une belle réussite.

* Parmi eux, j’ai rencontré Bertrand Douet, financier établi en Amérique du Sud depuis vingt-cinq ans, au Brésil depuis huit et à Rio de Janeiro depuis cinq, qui semble en voie de conclure une bonne partie de ses trois projets, passionnants, de séries avec la productrice française Ariel de Bigault, pour qui rien du Brésil n’est étranger, depuis plus de vingt ans. Les partenariats de ce financier français associé à deux cinéastes sud-américains,  dans sa société Traquitana, semblent s’être affirmés avec des télévisions publiques de Sao Paulo, entre autres.. Il est vrai que l’axe d’une (Fronteiras) des séries  de B. Douet – pour qui « les Français ont eu, en 2008/2009, peu d’intérêt pour l’année de la France au Brésil » – semble envoûtante : faire tourner six réalisateurs, en binôme avec six artistes plastiques ou écrivains, afro-européens et afro-brésiliens, aux frontières du Brésil – qui sont au nombre de dix, faut-il le rappeler. Et Bertrand de compléter : « ce qui m’impressionne est que le Brésil est une île en Amérique du Sud, et nous voudrions filmer cette altérité, ces êtres humains loin des centres et autour desquels sont générées des expériences fascinantes, bi-culturelles ». Car pour ce fin connaisseur du continent « les possibilités d’ascension sociale, au Brésil, en milieu urbain, n’ont pas évolué ». Mais la bonne humeur ne quitte pas le visage de Bertrand bien qu’il me cite les écrits de tel sociologue brésilien « qui a montré l’évolution de la ségrégation urbaine à Salvador de manière plus ample qu’à Rio de Janeiro ». Et celui qui vint la première fois en 1990 à Bahia, un mois durant, se désole comme moi de ne voir aucun noir parmi les participants de ces rencontres de producteurs, de conclure : « C’est un gâchis monumental, malgré tant d’énergie disponible ».

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