Leone, éblouissement et désillusion

marita« Je veux rester avec vous. Que voulez-vous que j’aille faire avec eux ? J’ai lâché mon travail, j’ai tout lâché ; j’ai quitté Paris, ouyouyouille, j’ai tout quitté. Je cherchais justement quelqu’un à qui être fidèle. J’ai trouvé. Maintenant, je ne veux plus bouger. (Elle ferme les yeux.) Je crois que j’ai un diable dans le cœur, Alboury ; comment je l’ai attrapé, je n’en sais rien, mais il est là, je le sens. Il me caresse l’intérieur, et je suis déjà toute brûlée, toute noircie en dedans. »
Marita Ventura: ainsi se nomme l’actrice qui aura la lourde tâche d’interpréter Leone, le personnage féminin de la pièce de Bernard-Marie Koltès, Combat de nègres et de chiens, pendant quelques semaines à Salvador, sous la direction de Philip Boulay*, dès le 21 août. Elle juge cette femme « éblouissante, enthousiaste par ses différences », qui n’hésite pas « à vaincre sa soif du nouveau ». Mais plus la pièce avancera « plus elle va redevenir froide, déçue, puis viendra la désillusion, bien qu’elle croit avoir du sentiment pour le personnage [masculin] de Alboury ». Cette interprétation de Leone, femme qu’elle perçoit « instable psychologiquement et émotionellement » est son second rôle féminin d’un auteur français, après celui de Estelle, dans « Huis clos », de Sartre, jouée en 2006. Selon Marita, qui ne connaissait ni l’auteur ni ses textes précedemment, « Koltès dessine ici les noirs et les blancs dans une réalisme total, et s’engage clairement ». Pour cette gaúcha née à Porto Alegre il y a trente-cinq ans et qui ne joue malheureusement qu’une pièce par an  – depuis qu’elle est diplômée de  théâtre en 2003 – les occasions sont rares de montrer son talent. Pourtant durant les répétitions son éclat s’est affiché, aux yeux du flâneur.  (photo © Gina Leite)

* Avec sa compagnie Wor(l)ds… Cie, compagnie présente depuis vingt ans en Seine Saint-Denis en France, il vient aussi proposer un autre montage, Tabataba, avec d’autres acteurs. P. Boulay – fan, depuis Paris, des musiques de Carlinhos Brown et des batucadas brésiliennes, sans oublier les romans de Jorge Amado – est présent pour la première fois au Brésil, dans le cadre de l’année de la France au Brésil, et a choisi parmi 120 candidats ses acteurs.  Et a bataillé pour imposer le choix de Salvador (1) auprès des mécènes, au lieu de Rio de Janeiro initialement prévu.  Le metteur en scène, pour cette pièce, ne veut « en aucun cas tomber dans une vision restreinte sur l’épiderme ». Et pour cela a choisi de confier le rôle  masculin de Cal à un métis.
(1) Cette ville où B.-M. Koltès a séjourné en 1986, comme relaté déjà dans ce blog. Le flâneur livrera une analyse de ce Combat de 2009 dans les jours à venir, bien longtemps après la seule représentation qu’il vit jusqu’à aujourd’hui, lors de la création en mars 1983.

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