Dina Moscovici: le temps d’aimer, à Paris

dinaLes images viennent de loin. Elles sont souvent émotives et la femme, pivot du récit, Elisa, souhaite inscire ces moments du passé, et ne semble en cacher pour fortifier son esprit avec ces souvenirs là. Un triangle amoureux, donc, où le personnage féminin, Elisa, enchasse des moments de passion avec Sebastian et ses rencontres clandestines avec Nel. À Paris. Dans les années cinquante, en ces temps où la couverture de « L’être et le Néant » de Sartre s’étalait dans toutes les vitrines du Quartier Latin. Elisa nous relate son angoisse de maîtresse désespérée, quand la passion pour la relation clandestine s’effrite. Mais surtout elle sait nous conter avec mélancolie ces temps où elle vivait dans la peur de perdre Nel, « où la présence de l’un la remet à la présence de l’autre », sans pourtant éluder le « despotisme » de Sebastian. Mais au long des douze chapitres, qui sont autant d’étapes vers la séparation nécessaire pour la vie, la narratrice se remémorre aussi son enfance à Rio de Janeiro, entre les trains fantômes du cirque, la main donnée à son frère dans l’attente du tramway de la Praça Paris, la fin choisie et pathétique d’un oncle, maltraité par son épouse, dans un asile,  ou bien les promenades dans le Jardim Bótanico. Un livre où des écrins en français, aussi, renferment l’intime d’un autre temps, tel ce « ma canne, ma canne » délivré par son homme d’alors. Une ode à Paris, sans aucun doute, comme de cette rue Saint-André-des-Arts où « tant de fois elle a surpris  Cortázar ».  Cet ouvrage d’une grande dame nous laisse ainsi l’éclaté récit de resouvenances intimes, où Elisa, Sébastien, Nel et Paris semblent, pourtant distincts, inséparables et égaux à tout jamais. (photos D. R.)
– Não iria explicar ao vento. Editora 7 Letras (São Paulo)/2008/90 pages.

– Dina Moscovici a été diplômée de l’IDHEC, à Paris dans la même promotion que Louis Malle et Alain Cavalier. Elle s’est également formée comme metteur en scène au Théâtre des Nations (aujourd’hui Théâtre de La Ville). Elle a dirigé le Teatro Estudio en Colombie. Elle enseigna également le théâtre à l’université au Brésil et en Colombie et reste très active, en 2009, à Rio de Janeiro. Son mari,  le colombien Jorge Gaitán Durán* (1925/1962) qu’elle connut à l’Institut de Psychologie à Paris, lui donna une fille, Paula Gaitán, qui fut la dernière compagne du cinéaste bahianais Glauber Rocha. Cette même Paula s’apprête, justement, à projeter à Salvador dans les prochains jours son approche filmique et poétique de ces moments-là. J’y reviens bientôt.

* J. G. Durán, intellectuel libéral, issu d’une grande famille de propriétaires terriens et de décideurs politiques originaires du département de Santander (nord-est de la Colombie, région andine), polyglotte et cosmopolite, âme du mouvement poétique « Mito » en Colombie, a publié un ouvrage à Paris en 1951: « Asombro ». Son oeuvre complète, dont son journal (« Diario ») a été éditée aux éditions Colcultura, à Bogota, en 1975.

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1 réponse

  1. bahiaflaneur dit :

    Muito emocionada com o seu texto. Paris continua sendo
    o grande Amor. Obrigada.
    Dina Moscovici.

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