Le don africain de Claudio Masella, généreuse ébauche muséologique

masella1

Claudio Masella était un architecte et industriel italien, dont les usines, en Roumanie, en Italie et en Afrique (au Nigéria entre autres), fabriquaient du mobilier. Né le 2 août 1935 à Rome, il est décédé le 21 février 2007. Il vécut au Nigéria et au Sénégal pendant 35 années, durant lesquelles il amassa sa collection, qu’il garda à Pomézia, en Italie, jusqu’à l’année 2004. Masella, entre temps, à la fin des années 90, rencontra une brésilienne de l’Etat du Pernambouc, Conceiçao Ramos, se maria au Brésil, puis connut… Salvador. C’est ainsi qu’il fit don de cet ensemble à l‘Etat de Bahia, car il jugeait la « Boa Terra » comme le meilleur lieu de divulgation, au Brésil, de la culture et des arts de l’Afrique. Le contrat de donation signé alors, en 2004, pour les 1.076 pièces, rappelle donc la triple de mission de gérer, conserver et exposer cette collection.

La collection fut initialement exposée dans des locaux du quartier de  Queimadinho, mais en raison des conditions inadéquates fut déplacée au numéro 41 de la rue Gregório de Matos, au Pelourinho. Courant 2008, elle fut alors transférée à quelques pas de là, dans l’imposant Solar do Ferrão, où elle se trouve gardée et exposée, pour part avec cette « Panafrica », exposition montrée dès ce 28 février et dorénavant permanente en ce lieu. Depuis 2004, des éléments de cette collection avaient été exposés à Salvador en trois petites mostras, dont la dernière, en 2008, s’intitulait Sete Áfricas et réunissait quatre-vingt dix pièces.
La collecte de la plupart des pièces – achetées par Masella, de ci de là, sur des bazars et marchés africains, au Bénin, au Nigéria et au Sénégal – en aucun moment ne peut s’apparenter aux méthodes d’ethnologues. Une vingtaine d’ethnies sont représentées, pour la petite part qui a été identifiée, et proviennent de sixpays. À travers le parcours au long des cinq salles, notre regard ne cessera d’osciller entre profusion et interrogation.
Selon l’un des deux commissaires de l’exposition, André Vainer. “O visitante terá oportunidade de vivenciar uma espécie de mostra democrática, porque é ele quem vai dizer que peça de destaca, qual é a mais interessante, naquele conjunto”. « Le visiteur aura l’opportunité de profiter d’une espèce de mostra démocratique ; car c’est lui qui va dire quelle pièce se détache dans cet ensemble ». On ne peut que s’étonner d’une telle réponse quand revient justement au commissaire ce travail. Non fait, de toute évidence, malgré un petit catalogue de seize pages.
Masques guélédés. Dans la première salle, dès le pas de porte, trois immenses tables nous font face, d’environ un mètre sur huit, voilà ce qui fut nécessaire pour disposer, sans la moindre base, directement sur la planche, cent trois masques, pour la plupart guelédés, venus de l’ethnie yoruba. Sur une quatrième table et les deux murs de cette première salle sont simplement posés et accrochés des dizaines de masques « zoomorphiques », venus du Burkina Faso et utilisés là bas par les mossis, bwas et bobos. Des dizaines de masques faciaux venus de la Côte d’Ivoire et du Libéria, complètent l’accrochage de ces parois.
Trois ventilateurs, seuls. Viennent alors les « Statuettes » (photo ci-dessus) jamais utilisées, ni lors de rituels ni pour une utilisation quotidienne – qui représentent les êtres mythiques ou la perpétuation de la mémoire des ancêtres, tels les rois et autres chefs de lignages. Sans oublier quelques figures animales, tel un crocodile voire un chien. En bois brut, moins d’une dizaine de ces statuettes sont en bois peint. Tandis qu’une autre grande série, de fer et de laiton, leur tourne le dos, sur la table parallèle. Toutes dressées, par ordre de grandeur, sur ces deux très longues tables peintes en bleu pâle, au milieu desquelles le visiteur, sous les palmes de trois simples ventilateurs, peut se glisser.
La troisème pièce en enfilade, intitulée «  Utensílios e Instrumentos » offre à la vue de volumineux récipients, de larges bancs et sièges, sans oublier quelques colliers, bijoux, peignes, bâtons de bergers, pour la plupart attributs du pouvoir et du prestige. Ces ustensiles sont également rarement légendés. Tandis qu’aux murs sont supendus des grandes images sculptées sur bois.
De retour vers l’entrée principale, deux petites pièces annexes proposent d’une part les statuettes, en bois blanc peint, de « colonisateurs », figures d’européens. Des modèles d’environ quatre-vingt centimètres de haut et imposantes. Elles ont visiblement été sculptées au XXe sicècle et évoquent des modèles de la fin du XIXe. Quant à la dernière des salles, elle révèle, sous un long et large sous-verre monté sur une table rectangulaire, soixante et onze Ibejis, petites statuettes en bois d’un maximum de quinze centimètres de haut, qui se basent sur les gémeaux, nombreux dans l’ethnie yoruba présente au Nigéria. Sans aucun doute les plus magnifiques objets présentés ici, bien que non légendés et à l’écart des salles principales.

Vous aimerez aussi...