Trente ans sans Hélio Oiticica, par Almandrade

alman1L’image, prise à Recife (état du Pernambouc) en 1979, est floue. Mais le parcours artistique des deux jeunes hommes d’alors ne l’est pas le moins du monde. Almandrade, à droite sur la photo au côté d’Hélio Oiticica, ainsi, trente ans après la disparition de son ami – artiste, inventeur de l’œuvre Tropicália qui donnera son nom au mouvement Tropicalisme, fondamental pour l’histoire de l’art de la deuxième partie du XXe siècle au Brésil – revient sur le legs et sur la trace. Nous traduisons donc en français ce texte de notre ami Almandrade, qui est aussi, comme artiste, le repère incontournable pour l’art contemporain à Bahia en 2010.

Trente ans sans Hélio Oiticica – Liberté marginale, par Almandrade

Pour Hélio Oiticica l’art était une option de vie contre toute forme d’oppression sociale, intellectuelle, esthétique, politique… Inventeur, théoricien, il a reflété et interrogé la brasilinité et l’universalité de l’art, toujours inconformiste et indifférent à la mode. Art concret, néoconcret, Parangolé, Tropicália, avant-garde brésilienne des agitées années soixante, White Chapel Galery (Londres), six ou sept années de New York, une vie sous tension à faire de l’art et à habiter le monde. En rompant avec l’objet/art comme chose destinée au visuel (relation « contemplative »), cherche le tato et le mouvement, repose la sensibilité rechaussée par le technicisme du mouvement concret. Couleur, structures, mots, photos, danse, corps définissent l’œuvre. La participation physique est le centre et l’interlocuteur de l’événement/art, le concept de vision implique tout le corps, et il est difficile de ne pas penser à la phénoménologie de Maurice Merleau-Ponty.
Rappelons les mots de Mario Pedrosa, en 1965 : « La beauté, le péché, la révolte, l’amour donnent à l’art de ce garçon un accent nouveau à l’art brésilien ».
Le travail de Hélio Oiticica a eu une insertion dans le paysage culturel de l’avant-garde de ce pays, au moment de sa plus grande productivité. Des Metatesquemas (metaschémas) (dessins en 1958/1959, quand l’artiste intégrait le groupe Frente) aux ambiances de 1969, un parcours qui a incorporé l’improvisation et l’expressivité corporelle pour construire un travail. Il a rompu avec la notion de cadre et a libéré la couleur de sa relation figurative. La couleur a cessé d’être un aspect visuel, dans les ambiances et les objets, le spectateur était invité pour le contact physique. Penetrâveis (maquettes). Bolides (objets de verre avec des pigments à manipuler), Parangolés (capes pour se vêtir le corps). Promeneur à Mangueira*. Tropicália.

« Tropicália est la toute première tentative conciente, objective, d’imposer une image clairement brésilienne » au contexte actuel de l’avant-garde et des manifestations en général de l’art national. Tout a commencé avec la formulation de Parangolé, en 1964, avec toute mon expérience du samba, avec la découverte des morros**, de l’architeture organique des favelas de Rio de Janeiro (et conséquemment les autres, comme celles sur pilotis de l’Etat de l’Amazonas) et principalement des constructions spontanées, anonymes dans les grands centres urbains – l’art des rues, des choses non achevées, des terrains en friches, etc. »
Par proposition je voulais, depuis la désignation créée par moi « tropicália » (je dois informer que la désignation fut créée par moi, bien avant d’autres qui ont survécu, jusqu’à devenir la mode actuelle), jusqu’à ses minimes éléments, accentuer ce nouveau langage avec des éléments brésiliens, dans la tentative extrêmement ambitieuse de créer notre langage, carctéristique, qui puisse faire face à l’imagética Pop et Op internacionaix, dans lequel baignait une bonne partie de nos artistes. »
Hélio Oiticica

Une manifestation environnementale en laquelle, à la pénétrer, le spectateur était bombardé par des images sensorielles, devant réagir avec tous ses sens, la Tropicália (photo noir et blanc ci-dessous) fut installée pour la première fois en 1966, au Museu de Arte Moderna de Rio de Janeiro. Irrévérente, rigoureuse et anarchiste en même temps, cohérente avec ses propositions, elle possédait une parfaite maîtrise intellectuelle sur son propre travail. Plus qu’une simple installation artistique, la Tropicália était une pensée en avance sur l’art brésilien.

« Comme on le voit, le mythe de la tropicália est beaucoup plus que perroquets et bananiers, c’est la conscience d’un non conditionnement aux structures établies, par conséquent hautement révolutionnaire dans sa totalité. Quelque conformisme, qu’il soit intellectuel, social, existenciel, échappe à son idée principale ». Hélio Oticica, en 1968.

L’expérience d’Hélio Oiticica part du concret pour la périphérie du projet constructiviste, adoptant des procédés étranges comme la marginalité, la critique à la production industrielle, la participation du corps dans la lectue de l’œuvre. Au début était Mondrian et Malevitch ; ensuite l’autre côté de la modernité : Marcel Duchamp. Une trajectoire exemplaire, dans la forme comment il a transformé son travail, faisant de l’existence la condition de l’art. La vie d’un artiste n’explique pas l’œuvre, mais ils se communiquent, principalement dans le cas de Oiticica. Son travail est le résultat de sa relation tendue avec le quotidien, qui voyait dans la marginalité une idée de la liberté ; d’ailleurs, l’artiste n’est-il pas un marginal qui prête son corps au monde, pour le transformer en peinture ? (Merleau-Ponty). Avec la Tropicália, Oiticica a soumis la brasilinité à une intelligence rigoureuse, sans perdre le référenciel poétique. Une proposition culturelle qui cherchait quelque chose à la marge, ou pour le dire mieux, entre «le visible et l‘invisible», construire, avec l’expérience sensorielle, une pensée.

* Mangueira est une grande école de samba de Rio de Janeiro, implantée dans le quartier de Mangueira. ** Morro : en français: colline. Par définition, les favelas et les périphéries sont sur ces morros qui entourent la ville de Rio de Janeiro.
– Note : deux livres essentiels reviennent sur cette époque du Tropicalisme. Pour la partie musicale, l’ouvrage
Tropicália: a história de uma revolução musical, signé Carlos Calado (editora 34), et pour cerner l’ensemble des enjeux, des débats et des positionnements intellectuels à l’époque, en particulier ceux de H. Oiticica et d’Augusto Boal : Tropicália, uma revolução na cultura brasileira, de
Carlos Basualdo (editora Cosac & Naify). Ces deux livres sublimes  proposent une documentation iconographique rare et incomparable.


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30 anos sem Hélio Oiticica – Liberdade marginal

Para Hélio Oiticica a arte era uma opção de vida contra toda e qualquer forma de opressão: social, intelectual, estética, política… Inventor, teórico, refletiu e interrogou a brasilidade e a universalidade da arte, sempre inconformista e indiferente à moda. – Arte concreta, Neoconcretismo, Parangolé, Tropicália, vanguarda brasileira dos agitados anos 60, White Chapel Galery (Londres), seis ou sete anos de Nova Iorque; uma vida de tensão em fazer arte e habitar o mundo. Ao romper com o objeto/arte como coisa destinada à visualidade (relação « contemplativa »), busca o tato e o movimento, repõe a sensibilidade recalcada pelo tecnicismo do movimento concreto. Cor, estruturas, palavras, fotos, dança, corpo, definem a obra. A participação física é o centro e o interlocutor do acontecimento/arte, o conceito de visão envolve todo corpo, difícil não pensar na fenomenologia de Merleau-Ponty.
Nas palavras de Mário Pedrosa, em 1965: « A beleza, o pecado, a revolta, o amor dão à arte deste rapaz um acento novo na arte brasileira ».
O trabalho de Hélio Oiticica teve uma inserção no ambiente cultural de vanguarda deste país, no momento de sua maior produtividade. Dos Metaesquemas (desenhos em 58/59, quando o artista era integrante do grupo Frente) aos ambientes de 69, um percurso que incorporou a improvisação e a expressividade corporal para construir um trabalho. Rompeu com a noção de quadro e libertou a cor da relação figurativa. A cor deixou de ser um aspecto visual, nos ambientes e nos objetos, o espectador era convidado para o contato físico. Penetráveis (maquetes). Bólides (objetos de vidro com pigmentos para serem manipulados), Parangolés (capas para vestir o corpo). Passista da Mangueira. Tropicália.
« Tropicália é a primeiríssima tentativa consciente, objetiva, de impor uma imagem obviamente brasileira » ao contexto atual da vanguarda e das manifestações em geral da arte nacional. Tudo começou com a formulação do Parangolé, em 1964, com toda a minha experiência com o samba, com a descoberta dos morros, da arquitetura orgânica das favelas cariocas (e conseqüentemente outras, como as palafitas do Amazonas) e principalmente das construções espontâneas, anônimas nos grandes centros urbanos – a arte das ruas, das coisas inacabadas, dos terrenos baldios, etc. » H.O.
« Propositadamente quis eu, desde a designação criada por mim de « tropicália » (devo informar que a designação foi criada por mim, muito antes de outras que sobrevieram, até se tornar a moda atual), até os seus mínimos elementos, acentuar esta nova linguagem com elementos brasileiros, na tentativa ambiciosíssima de criar uma linguagem nossa, característica, que fizesse frente à imagética Pop e Op internacionais, na qual mergulhava boa parte de nossos artistas ». H.O.
Uma manifestação ambiental em que, ao penetrá-la, o espectador era bombardeado por imagens sensoriais, devendo reagir com todos os sentidos, a Tropicália foi instalada pela primeira vez em 1966, no Museu de Arte Moderna do Rio de Janeiro. Irreverente, rigoroso e anarquista ao mesmo tempo, coerente com suas propostas, tinha um perfeito domínio intelectual sobre seu próprio trabalho. Mais do que uma instalação de arte, a Tropicália era um pensamento avançado sobre a arte brasileira.
« Como se vê, o mito da tropicália é muito mais do que araras e bananeiras: é a consciência de um não condicionamento às estruturas estabelecidas, portanto altamente revolucionário na sua totalidade. Qualquer conformismo, seja intelectual, social, existencial, escapa à sua idéia principal ». H.O. – 1968.
A experiência de Hélio Oiticica parte do concreto para a periferia do projeto construtivista, adotando procedimentos estranhos como: a marginalidade, a crítica à produção industrial, a participação do corpo na leitura da obra. No princípio era Mondrian e Malevitch; depois, o outro lado da modernidade: Marcel Duchamp. Uma trajetória exemplar, na forma como transformou o seu trabalho, fazendo da existência a condição da arte. A vida de um artista não explica a obra; mas, se comunicam, principalmente no caso de Oiticica. Seu trabalho é resultado de sua relação tensa com o cotidiano, que via na marginalidade uma idéia de liberdade; aliás, o artista não é um marginal que empresta seu corpo ao mundo, para transformá-lo em pintura?! (Marleau-Ponty). Com a Tropicália, Oiticica submeteu a brasilidade a uma inteligência rigorosa, sem perder o referencial poético. Uma proposta cultural que buscava algo à margem, ou melhor, entre « o visível e o invisível »; construir, com a experiência sensorial, um pensamento.

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