Claúdya Cos’tta, une voix qui a du coeur, en devenir ?

claudyacostta1Ne pas rester cantonnée au monde étroit des chanteuses espoir, qui stagnent, qui occupent les espaces des bars chic de Salvador. Voilà Claúdya Cos’tta, vingt-sept ans, fermement décidée à franchir cette étape. Pourtant les débuts, à l’adolescence, ne furent aisés, entre une mère commercante et un père professeur dans l’enseignement privé, évangélistes de confession et qui se refusaient à l’aider. Elle déplore l’attitude discriminatoire des croyants évangélistes qui écartent l’alcool, méprisent les fêtes liées au candomblé, à la Saint-Jean, tout cet univers synchrétique qui fait la richesse de Bahia. Ce « monde païen », selon sa famille. Elle constate ainsi que sa famille s’est « coupée du monde », la « haine du monde du plaisir » chevillée à l’esprit…
Il n’était donc question de payer des cours de chant. Qu’à cela ne tienne. À 17 ans, elle a commencé à vendre des bijoux fantaisie, à effectuer des travaux de couture, pour se payer deux années complètes de cours… Les années ont passé… En 2009, remarquée par le Cortejo Afro, l’un des groupes renommés de percussions de Bahia, elle a ainsi effectué en son sein deux années de tournée comme choriste. Et a même partagé, cette grande et belle jeune femme de 1,72 m, la scène avec Preta Gil, pendant deux jours de Carnaval. Une trentaine de shows par an, au total. En août 2010, elle partira en Colombie pour quatre concerts, comme chanteuse titre du groupe. Tandis qu’elle vient d’assurer quelques petits concerts solo dans le merveilleux Teatro Gamboa Nova, et également la première partie d’un concert de la chanteuse Mariene de Castro.
Elle n’a pas encore de producteur, juste un conseil. « Tout est assez clos, dans la musique, à Salvador ». Mais elle fut déjà à l’affiche en solo – avec son fidèle guitariste Orlando Nascimento – dans deux petits théâtres de Salvador, et se produit une fois par semaine dans le plus renommé des cafés-concerts* avec un répertoire classique. Elle y interprète Noel Rosa, Chico Buarque, Gilberto Gil, Elis Regina, Edil Pacheco, Roberto Mendes… La charmante Claúdya prétend enregistrer son premier disque solo en 2012, avec un répertoire de samba, perlé d’interprétations en anglais et en… français. « Touche pas à mon pote », de Gilberto Gil, pour être précis. Aux côtés d’interprétations de Noel Rosa, Ataúlfo Alves, entre autres valeurs sûres du samba des années trente et cinquante, et tenter ainsi d’être distribuée à l’étranger. D’abord à l’extérieur, avant le marché interne. Car selon elle, dans la musique contemporaine et locale, les paroles « sont souvent une offense à la femme » et elle « souhaite passer un bon message ». Ses goûts sont éclectiques : Louis Armstrong, Diana Krall, James Brown bien sûr, Macy Gray. La « bataille sera certainement difficile », me confie-t-elle, de sa voix de mezza-soprano. Mais déjà, chaque mois, elle vend deux centaines de son premier disque de standards, auto-produit.
Claúdya vient de signer une série de concerts dans le plus chic des cafés-concert du quartier bohême de Rio Vermelho, le Ciranda Café. Vêtue dans son impeccable robe moulée et scintillante noire et grise, ce macaquito, qu’elle a dessiné elle-même, elle souligne qu’elle enseigne l’espagnol, et tente de terminer son deuxième cycle à l’université publque. Pour « joindre les deux bouts ». Elle voudrait étudier la guitare pour « composer plus encore ». Et maintenant, en ce mois de juillet, sa famille est venue, pour la première fois, assister à l’une de ses performances vocales…
* Botequim São Jorge. (photo ci-dessous : © Tiago Lima)
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