João Santana, grand ordonnateur du « spectacle électoral »

patinhasJoão Cerqueira de Santana Filho, 54 anos, est né à Tucano, à quelques deux cent cinquante kilomètres de Salvador, il y a environ cinquante-sept années. Plus connu sous le nom de João Santana. Ou par son surnom de « Patinhas », qui se réfère au mot portugais « pão-duro » du personnage de Walt Disney qui n’est autre qu’Oncle Picsou. Nous évoquons son parcours ici, car il fut le « Jacques Séguela » brésilien, le publicitaire en charge de la campagne du président Lula dès le 24 août 2005. Mission si bien accomplie pour la réélection et comme conseil spécial du président de mandat, selon le pouvoir en place, qu’il vient d’être renouvelé dans son rôle pour la campagne de la femme que Lula a désigné comme candidate du PT et des partis alliés, Dilma Roussef*. Depuis novembre 2009, il a été présenté officiellement comme l’homme orchestre de la campagne présidentielle de la native du Minas Gerais. Avec à la clé, bien sûr, un contrat qui doit certainement dépasser les dix millions de reais… Les montants ne sont pas rendus publics, mais seulement pour la diffusion audiovisuelle des spots électoraux, le ministère des finances a annoncé que le montant déduit aux chaînes de télévision pour leurs impôts 2010, en raison de l’obligation de diffusion à l’antenne des films propagandes, serait de … 851 millions de reais (350 millions d’euros environ).
J. Santana est un homme qui apparaît peu, rétif à toute médiatisation personnelle, contrairement à son homologue français. Ce qui pourrait paraître un paradoxe l’a certainement aidé, entre autres missions, à être choisi par les élites économiques brésiliennes, récemment, à conseiller le candidat, de centre gauche, à l’élection présidentielle du pays voisin El Salvador, Mauricio Funes. Et à le faire élire.
joaosantana2Mais avant tout cela, bien avant, J. Santana étudia d’abord au Colégio Marista, dans la paisible Salvador des années cinquante. C’est dans le préau de cette école d’origine française qu’il obtint son surnom, car il gérait déjà le pécule commun des élèves… Dans la vie active, après son diplôme à l’université publique, il devint journaliste. Ainsi, il travailla au « Jornal da Bahia » et dirigea le bureau local du quotidien « O Globo ». Sans oublier de travailler pour l’hebdomadaire, alors progressiste et aujourd’hui réactionnaire,Veja. À Brasília, ensuite, il fut journaliste au « Jornal do Brasil » et directeur du magazine hebdomadaire « Isto É », qui serait un peu notre « Express »… Puis vint le temps, en 1990/91,d’aller étudier à l’université de Georgetown, à Washington, payé par la Fundação Loyola.
J. Santana a travaillé alors, changeant son fusil d’épaule, comme publicitaire à Salvador et au Brésil. Principalement avec un autre publicitaire bahianais renommé et très médiatique par ses frasques (goût pour les combats de coqs, etc.) – qui fut le grand organisateur de la campagne vitorieuse de Lula en 2001 – Duda Mendonça. Ils furent associés pendant dix ans dans de nombreuses entreprises de communication et de publicité, à Salvador principalement. Ils rompèrent, en 2002, lorsque Patinhas découvrit qu’à l’occasion d’une campagne publicitaire pour un candidat à l’élection présidentielle en Argentine, Eduardo Duhalde, en 1999, son associé Duda Mendonça avait détourné la totalité du « bénéfice non officiel ». Entre temps, J. Santana avait été associé avec le même Duda Mendonça, de la société  A2CM Limitada, que ce dernier utilisait pour d’autres campagnes électorales, financées par du blanchiment d’argent. En 2006, un reportage du quotidien O Estado de S. Paulo montra également que le Ministério Público Federal avait suivi le parcours de  528.000 dollars envoyés, entre 1999 et 2000, par J. Santana  dans les paradis fiscaux des Iles Vierges Britanniques.  En 2008, alors qu’il organisait la campagne publicitaire de Marta Suplicy (PT) pour l’élection municipale de Sao Paulo, il endossa la responsabilité, contraint et forcé, après la défaite de sa « pouliche », d’une question posée au candidat de l’opposition, conservateur, Gilberto Kassab (DEM), sur sa vie privée: ”É casado? Tem filhos?” – « Vous êtes marié? Vous avez des enfants ? »**
Etc.
Puis, qui sait, mauvaise conscience aidant, il ouvrit, au nom de son fils, il y quatre ans environ, une… librairie de très bonne facture, la meilleure à Salvador, jointe à une merveilleuse petite salle de spectacles, dans le quartier bohème de Rio Vermelho…

* Depuis mars 2010, la candidate Dilma Roussef a ordonné au Superior Tribunal Militar de garder sous scellé tout son dossier personnel se référant à ses années de « lutte » contre les militaires et de prison durant l’époque de la dictature (1964-1985). On ne sait quelles en sont les raisons exactes.
** Clairement, encore une fois, en ce sous-entendu odieux, se détachait le rejet d’une bonne partie de la classe blanche, pour toutes « les différences » .

Ci-dessous, le premier spot conçu par l’équipe de « Patinhas », diffusé à la télévision en ouverture de la campagne électorale officielle, ce 17 août 2010. Edifiant. On navigue entre photos de petite fille, voix off de Lula et promenades avec le chien en bord de rivière…



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