« L’avenir des musées: travailler le public et l’objet en même temps. Bahia en est loin. »

mamNous dirons qu’elle vit à Salvador depuis l’été 2000, pour raisons familiales. Née outre-Atlantique, elle est grande, volubile et plutôt guillerette. Dans sa jeunesse et son adolescence, elle adorait aller au musée voir… les dinosaures. Rapidement, elle a tout su d’eux, même les détails de leur nourriture. Changement de décor à Bahia: la faculté des Belas Artes de l’université publique (UFBA)… Elle y étudie la muséologie, en raison de l’absence d’un cours de paléonthologie ou d’archéologie. Si tout va bien, elle obtiendra son diplôme dans une bonne paire d’années. Écoutons celle qui, née à la fin des années quatre-vingt, parle quatre langues et connait tous les musées de Salvador, petits ou grands, comme sa poche – au contraire d’un très grand nombre de ses collègues étudiantes !! – livrer son diagnostic sur le décor et le contenu muséologiques de Bahia.

– « Les musées de Salvador sont mal adaptés à la culture brésilienne. À Salvador, les visiteurs vont au musée sans être attentifs à ce qui est sous leurs yeux. Comme de plus, ils ne sont pas guidés… ».
– « Il serait bon de concevoir la visite de ces musées d’une manière interactive. En retirant certains espaces sacrés, pour interagir. À ce moment là, l’interactivité concernerait beaucoup plus les visiteurs. Sans même parler du concept de l’éco-musée. Également, il faudrait prévoir des parcours dans ces espaces clos, avec, pour les enfants, l’option du « touché ». Dans nos musées, la proximité humaine est malheureusement laissée de côté. Ce n’est pas sain. Le visiteur se sent bien quand il a un moniteur qui lui explique de manière adéquate. »
– « Dans nos musées de Salvador, de nombreuses muséologues et directrices occupent leurs postes depuis des dizaines d’années. Et souvent les personnels administratifs qui les entourent sont changés et cooptés selon les vainqueurs des élections, sans la moindre compétence. Et très peu sont formés à des techniques aussi banales que l’informatique, par exemple… Dans tel musée, il pleut des gouttes en permanence, tandis qu’il a été prouvé que le vol, par les personnels*, de plus du quart d’un fonds de pièces en or, a eu lieu dans un autre musée. Jamais la presse n’a relaté les faits. »
– « À la faculté, peux de thèses, de recherches d’étudiants imprimées sont disponibles. De nombreuses absences de professeurs sont constatées et nous recevons les enseignements par des substituts non pétris du sujet muséologie. Cela nous manque pour mener à notre tour des recherches, lancer des projets. Le premier semestre de la première année a commencé avec trente étudiants. À la fin de cette même année, quinze avaient désisté, car la faible concurrence de notre cours permet de caser les indécis et les étudiants non motivés. »
– « Le fil rouge de notre enseignement est le philologue et écrivain Umberto Eco. Il revient sans cesse dans tous nos cours, par plusieurs prismes. Quelques Français sont au programme, mais de manière réduite, par le biais de livres entiers photocopiés: Pierre Catel, Michel Van Praet, Jean Davallon, Daniel Jacobi. Une matière comme l’archéologie est le parent pauvre de notre enseignement. Seul un professeur de cette matière, Carlos Etchevarne, diplômé à Paris, véritable héros pour moi, a lancé un cadastre de toutes les peintures rupestres présentes dans la Chapada diamantina. Et il va publier un livre autour de sa recherche. Ni l’université, ni le ministère de l’Education ne l’aident financièrement**. ».

* L’affirmation est faite car notre interviewée du jour, qui a effectué l’inventaire, de longs mois, du musée en question, évoque la contenance de coffre-forts, seuls accessibles à la direction. (photo du Musée d’art moderne de Bahia, au crépuscule)
** Le flâneur ajoutera ici l’information que ce professeur a reçu en 2006 un très important prix réservé aux historiens, remis par le constructeur civil, bahianais, Odebrecht et ne semble en rien isolé dans ses recherches. La jeunesse, subjuguée quelquefois par de vrais savoirs, n’est pas totalement informée…

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2 réponses

  1. Davidikus dit :

    Pour les pièces d’or, c’est très embêtant – surtout si ces vols sont courants. Pour la muséographie, l’idée de l’interactif, de l’écran qui explique me paraît déjà très datée : on en revient largement. Regardez des musées qui furent pionniers comme la National Gallery ou la National Portrait Gallery à Londres ont relégué leurs expériences interactives au sous-sol ou sur une mezzanine, essentiellement pour des travaux de documentation.
    Ce qui m’a souvent frappé au Brésil, est l’envie de faire « comme en Occident », « comme dans les pays développés ». Ça n’a pas de sens : le Brésil est déjà un pays développé mais connaît des contraintes liées à un développement récent. C’est cela qu’il faut prendre en compte : comment faire venir les touristes au musées de Salvador ? comment les faire revenir ? comment faire pour que les musées remplissent leur vocation d’éducation, notamment à destination d’un public qui n’est pas nécessairement très éduqué, alphabétisé mais mal ? au lieu de chercher des modèles à l’étranger ou dans une hyper modernité trop coûteuse, quelles sont les solutions disponibles pour remplir ces objectifs ?
    Les conditions d’étude de cette jeune fille semblent en partie gênantes. Il faudrait voir si une âme charitable pourrait offrir à la bibliothèque de l’université des livres en version originale (ou bien voir quelles bibliothèques universitaires de par le monde déstockent ces ouvrages). Néanmoins, il serait bon de rappeler que les universités brésiliennes sont de très bon niveau et que tous les Brésiliens qui ont étudié à Cambridge à l’époque où j’y étais étaient très bien formés, et mieux que dans pas mal d’universités occidentales !
    http://davidikus.blogspot.com/
    http://www.davidranc.com

  2. bahiaflaneur dit :

    Le flâneur va se faire, dans l’attente d’autres réactions, l’intercesseur de l’étudiante. Entre les universités de Sao Paulo (unicamp, usp), de Rio de Janeiro (UFRG, estacio de Sa), pour ne parler que des plus connues tant publiques que privées, et les universités du Nordeste, il y a un gouffre. Questions d’investissements, ils manquent. De plus, la politique de quotas, récnte, a modifié les priorités des administrations univesitaires et a considérablement augmenté le nombre d’étudiants. Le gâteau est le même et il faut le diviser en plsu de parts.
    Mais c’est un appel d’air pour le futur, de cette uiversité qui n’était que blanche et bourgeoise.
    Je précise que l’étudiante en question ne fait pas partie des élèves inclus dans la politique des quotas.

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