« Noire est la main »

alex
La main du nettoyage
(paroles et musique: Gilberto Gil – 1984)
Le blanc a inventé que le noir
Quand il ne salit pas dans l’entrée
Va salir à la sortie
Imagine seulement
Il va salir à la sortie
Imagine seulement
Quel mensonge incroyable
En vérité la main esclave
Passa sa vie à nettoyer
Ce que le blanc salissait
Imagine seulement
Ce que le blanc salissait
Imagine seulement
Combien le noir peinait
Même après l’esclavage aboli
Noire est la main
De celui qui nettoye
Lavant les habits, frottant le sol
Noire est la main
C’est la main de la pureté
Noire est la vie passée au pied de la cuisinière
Noire est la main
Mettant la table
Nettoyant les taches du monde avec de l’eau et du savon
Noire est la main
En vérité la main esclave
Passa sa vie à nettoyer
Ce que le blanc salissait
Imagine seulement
Ce que le blanc salissait
Imagine seulement
Ce blanc crasseux
Imagine seulement

A mão da limpeza


O branco inventou que o negro
Quando não suja na entrada
Vai sujar na saída, ê
Imagina só
Vai sujar na saída, ê
Imagina só
Que mentira danada, ê

Na verdade a mão escrava
Passava a vida limpando
O que o branco sujava, ê
Imagina só
O que o branco sujava, ê
Imagina só
O que o negro penava, ê

Mesmo depois de abolida a escravidão
Negra é a mão
De quem faz a limpeza
Lavando a roupa encardida, esfregando o chão
Negra é a mão
É a mão da pureza

Negra é a vida consumida ao pé do fogão
Negra é a mão
Nos preparando a mesa
Limpando as manchas do mundo com água e sabão
Negra é a mão
De imaculada nobreza

Na verdade a mão escrava
Passava a vida limpando
O que o branco sujava, ê
Imagina só
O que o branco sujava, ê
Imagina só

Gilberto Gil

La photo qui illustre ce texte, que nous avons traduit, a été prise en août 2009, à Salvador, à notre demande. Nous en préservons l’anonymat mais dirons que le comédien, d’orgine modeste, qui se voit représenté ainsi, chemine avec exigence, depuis plus de trente ans, en France, depuis ses premiers pas au coeur de la minuscule troupe du « Théâtre Noir » jusqu’à de nombreux récents premiers rôles cinématographiques, où les conscients déchirements de l’âme humaine perlent ses interprétations. Et ses nombreux silences, qui ponctuaient nos conversations ici, ne laissaient de doute sur ses tourments, à prendre connaissance du cheminement de ses « frères », à Bahia. Cette main illustre donc pleinement, pour nous, « l’avant et un possible après » des mots de Gilberto Gil.
(photo © M. G.)

——-
Pour Gilberto Gil, cette chanson a été écrite à l’époque car il lui « venait à l’esprit avec une grande netteté combien sont recherchés et importants les noirs pour le travail de nettoyage en général qui est fait dans la vie de tous les jours, et aussi avec une grande clarté combien les salisseurs sont exactement ceux qui ont le plus de moyens, les plus riches, les plus bénéficiés de la société qui, en leur grande majorité, correspondent à la classe la plus claire, la classe la plus blanche ». Extrait traduit de: Gilberto Gil, Todas as letras / Companhia das Letras / 2003 (p.349).

Vous aimerez aussi...

1 réponse

  1. Annie-Claude dit :

    Maintenant que les mots de cette chanson me sont reveles par traduction… quelle puissance dans leur verite!!! La main sur la photo est tres emouvante dans ce qu’elle illustre ces mots…