La « chica bahiana », Iemanjá et un certain Julio…

paquebotL’ami de toute sa vie s’appelait Eduardo Jonquières. Il était peintre et poète. Ils s’étaient connus en Argentine au milieu des années trente. Cent vingt-six lettres et treize cartes postales viennent d’être publiées, pour la première fois, cette semaine d’octobre 2010, en Espagne, aux éditions Alfaguara. Six cents pages imprimées. Cent dix-sept des lettres sont totalement inédites. La correspondance publiée prend fin un an avant la mort de Julio, à Paris, au début des années quatre-vingt. Nous avons tiré, et modestement traduit de l’une d’entre elles cet extrait.

Delante de las Puertas de Hércules

27 março / 55

Querido Eduardo:

(…) En Río tuvimos tiempo de ir a conocer el Ministerio de Educación y los murales de Portinari (que nos gustaron mucho), andar pelas callecitas encantadoras y pasar toda la tarde en la fabulosa Copacabana, con ese mar en tecnicolor casi demasiado verde. Hablando de Brasil, a bordo nos encontramos con una chica bahiana que conocíamos de París, y que se ha casado con un muchacho francés cineasta (hijo de Descaves, el patron de la Comédie Française). Vuelven a Europa después de 8 meses en Río y Sao Paulo. Nos contaron esro: el 31 de diciembre lo pasaron en las calles de Rio viendo las macumbas, las danzas y cantos populares. A eso de la una de la madrugada decidieron irse en auto a una playa bastame alejada de Rio, donde es fama que los bahianos residentes en Ro celebran ritos de Año Nuevo. La playa estaba desierta, pero al rato llegó un camión de donde bajó un grupo increible. Las mujeres vestidas de blanco con bordados de plata, y los hombres con grandes capas blancas. Al ritmo de una batuca empezaron a bailar y a entrar en trance. El « sacerdote » invocaba a la Sirena del mar, y roda la ceremonia era en su homenaje. Varias veces alguna de las mujeres, totalmente hipnorizadas, pretendía llegar bailando hasta el agua; entonces el sacerdote daba una orden y los hombres formaban una ronda, encerraban a la mujer y, siempre bailando, la traían de vuelta a la playa. Este duró largo tiempo. En un momemo dado un muchacho muy joven entró en trance, gritó como si respondiera a un llamado del mar, y corrió sin que nadie l0 atajara hasta perderse en el oleaje. Aiguien del grupo de nuestros amigos, excelente nadador, quería tirarse a sacarlo, pero los danzarines no lo dejaron. La simple explicación fue: « Lo ha lIamado la Sirena ». Los del auto se fueron entonces a pedir ayuda a un puesto de la Prefectura, bastante alejado. El oficial, una vez enterado de las circunstancias, se limit a decir que ya era tarde, que en esa playa morían así muchos bahianos, y que ni siquiera recobrarían el cuerpo del ahogado. Supongo que a su manera también acataba la voz de la Sirena. ¿ Qué te parece? Todo esto a media hora de Río, de la civilización, etc.
(…)

Julio

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À Rio, nous avons eu le temps d’aller visiter le Ministère de l’Education et les peintures murales de Portinari (que nous avons énormémément aimé), marcher par les petites rues enchanteresses et passer toute l’après-midi sur la fabuleuse Copacabana, avec cette mer en Technicolor presque trop verte. À propos du Brésil, à bord nous avons rencontré une chica baiana que nous avions connue à Paris, et qui s’est mariée avec un muchacho français cinéaste (fils de Descaves, le directeur de la Comédie Française). Ils sont revenus en Europe après huit mois à Rio et São Paulo. Ils nous ont conté ceci: ils ont passé le 31 décembre dans les rues de Rio en regardant les macumbas, les danses et les chants populaires. À une heure du matin, ils ont décidé de serendre, en automobile, sur une plage éloignée de Rio, où il est notoire que les Bahianais résidant à Rio célèbrent les rites de fin d’année. La plage était déserte, mais en un instant est arrivé un camion duquel est descendu un groupe incroyable. Les femmes vêtues de blanc avec des franges d’argent, et les hommes avec des grandes capes blanches. Au rythme d’une batuca, ils ont commencé à danser et à entrer en transe. Le « sacerdote » invoquait la Sirène de mer, et toute la cérémonie était en son hommage. Plusieurs fois, l’une des femmes, totalement hyptonisées, prétendait arriver en dansant jusqu’à l’eau; alors le sacerdote donnait un ordre et les hommes formaient une ronde, entouraient la femme, et, tout en dansant, la ramenaient à la plage. Ceci dura longtemps. À un moment donné, un muchacho très jeune est entré en transe, a crié comme s’il répondait à un appel de la mer, et a couru, sans que personne lui coupe le chemin, jusqu’à se perdre dans le courant marin. L’un des membres du groupe de nos amis, excellent nageur, a voulu aller le chercher, mais les danseurs ne l’ont pas laissé faire. La simple explication fut: « La Sirène l’a appelé ». Ceux de l’automobile sont donc allés demander de l’aide à un poste de la mairie, assez éloigné. L’officiel, une fois informé des circonstances, s’est limité à dire qu’il était trop tard, qu’en cette plage décédaient de nombreux bahianais, et qu’ils ne retrouveraient pas le corps du noyé. Je suppose qu’à sa manière il se soumettait également à la voix de la Sirène. Qu’en penses-tu ? Tout cela est à une demi-heure de Rio, de la civilisation, etc.

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