Farnese de Andrade, suspendu dans le temps

farnese3« L’artiste naît donc prisonnier du style, qui lui a permis de ne plus l’être du monde. »*

Plus de cinquante années de créations, commencées après la seconde guerre mondiale, donnant naissance à des dessins, gravures, peintures, illustrations. Farnese de Andrade (1926-1996). Un « vaste univers », totalement autre à celui, d’objets, d’assemblages, souvent d’éléments en bois, nous est présenté en la galeria Paulo Darzé jusque fin janvier 2011. Il s’agit de la collection particulière du galeriste, comencée il y a sept ans, formée de trente-huit pièces, d’une oeuvre qui lui est familière depuis plus de vingt ans, qu’il expose et met en vente.
L’artiste, au long des plages, dans les églises et les masures du Nordeste et dans les friches éparses du Brésil, et d’Espagne, recueillait toutes sortes de pièces.  Des éléments qu’il récupèra sur la plage de Botafogo, à Rio de Janeiro ou bien encore des ex votos de par les routes du sertão du Nordeste. Ces petites armoires, aux portes préservées nous enjoignent, par les éléments sexuels, familiaux et religieux qu’ils renferment, au seul souvenir. Tel ce Carga genética (1985). Un souvenir qui nous semble infécond, où pourtant l’artiste semble s’être emprisonné, délicieusement. Vie, sexe, mort. Comme la volonté, par la résine utilisée presque sytématiquement, de sacraliser des êtres, des saints – São Jorge – et des figures du Brésil comme les jumeaux São Cosme et São Damião. Ces boxes forms, où des poupées aux yeux de verre, des seins de bois, des fragments personnels, des images autobiographiques recouvertes de résine viennent se juxtaposer dans l’étroite maisonette religieuse à un ou plusieurs oeufs, blancs, la plupart du temps. Des limites physiques strictes, comme des récipients d’amours passés. Alors, nous serons sceptiques devant cet ensemble proposé par Paulo Darzé – qui connut personnellement l’artiste en 1987, par l’intermédiaire du critique bahianais Justino Marinho, et qui « admire surtout l’oeuvre, par son ensemble, en ses cinquante années de créations » – à cause de l' »emprisonnement » qu’il propose et érige comme forme et style. Mais Farnese construisit aussi des objets sans limites, circulaires ou rectangulaires, ouverts, tel ce superbe Autoretrato (to be or not to be) – ci-contre – ou bien encore ce très fin Homenagem a Brancusi (1978-96).  Des assemblages en grande majorité frontaux et inclus dans des oratoires, conçus pour étre pendus ou supendus, tel est d’abord la vocation des objets laissés par Farnese de Andrade. Le 15 décembre 2010, le galeriste avait déjà vendu plus de trente pour cent de sa collection.

Farnese de Andrade. Du 7 décembre 2010 au 8 janvier 2011. Paulo Darzé Galeria de Arte. ouvert depuis le 7 décembre 2010. Magniffique et grand catalogue de 120 pages, avec une préface de Charles Cosac, bilingue.
farnese2Le film « Farnese » (1970), mis en scène par le critique Olívio Tavares de Araújo (meilleur court-métrage au Festival de Cinema de Brasília en1971) est inclus dans la monographie « Farnese de Andrade », editée par Cosac Naify et coordonné par Charles Cosac.
*André Malraux, in La création artistique (III), Les Voix du Silence.
http://www.speculum.art.br/module.php?a_id=1111

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