Rufino, « narration d’une histoire atlantique » à six mains

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João, Marcus, Flávio

Alufá: cela se traduit par « maître musulman ». Un livre-événement, « écrit à six mains », vient nous conter l’histoire de Rufino José Maria, Africain capturé sur l’actuel territoire du Nigéria, dans la seconde moitié du XIXe siècle, transporté comme esclave à Bahia où il restera pendant huit ans, puis déplacé ensuite à Rio Grande do Sul, vendu par un commerçant et mis aux enchères… Acheté par le chef de la police de Rio Grande do Sul, à Porto Alegre, il pourra… racheter sa… liberté en 1835… Ensuite sa trace se perd… Il semblerait qu’il ait embarqué sur un navire négrier, libre cette fois et à titre de cuisinier – la main d’oeuvre esclave coûtait « cher », il fallait veiller à sa nutrition ! – à destination de Luanda, en Angola, d’où il fera plusieurs allers-retours vers Recife, au Brésil. Ensuite, il débarquera en Sierra Leone, emmené par les Anglais propriétaires du bâteau sur lequel il travaille. Là,  Rufino se perfectionne en arabe et s’implique dans la religion musulmane à tel point d’être désigné « maître » par ses coreligionnaires africains… Il reviendra ensuite à Recife, puis repartira pour une longue période de dix-huit mois en Sierra Leone, puis retournera à Recife.
1853: sa trace, dans les archives, est retrouvée suite à un interrogatoire qu’il subit par la police… Tous ces éléments, la dimension musulmane, le trafic d’esclaves et les dessins urbains où Rufino a circulé, nous sont contés comme un roman policier par les trois  renommés historiens brésiliens, issus chacun d’un État différent, soucieux « d’une grande attention  à  l’empirisme » (« cuidado com a empíria »), selon les mots de João Reis, qui complète aussi qu’il ne s’agit en aucun cas « d’un livre typique sur l’esclavage africain au Brésil », mais « d’une narration d’une histoire atlantique ». Et lors de leur présentation (photo ci-contre) commune du livre jeudi 3 décembre, les trois joyeux compères nous ont guéri à tout jamais des lancements engoncés de leurs austères confrères européens et parisiens… Comme ils l’ont évoqué « il y a dans ce livre la matière pour faire mille Amistad« … Mais « pas pour en faire ce qu’a fait Spielberg, au grand jamais », selon Marcus Carvalho, dans un petit coup de gueule… Alors, qui scénarisera la vie de Rufino ?

joaoreisO Alufá Rufino: Tráfico, escravidão e liberdade no Atlântico Negro (c.1822-c.1853). Editora Companhia das letras. 2010. Auteurs: João José Reis,  de  l’Universidade Federal da Bahia, Flávio dos Santos Gomes, de l’Universidade Federal do Rio de Janeiro et Marcus Joaquim Maciel de Carvalho, de l’Universidade Federal de Pernambuco. Notes : p. 389-443. Annexes : p.363-387. Des dizaines de reproductions, cartes, photos, plans de navires, se retrouvent au long des pages centrales. Bibliographie : p. 445-465. Index : p.469-481.

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