« Le grand frère », par Carlos Ribeiro

 

LE GRAND FRÈRE

par Carlos Ribeiro

Ce fut pendant l’hiver de 1963, dit le père à l’enfant. Ce fut pendant l’hiver de 63 que je le vis pour la première fois. J’avais cinq ans. Je descendais la Ladeira do Pelourinho, la nuit, tenant la main à mon père. Il ventait beaucoup, la place était déserte, la fenêtre d’une bâtisse battait par intermittence. J’ai pu percevoir son visage, appuyé sur la paroi latérale de l’église Nossa Senhora do Rosário dos Pretos. Il était vêtu d’un pull marron élimé, comme ceux des individus étranges qui parcouraient le Centro Historico, au siècle passé. Plongé dans l’ombre, il regardait de biais un point indéfini de la demeure triste et grise ou au-delà des tours de l’église du Passo, qui se dressent au-dessus des bâtisses. J’ai tourné la tête, pour le voir mieux, mais mon père m’a demandé que je regarde devant moi, et je l’ai perdu de vue.

L’année suivante, j’ai commencé à étudier à l’école Santa Tereza, de la professeure Almerinda, dans le quartier du Carmo. C’était en une matinée pluvieuse, où je serrais la main de ma cousine Lurdes, je traversais la place, en direction à l’école, affrontant les forts tourbillons du vent, comme un explorateur qui lutte contre les intempéries en direction au Pôle Sud. La place paraissait déserte, mais je pouvais voir, à travers le rideau de pluie, qui me trempait le petit gilet d’étudiant, l’homme, maintenant plus gros, à la fenêtre de l’une des bâtisses. Je voulus le montrer à ma cousine mais, au moment exact où j’ai pensé cela, la fenêtre s’est fermée. Je suis resté encore quelques secondes avec les yeux suspendus, ruminant ma curiosité, en secret.

Autour de 1965, nous avons déménagé de l’appartement, dans le quartier du Taboão, localisé dans la rue Silva Jardim, au numéro 34, au second étage d’un ancien immeuble, en face de l’immeuble connu sous le nom de « A Bola Verde » pour Itapuã, alors un quartier calme pour vacances d’été. C’était un froid après-midi d’août, quand je le vis pour la troisième fois, à l’arrêt, à côté de l’ancienne maison en pierres, située sur la plage de Armacão…

– Maison en pierres ?

– Oui. Elle était utilisée par les pêcheurs pour garder des objets d’entretien. La maison est toujours là, mais presque personne ne fait attention à elle, aujourd’hui.

Mais, enfin, l’homme parlait avec quelqu’un, que je n’ai pu voir. Il gesticulait beaucoup, comme s’il était en colère. Le vent, comme s’il accompagnait son humeur, soufflait fort sur les cocotiers, balayait les dunes, qui s’étendaient dans tout le coin, secouant les palmes comme des grandes chevelures. Je l’ai regardé de loin, par la fenêtre de l’autobus, qui glissait, lentement, le long de la route en bord de mer. Je suis resté debout, sur le siège, l’observant, d’un long regard, jusqu’à ce que l’image se dissolve dans l’air imprégné des mauvaises odeurs de la marée basse.

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Avant que j’entre dans l’adolescence, laissant derrière moi, vaincus, comme un champ de bataille, mes derniers rêves enfantins, je pus le voir encore une fois. Je m’amusais à chat perché, avec quelques copains, dans l’espace situé devant la maison, sur l’avenue Otavio Mangabeira, à Itapuã. Il y avait, à l’époque, peu de constructions dans les environs : une demi-douzaine de maisons sur des dunes et des friches venteuses, entourées de cocotiers, d’arbres à cajus, d’arbres fruitiers, qui donnent les mangabas et les pitangas. Je pus le voir, de la branche la plus haute de l’arbre à cajus, sur la dune, élevant ma tête au-dessus de la cime de l’arbre secoué par le vent. Il traversa la route et entra dans une voiture Aero Willys bleue, qui était arrêtée au poste à essence Nova Conquista, à l’époque connu sous le nom de Cuba. Je n’ai pu savoir ce qu’il faisait là, mais, de loin, son regard me paraissait dur, ou triste, je ne sais, quand un ultime rayon de soleil de cette fin d’après-midi là illumina son visage.

En 68, quand la dictature militaire éliminait les gens, dans les paysages sépias du Brésil assiégé, je le vis, en un coup d’œil, dans une automobile noire qui croisa la DKW de mon père, sur la route Salvador-Feira de Santana. Ce fut rapide. Un militaire était au volant. J’ai eu l’impression qu’il souriait, mais c’était un sourire de moquerie. L’année suivante, quand mon frère servait dans l’armée, au bloc19-BC dans le quartier de Cabula, et que Lamarca terrorisait les casernes avec ses braquages éclairs, je l’ai croisé, sur la place Castro Alves. Mon père m’avait emmené voir une comédie de Jerry Lewis, au cinéma Guarani. À la sortie, alors que nous passions devant le journal A Tarde, je le vis arrêté, proche à la statue du poète, lançant son regard sur les eaux bleues de la Baía de Todos os Santos. Pendant quelques secondes, pour la première fois, il m’a semblé que je pouvais voir dans ses pensées. Ce fut quand j’eus l’impression, en un court instant, qu’il me voyait aussi. Apeuré, j’ai demandé si quelqu’un le voyait, mais ce fut inutile. Tous l’ignoraient, ou faisaient semblant de l’ignorer.

Les années 70 se terminaient, au milieu des accords carnavalesques de Armandinho et de Moraes Moreira ; dans les soirées au bar Quintal do Raso da Catarina ; dans les recontres au Literarte ; dans les manifestations au Campo Grande ; dans les chansons de Diana Pequeno, Taiguara et Ednardo ; dans les moments magiques passés aux cinémas Tupy, Bahia, Liceu, Capri, Popular, Excélsior et Politeama où j’ai vu, fasciné, les films comme L’Aventure du Poséidon, L’œuf du Serpent, Un après-midi de chien, Marathon Man et L’Homme qui voulait être roi, entre tant d’autres ; dans les danses psychédéliques des cocotiers à Berlinque ; dans les duels (quasiment fatals) dans l’académie Hap-Ki-Do, de Jung Duck Lim, dans l’avenue Carlos Gomes; dans les compétitions d’athlétisme, sous la férule du grand Bento, dans le stade de la Fonte Nova. De temps à autre, je le voyais, toujours de loin, d’un coup d’œil, comme à un fantôme, sans jamais pouvoir le fixer ou l’atteindre. Et ainsi, il entra, dans les années 80 et 90, planant, chaque jour plus, sur Bahia, comme un soleil trompeur, enserrant ses tentacules, comme la grande pieuvre de 20.000 Lieues Sous Les Mers, te souviens-tu ?

– Je me souviens.

– Comme un fantôme que tous, ceci est vrai, quasiment tous, craignaient, et de qui personne, c’est vrai aussi, quasiment personne, ne voulait parler…

L’enfant, plongé sous les draps, risqua encore une question.

– C’était le diable ?

– Non, dit le père, riant. Et voyant que le fils était apeuré, complèta – Il n’était pas le diable. C’était, seulement, notre Grand Frère. Mais rien ne dure éternellement. Un jour, il disparut. J’ai perçu cela il y a de nombreuses années, l’après-midi d’un vendredi, alors que je passais devant l’Elevador Lacerda, sur la Praça Municipal, je sentis, pour la première fois, qu’il avait, finalement, disparu. L’air était plus limpide, il y avait une étrange odeur. C’était dix-huit heures quand j’entendis un bruit étrange, comme si les cloches des églises et les tambours des terreiros jouaient en même temps. Mais il n’y avait rien d’autre, autour de moi, que le coutumier bruit des voitures, des klaxons, des murmures des gens. À ce moment-là, il m’a semblé entendre quelqu’un, au loin, bien loin, chantant l’hymne du Senhor do Bonfim. Et tout s’arrêta.

 

 

Carlos Ribeiro enseigne le journalisme à l’Université Fédérale do Recôncavo da Bahia (UFRB-BA), à Cachoeira. Il est le benjamin de l’Academia de Letras da Bahia. Il a publié plus d’une dizaine d’ouvrages. Il fut de nombreuses années journaliste au Caderno 2 du quotidien A Tarde. Ce conte fut publié pour la première fois dans le Caderno Cultural, puis repris dans le volume « Contos de sexta-feira e duas ou três crônicas » publié en 2010 aux éditions Assembleia Legislativa da Bahia.
(Droits réservés : © Carlos Ribeiro) – (traduction Bahiaflâneur).
http://www.carlosribeiroescritor.com.br/carlos.htm

 


 

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O GRANDE IRMÃO

Foi no inverno de 1963, disse o pai ao menino. Foi no inverno de 63 que o vi pela primeira vez. Eu tinha cinco anos de idade. Descia a ladeira do Pelourinho, à noite, de mãos dadas com meu pai. Ventava muito, o largo estava deserto, a janela de um sobrado batia intermitentemente. Pude perceber o vulto dele, recostado na parede lateral da Igreja de Nossa Senhora do Rosário dos Pretos. Vestia um casaco marrom surrado, como os daqueles sujeitos mal-encarados que perambulavam pelo Centro Histórico, no século passado. Mergulhado na sombra, olhava enviesado para um ponto indefinido do casario cinza e triste ou para além das torres da Igreja do Passo, que se erguem acima dos sobrados. Voltei o rosto, para vê-lo melhor, mas meu pai mandou que eu olhasse para a frente, e o perdi de vista.
No ano seguinte, comecei a estudar na escola Santa Tereza, da professora Almerinda, no Carmo. Era uma manhã chuvosa aquela em que, segurando a mão da minha prima Lurdes, eu atravessava o largo, em direção à escola, enfrentando as rajadas fortes do vento, como um explorador que luta contra as intempéries em direção ao Pólo Sul. A praça parecia deserta, mas pude ver, através da cortina d’água, que me empapava o casaquinho de estudante, o homem, agora mais gordo, na janela de um dos sobrados. Quis mostrá-lo à minha prima, mas, no momento exato em que pensei isto, a janela fechou-se. Ainda fiquei alguns segundos com os olhos suspensos, mastigando minha curiosidade, em segredo.
Por volta de 65, mudamo-nos do apartamento, no Taboão, localizado na rua Silva Jardim, 34, no segundo andar de um prédio antigo, em frente ao edifício conhecido como « A bola verde », para Itapuã, então um sossegado bairro de veraneio. Era uma tarde fria de agosto, quando o vi pela terceira vez, parado, ao lado da antiga casa de pedra, localizada na praia de Armação…
– Casa de pedra?
– Sim. Ela era usada pelos pescadores para guardar mantimentos. A casa ainda está lá, mas quase ninguém repara nela, hoje.
Mas, enfim, o homem falava com alguém, que não pude ver. Gesticulava muito, como se estivesse zangado. O vento, como se lhe acompanhasse o humor, soprava forte sobre os coqueiros, varria as dunas, que se estendiam por toda a região, sacudindo as palhas como grandes cabeleiras. Olhei-o de longe, pela janela do ônibus, que deslizava, lentamente, na avenida beira-mar. Fiquei em pé, no banco, mirando-o, com um olhar comprido, até que a imagem dissolveu-se no ar impregnado de maresia.
Antes que entrasse pela adolescência, deixando para trás, derrotados, como num campo de batalha, os meus últimos sonhos infantis, pude vê-lo mais uma vez. Eu brincava de picula, com alguns amigos, no areal localizado em frente à minha casa, na avenida Otávio Mangabeira, em Itapuã. Havia, naquela época, poucas construções no local: meia dúzia de casas sobre dunas e brejos, cercadas de coqueiros, cajueiros, mangabeiras e pitangueiras. Pude vê-lo, do galho mais alto do cajueiro, sobre a duna, elevando minha cabeça acima da copa da árvore sacudida pelo vento. Ele atravessou a estrada e entrou num aero willys azul, que estava parado no posto de gasolina da Nova Conquista, na época também conhecida como Cuba. Não pude saber o que fazia ali, mas, de longe, seu olhar pareceu-me duro, ou triste, não sei, quando um último raio de sol daquela tarde iluminou-lhe o rosto.

Em 68, quando a ditadura militar eliminava pessoas, nas paisagens sépias do Brasil sitiado, vi-o, de relance, num automóvel preto que cruzou com o DKW do meu pai, na Bahia-Feira. Foi rápido. Um militar ia ao volante. Tive a impressão que ele sorria, mas era um sorriso de escárnio. No ano seguinte, quando meu irmão servia ao Exército, no 19-BC do Cabula, e Lamarca aterrorizava os quartéis com seus assaltos-relâmpagos, cruzei com ele, na Praça Castro Alves. Meu pai me levara para assistir a uma comédia de Jerry Lewis, no cine Guarani. Na saída do cinema, ao passarmos em frente ao prédio de A TARDE, vi-o parado, próximo à estátua do poeta, estendendo o olhar sobre as águas azuis da Baía de Todos os Santos. Por alguns segundos, pela primeira vez, pareceu-me que eu podia vislumbrar seu pensamento. Foi quando tive, por um rápido momento, a impressão que ele também me via. Assustado, indaguei se alguém percebia sua existência, mas foi inútil. Todos o ignoravam, ou fingiam ignorá-lo.
Os anos 70 escorreram-se, em meio aos acordes carnavalescos de Armandinho e Moraes Moreira; nas noitadas no bar Quintal do Raso da Catarina; nos encontros na Literarte; nas passeatas no Campo Grande; nas canções de Diana Pequeno, Taiguara e Ednardo; nos momentos mágicos passados nos cines Tupy, Bahia, Liceu, Capri, Popular, Excélsior e Politeama onde assisti, fascinado, a filmes como O Destino do Poseidon, O Ovo da Serpente, Um Dia de Cão, Maratona da Morte e O Homem Que Queria Ser Rei, entre tantos outros; nas danças psicodélicas dos coqueiros em Berlinque; nos duelos (quase fatais) na academia de Hap-Ki-Do, de Jung Duck Lim, na Carlos Gomes; nas competições de atletismo, sob a batuta do grande Bento, na Fonte Nova. Vez ou outra o via, sempre ao longe, de relance, como a um fantasma, sem jamais poder fixá-lo ou alcançá-lo. E, assim, ele entrou, pelos anos 80 e 90, pairando, cada dia mais, sobre a Bahia, como um sol enganador, apertando seus tentáculos, como aquele grande polvo das 20.000 Léguas Submarinas, lembra-se?
– Lembro.
– Como um fantasma que todos, isto é, quase todos, temiam, e do qual ninguém, isto é, quase niguém, queria falar…
O menino, mergulhado debaixo dos lençóis, arriscou mais uma pergunta.

– Ele era o diabo?
– Não – disse o pai, rindo. E, vendo que o filho estava assustado, ajuntou – Ele não era o diabo. Era, apenas, o nosso Grande Irmão. Mas nada dura para sempre. Um dia, ele sumiu. Percebi isso há muitos anos, numa tarde de sexta-feira, em que, ao passar em frente ao elevador Lacerda, na Praça Municipal, senti, pela primeira vez, que ele, finalmente, desaparecera. O ar estava mais limpo, havia uma estranha fragrância no ar. Eram seis horas da tarde quando ouvi um ruído estranho, como se os sinos das igrejas e os atabaques dos terreiros tocassem ao mesmo tempo. Mas, nada mais havia, ao meu redor, que o costumeiro ruído dos carros, das buzinas, dos murmúrios das pessoas. Naquele momento, pareceu-me ouvir alguém, longe, bem longe, cantando o hino do Senhor do Bonfim. E tudo acabou.

Carlos Ribeiro

 

http://www.carlosribeiroescritor.com.br/carlos.htm

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