Le vautour de l’île n’est pas celui qu’on croit (8)

ilhaurubuIl va de soi que cet opus (8) et les suivants s’adressent prioritairement aux lecteurs des sept épisodes précédents, et surtout le (7), pour déméler les fils au mieux. Dans le livre, Peu des informations concernent Bahia, hors du scandale de la Ilha. Par ailleurs, devant les dizaines de preuves étayées de détournement financiers, de blanchiment d’argent, de corruption, nous ne pouvons qu’observer un ballet malfaisant, dribblant les lois dans tout le Brésil… Mais bien qu’Amaury Ribeiro Junior accuse entre autres Verônica Serra (fille de José Serra) et Alexandre Bourgeois, son mari, d’innombrables tours de passe passe économiques, dansant entre les paradis fiscaux et autres Îles Vierges en tous genres, il est incroyable de voir combien la quasi totalité des journaux, quotidiens, télévisions brésiliens – à l’exception très notable de l’hebdo  CartaCapital – n’évoque qu’entre les lignes ce livre, ou l’ignore totalement. Mais le succès dans les librairies dépasse toutes les espérances. Plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires, en ce lundi 19 décembre. À Salvador, il n’y en a plus de disponible.

Il est utile, donc, de rappeler quelques données civiles et générales sur deux des principaux acteurs du livre et du chapitre, José SERRA et Gregorio Marín Preciado. Ce dernier, espagnol naturalisé brésilien, a longtemps exercé sa profession d’hommes d’affaires dans la région du Grande ABC, dans l’Etat de São Paulo. Sa femme, depuis plus de quarante ans, Vicência Talán Marín – fille unique – est la cousine germaine de l’homme politique brésilien José Serra : en effet sa mère, Thereza Chirico Talan, est la sœur de la mère de José Serra, nommée Serafina Chirico Serra (décédée en 2007), brésilienne fille d’immigrants italiens. Quant à José Serra, il fut le dernier candidat du parti PSDB à l’élection présidentielle en 2010. C’est-à-dire qu’il fut le représentant de toutes les oligarchies conservatrices dans l’ensemble du Brésil, et à Bahia le candidat naturel de la droite parlementaire, représentée par le parti DEM (ex PFL, parti du tyran Antônio Carlos Magalhaes) dirigée alors par Paulo Ganem Souto, fidèle soldat du sus nommé ACM et auteur de la « donation » de la Ilha do Urubu.
Paulo SOUTO, évoquons autres de ses actes précédents à cet acte administratif, justement… lui qui venait à peine, dans ces années 90, de s’asseoir sur le trône de gouverneur « offert » par son « parrain » électoral Antônio Carlos Magalhães. Et traduisons Amaury:
« Comme vendre le patrimoine public au Brésil dans les années 90 était un impératif de la modernité, M. Souto mit aux enchères l’entreprise publique d’électricité (Companhia Elétrica da Bahia – Coelba), négociée à l’époque pour 1,7 milliard de reais. Dans la salle des ventes était justement M. Preciado, comme représentant de la multinationale (espagnole) Iberdrola dans le consortium Guaraniana. La vente de la compagnie publique au consortium du cousin de M. Serra fut saluée par l’alors ministre des Minas e Energia du président de la République Fernando Henrique Cardoso, Raimundo Brito, comme « un succès » e « un prix (prêmio) » au gouvernement bahianais qui « administre l’entreprise avec sérieux et responsabilité publique et d’entrepreneur ». A l’époque, le consortium acquit également, avec M. Preciado aux manettes, rappelle le journaliste, deux autres compagnies publiques d’Etats voisins : la COSERN, de l’Etat du Rio Grande do Norte, et la CELPE, de l’Etat du Pernambuco.


tucana

Pour lire ou/et télécharger en portugais l’intégralité du chapitre 8 (Le cousin le plus malin de José Serra) de l’ouvrage de Amaury Ribeiro Junior, c’est ici :
http://www.slideshare.net/LuisNassif/cap-8-privataria-tucana

Pour un résumé et une fine analyse du livre, dans sa totalité, en français, voyez l’article de ce 18/11/2011, signé Francis Juif, qui vit au Brésil:
http://vitoria-brasil.blogspot.com/2011/12/tours-et-detours-les-paradis-fiscaux.html

Pour de très nombreux éclairages et commentaires, en portugais, sur l’ouvrage :
http://www.advivo.com.br/blog/luisnassif/os-esquemas-denunciados-em-a-privataria-tucana

Note : Nous devons mentionner qu’en 2010 le journaliste Amaury Ribeiro Junior fut accusé de violer des secrets de communication (écoutes téléphoniques) en enquêtant sur un supposé clan espion qui aurait eu comme cible le gouverneur d’alors de l’Etat du Minas Gerais, Aécio Neves. Amaury Ribeiro Junior travaillait en effet, à l’époque, dans le quotidien Estado de Minas, qui appuyait clairement les prétentions de candidat de M. Neves (PSDB) à la Présidence de la République. Finalement, José Serra fut le candidat choisi par le PSDB pour affronter Dilma Roussef. Mais tout cela ne remet évidemment pas en question le travail d’investigation, impressionnant et recoupé, de Amaury Ribeiro Junior.


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